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Le nouveau marché au cadran ovin de Saugues à l’épreuve de la pandémie

mar 07/04/2020 - 21:11 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:04

Le territoire agricole du Gévaudan du XXIe siècle reste marqué par la persistance d’exploitations ovines simples ou mixtes. Les partenaires locaux, sous l’impulsion de l’ancienne municipalité, ont voulu inverser la tendance à la baisse du marché traditionnel en imposant une mutation du marché aux bestiaux de Saugues par sa transformation en marché au cadran (voir ci-dessous*). 
« Nous avons initié un projet ambitieux qui se veut un projet de territoire et pas seulement un projet local », avertit Cindy Lebrat la jeune administratrice de la SEML (Société d’économie mixte locale) du marché de Saugues qui a remplacé, à l'automne 2019, la régie municipale qui existait depuis plus de 30 ans.
Cette nouveauté, un temps critiquée, allait-elle résister à la pandémie du Covid-19 qui interdit presque partout les ventes de bestiaux ? La réponse est tout à fait étonnante.
La "Patche" en francs c’était plus vraiment d’époque
On a souvent vu dans les journaux télévisés les images de marchés aux animaux de gré à gré entre éleveurs et acheteurs. Cette technique ancestrale existe toujours. Elle conduit à fixer les prix à la suite d’âpres négociations entre éleveurs « à qui on ne l’a fait pas » et maquignons en blouse grise rompus aux techniques de la vente forcée. 
----Saugues a longtemps été qualifié de 1er marché ovin de France avec sa fin de saison ponctuée par la foire millénaire du 25 août de Thoras qui voyait venir de très loin les vendeurs et les acheteurs. Peu à peu, cette première place s’est transformée en une 4e place. L’objectif pour Cindy Lebrat, patronne du nouveau marché, est de revenir au 1er plan.-----Dans ces reportages, on montre des transactions encore conclues en francs, les prix n'étant convertis en euros qu'à la fin du marché. La conclusion de la vente s'y fait traditionnellement par la "patche", une poignée de main qui enterine la transaction.
Dans la réalité, c’est l’acceptation du prix inscrit sur un bout de papier par le maquignon qui fait office de preuve. Celui-ci est glissé dans la main, ou plus souvent dans une poche du paysan, qui a pris soin de prendre un vêtement sans poche, ou même de revêtir un vêtement dont les poches ont été cousues !
Cette image, on pouvait encore la filmer à Saugues jusqu’à l’été dernier. Elle appartient désormais au XXe siècle.
* Le marché au cadran expliqué pour les nuls
Nous avons demandé à Adrien Chambon, vice-champion de France en titre des jeunes bergers, de nous expliquer le système de vente au cadran. « Un marché au cadran, c’est un marché où les enchères sont passées par les acheteurs selon le principe des enchères, en général descendantes (montantes à Saugues), à partir d’une cotation nationale. Les informations utiles à la vente sont affichées sur des écrans électroniques (le cadran) sans la mention du nom du propriétaire vendeur. Quand l'enchère est adjugée, il reste encore la possibilité pour le vendeur de la refuser. Le lot sera donc repassé dans la vente pour un deuxième tour d’enchères ».
La transaction financière est assurée par la société gérante du marché qui encaisse le montant de la transaction réduite de sa commission. Les vendeurs ont désormais la garantie d'être payé.

« Le nouveau marché au cadran c'est mieux car il y a bien plus d’équité », remarque Adrien Chambon. « Dans le système ancien, il fallait vraiment bien se tenir au courant des cours pour ne pas se faire rouler ».
D'un point de vue technique, il y a aussi des différences « Dans un marché au cadran », continue-t-il, « l’éleveur arrive avec ses bêtes qui sont prises en charge par des bouviers (plusieurs emplois de bouviers ont été créés à Saugues) puis mises dans des enclos auxquels on donne un numéro. Les éleveurs sont réunis dans une pièce et les acheteurs dans une autre. Il y a donc préservation de l’anonymat et surtout les prix respectent mieux la réalité des cours ».

Le marché ovin du vendredi maintenu malgré la crise sanitaire 
Pour la famille Chambon de Pompeyrin qui a participé aux deux derniers marchés, « malgré la pandémie, les ventes et les prix sont plutôt corrects, le nouveau marché aurait même tendance à attirer un peu plus de vendeurs et aussi d’acheteurs, mais ce n’est qu’une impression, il faudrait contacter l’administrateur du marché pour en avoir confirmation ».
Cindy Lebrat, la nouvelle patronne du marché confirme : "Le marché au cadran de Saugues a continué à se tenir par dérogation, en suivant scrupuleusement les conseils des services vétérinaires du département depuis le début de la crise sanitaire et au prix de quelques aménagements. Les agriculteurs restent confinés dans leur voiture le temps du marché et les acheteurs respectent aussi des mesures de santé et de distanciation ».
Elle continue en expliquant que la tendance des dernières semaines est plutôt positive : « De semaine en semaine, les adhésions de vendeurs et d’acheteurs se font plus nombreuses malgré la conjoncture. Il y a des acheteurs qui se sont inscrits de la Loire et du Rhône en plus de ceux des départements voisins de la Lozère, du Cantal, mais aussi des Aveyronnais ». 
Le pari réussi du marché Sauguain
----Quelques films sur le thème
- Biquefarre de G. Rouquier, tourné en 1983 à Goutrans en Aveyron (Extrait ici).
Le film arrive 40 ans après un 1er film du même auteur qui suit l'année d'une famille d'agriculteurs en 1946.
- Farrebique (Extrait ici)
- On peut citer aussi les films Petit Paysan, multiprimé aux Césars 2018.
- Les films de R. Depardon dont La Vie Moderne de 2008 (Extrait ici).
- Et tourné dans la vallée près de Brioude Auzat l'auvergnat.-----Car à l'inverse des marchés concurrents de Laissac ou de Requista (12) ou celui de Marvejols (48) qui ne se sont pas tenus (absence de cotation ces deux dernières semaines), Saugues est resté comme un ilot dans cette partie du territoire. Malgré la baisse très importante de la demande, les tarifs de l'agneau et du mouton de boucherie s'y sont maintenus à un prix acceptables.
Cindy Lebrat avance un début d'explication : « les autres marchés concurrents ne se sont pas ouverts car à la différence du marché Malige, ils n’ont pas eu la possibilité de mettre en place les mêmes règles de sécurité et de distanciation des personnes que nous. En outre, à Saugues, toutes les ventes d'animaux se font désormais en vente au cadran, ce qui n’est pas le cas des autres marchés proches qui ont souvent gardé en parallèle le système du gré à gré pour les bovins ».
Elle poursuit : « Finalement Saugues aura su tirer son épingle du jeu et on espère pouvoir fidéliser les participants traditionnels et s'ouvrir à de nouveaux. » Elle en veut pour preuve le retour de jeunes agriculteurs qui n’aimaient pas le gré à gré et signale même l'arrivée de femmes exploitantes qui sont plus en confiance dans la mesure où les animaux sont pris en charge par les bouviers dès leur arrivée au marché.
Actuellement, selon l'Agence France Presse et les professionnels de la filière ovine, ce sont 110 000 animaux qui ne partent pas à l'abattage chaque semaine en France ce qui coûte beaucoup d'argent aux éleveurs et risque de mettre en danger l'ensemble de la filière.
T.C.

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