Le conducteur fugitif avait "peur d'être tué par la police"

lun 16/01/2017 - 19:59 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:44

Bras menottés dans le dos, M.R. arrive à la barre le visage crispé. Pourquoi ce jeune Belge a-t-il, vendredi, effectué un demi-tour à la vue d'un contrôle routier au Puy? Passant par la France pour se rendre au Portugal avec sa petite amie, il aurait paniqué à la vue des uniformes. "Des personnes de ma famille se sont déjà fait battre à mort par la police. J'ai peur des policiers, bien plus que des pires racailles", se justifie-il, faisant bondir les magistrats.

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Rappel des faits
Vendredi 13 janvier, vers 1h du matin. Un véhicule immatriculé en Belgique effectue un demi-tour devant un contrôle routier, boulevard du Breuil au Puy-en-Velay. Dans sa fuite, le Combi Volkswagen emprunte un sens interdit et grille un feu rouge. Les policiers tentent de le rattraper et une course-poursuite s'engage sur la N88, en direction du sud. Le fugitif donne des coups de volant pour semer les forces de l'ordre. Au niveau de Cayres, un barrage l'attend. C'est là qu'il percute un camion de police. Le conducteur est finalement retrouvé par la gendarmerie plusieurs heures plus tard, dans la matinée, dans un café de Barges, en compagnie de sa petite amie.

-----"Les psychiatres aussi me font peur"
Face à lui, André-Frédéric Delay, président du tribunal, répond par une moue dubitative. Et oriente le débat à sa manière. "Vous avez fait des séjours en hôpital psychiatrique et vous vous êtes échappé", assène-t-il. "Oui, c'est parce que j'ai reçu des mauvais traitements là-bas. On me frappait, les médicaments m'ont transformé en légume. J'ai vu un second psychiatre, il m'a dit que je n'étais pas psychotique." L'argument n'impressionne pas le juge. "Vous êtes sûr que vous n'avez pas besoin d'une petite aide?", propose-t-il au prévenu, qui a refusé l'expertise psychiatrique avant le procès. M.R. s'oppose, sûr de lui. "Les psychiatres, j'ai déjà donné. Ils me font aussi peur que les policiers."

"J'essaie de vous défendre, calmez-vous"
Présenté comme probable fiché S par plusieurs médias après son arrestation, M.R. est sommé de s'expliquer sur une éventuelle radicalisation après sa conversion à l'Islam. "C'est quoi, ce papier sur le djihad qu'on a retrouvé dans votre voiture?", interroge le président. "Ça parle seulement du djihad intérieur, c'est pour se renforcer mentalement", tempère le prévenu. Dans le dossier, les policiers belges évoquent un projet de départ en Syrie. Mais aucun autre élément ne vient étoffer la thèse salafiste, qui apparait petit à petit comme un élément marginal du procès. Le prévenu, lui, en rit. Il prend confiance et retourne les questions du juge. "C'est quoi, la radicalisation?". La désinvolture du jeune Liégeois agace tout le tribunal, jusqu'à sa propre avocate. "J'essaie de vous défendre, calmez-vous", le réprimande-t-elle.

"Comme un animal traqué"
La substitut du procureur, elle aussi exaspérée par l'arrogance du prévenu, ironise. "Si demain un policier l'arrête parce qu'il a eu l'outrecuidance de faire son travail, il pourra y avoir une nouvelle mise en danger, plus dramatique". Félicitant les policiers pour "leur calme", elle demande 5 mois de prison ferme. Pour l'avocate du prévenu, ce serait la pire des solutions. "Il a besoin de soins, bien plus que de prison. La prison, on y sort pire que quand on y rentre." Elle voit dans le comportement de son client une "phobie de la police". "C'est comme un animal traqué, il a foncé dans le tas par peur. Il a toujours dit qu'il ne voulait pas tuer les policiers."

"Vous ne pourriez pas me mettre les 5 mois?"
À l'issue du procès, le président décide qu'une expertise psychiatrique doit être effectuée. M.R. sera jugé sur le fond le 20 février et reste pour l'instant en détention. La décision semble mettre tout le monde d'accord, sauf le prévenu, réfractaire à l'idée de revoir un médecin. "Vous ne pourriez pas me mettre les 5 mois, et après on n'en parle plus?" La tentative de négociation laisse le juge de marbre. "Ici, on ne marchande pas".

Clément L'hôte

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