Le loup de nouveau dans le collimateur des agriculteurs

mar 15/03/2016 - 16:37 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:40

"Des loups, nous, à Saugues, on en voit tous les jours", s'emporte Guillaume Redon, agriculteur sur le canton et responsable "Loup" pour les Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire, "sur les photos, on voit bien que ce n'est pas un chien quand même".
Il faut dire que depuis une dizaine de jours, les témoignages, photos et vidéos se multiplient et circulent sur la toile, sans qu'aucune autorité compétente ne confirme la présence du loup. La prudence reste en effet de mise car, au fil des années, de nombreux témoignages faisant état de loups en liberté se sont révélés irrecevables, s'agissant en réalité de chiens.
On se souvient qu'en juillet 2014, une dépouille avait été hativement désignée comme un lynx au Sud de la Haute-Loire. Après analyses, elle s'était avérée être celle d'un chat auquel il manquait des canines...

 A-t-on la certitude absolue qu'il s'agit bien d'un loup ? 
Guillaume Redon est le responsable "Loup" pour les Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire. Il s'agit en fait d'une commission qui se réunit en préfecture environ deux fois par an, même si les choses s'accélèrent ces derniers temps avec la présence du loup de plus en plus souvent évoquée.
A-t-on vraiment aperçu un loup en Haute-Loire ? A-t-on la certitude absolue qu'il s'agit bien d'un loup ? Quelques semaines avant la mise à l'herbe, comment les éleveurs abordent-ils ce danger potentiel ?

 

La vidéo en cours d'analyse
Vendredi, au moins sept témoins affirment avoir vu un loup à Saugues. Samedi, un chasseur a filmé un animal à une vingtaine de mètres de distance à Siaugues-Sainte-Marie, de l'autre côté de l'Allier, non loin de Fix Saint-Geneys. La vidéo est en cours d'analyse à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).
Nous avons contacté le siège départemental de l'ONCFS, à Loudes. Ce mardi soir, les résultats ne sont pas encore tombés. Ce sont les services de l'Etat qui les dévoileront. Selon nos informations, il y aurait environ 80 % de chances pour que la conclusion fasse état de la présence d'un... chien. Cet épisode intervient alors qu'environ six loups se seraient échappés du parc scientifique de Sainte-Lucie, en Lozère, après une effraction mardi dernier.

----On considère qu'il y a 250 à 300 loups en France, avec une croissance de 20 % par an sur notre territoire. A l'échelle européenne, on recense environ 15 000 loups, la planète terre en compterait 350 000.
-----"On a autre chose à faire que de les prendre en photo tous les quatre matins, on va s'en occuper maintenant"
Le sujet a été évoqué par les Jeunes Agriculteurs (JA), réunis à l'occasion de présenter leur bureau ce mardi après-midi. "On a autre chose à faire que de les prendre en photo tous les quatre matins, on va s'en occuper maintenant. Leur place c'est pas dans la nature (sic)", a-t-on pu entendre dans les rangs dispersés des agriculteurs.
"Une chose est sûre, c'est que s'ils sortent en plein jour et à proximité des hommes, c'est qu'ils sont nombreux et qu'ils n'ont pas peur", relevait Guillaume Redon, responsable "Loup" pour les Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire.

Le sentiment qu'il y a deux poids et deux mesures
Surtout, les syndicats pointent du doigt les services de l'Etat et l'ONCFS, dont les réponses sont toujours attendues, ainsi que la direction du parc de Sainte-Lucie : "on ne sait pas combien sont-ils dans le parc, combien se sont évadés... On n'a aucune information, c'est le flou artistique"... alors qu'ironiquement, on demande justement aux agriculteurs le nombre exact de bêtes présentes dans leur exploitation, et qu'elles soient identifiées correctement. D'où le sentiment qu'il y a deux poids et deux mesures.

Entre autorisation de tirs et indemnisations des éleveurs
On sait qu'en Lozère, il y a trois meutes de loup d'établis. La préfecture a autorisé le tir de prélèvement ? Vous souhaiteriez qu'il en soit de même en Haute-Loire ? Les indemnisations ne sont pas à la hauteur pour les éleveurs ?

----Abattre le loup est un délit sévèrement puni
En octobre 2014, la FDSEA et les JA 43 avaient annoncé qu'ils étaient prêt à remettre une récompense de 1 000 euros pour le premier loup tué en Haute-Loire... une bien maigre récompense par rapport à la peine encourue pour le délit sur notre territoire, en l'occurence la destruction d'une espèce protégée, pouvant aller jusqu'à 150 000 euros d'amende et sept ans d'emprisonnement.-----Bien des mesures avant de procéder à l'abattage
Le loup est une espèce protégée, sa chasse n'est pas libre, mais il existe des dérogations permettant de protéger les troupeaux en cas d'attaques reconnues. La réglementation prévoit différents degrés d'intervention : dissuasion par effarouchement de l'animal d'abord, tir de défense ensuite et tir de prélèvement (abattage) en dernier recours.
L'effarouchement consiste à dissuader les attaques du prédateur sur le bétail. Les éleveurs ou des lieutenants de louveterie (des chasseurs habilités par le préfet) font des rondes et peuvent utiliser une source lumineuse ou sonore pour faire reculer la bête, ou encore "un tir non mortel". L'effarouchement doit être effectué pendant une semaine avant de passer au tir de défense. Ce dernier s'effectue avec une arme de 5e catégorie et ne peut être utiliser que pour empêcher une attaque immédiate du troupeau. Un arrêté préfectoral autorise alors nominativement un éleveur mais il faut qu'il y ait eu au moins deux attaques de loup sur le troupeau au cours des deux dernières années pour y parvenir.
Enfin, si ces deux mesures ne suffisent pas, le préfet peut ordonner de tuer l'animal. L'abattage est une opération collective supervisée par l'ONCFS et le préfet établit la liste des personnes pouvant intervenir. Il existe cependant des dérogations exceptionnelles pour accélérer le processus et ne pas recourir au tir de défense, ce que demandent les agriculteurs de Haute-Loire. Notons qu'en France, 43 loups ont été abattus depuis juillet  2015... pour un plafond de 36.

Maxime Pitavy

>> Pour aller plus loin, la rédaction de Zoomdici vous invite à vous référer à nos précédents articles à propos de la présence du loup en Haute-Loire : 

*  Le loup est-il un loup pour l'homme ? 02/07/2013

Les agriculteurs en ont marre du grand méchant loup 23/08/2013

Haute-Loire : contre le loup, la guerre est déclarée 20/10/2014

*  Loup : il ne sera pas abattu 21/10/2014

Loup : des tirs de prélèvement pourraient être autorisés sous certaines conditions 27/02/2015 

* Haute-Loire : la FDSEA et les JA repartent en guerre contre le loup 01/09/2015

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