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Le combat des Lejaby interprété au théâtre d'Yssingeaux

dim 30/11/2014 - 10:09 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:31

Ce samedi 29 novembre, en soirée, au théâtre d'Yssingeaux, la Compagnie Nosferatu a présenté la pièce intitulée "A plates coutures" devant des travées archicombles. Cette comédie, écrite par Carole Thibaut et mise en scène par Claudine Van Beneden, a été inspirée de l'histoire et du combat des ouvrières, confectionneuses en lingerie fine, de l’ex-usine Lejaby d’Yssingeaux, refusant au printemps 2012 la perte de leur emploi.

Une déchirante et comique interprétation
Dans un décor sobre et froid, peignant rigoureusement un atelier de confection de lingerie fine, les quatre comédiennes et un musicien interprètent avec brio et talent l'histoire de lutte, l'histoire de ces femmes, appelées aujourd'hui "Les Lejaby", combattant pour la sauvegarde de leur emploi mais aussi pour rester vivantes et dignes. "Les sonorité âpres et parfois violentes, vibrantes, d'une guitare électrique" permettent l'alternance d'une interprétation théâtrale et d'une interprétation intime. Alternant à bon-escient sérieux, mimiques, chants et chorégraphies, les quatre comédiennes interprètent, avec des prénoms d'emprunt, Josie, la déléguée du personnel très posée, Solène, l’ouvrière enceinte, et en proie avec beaucoup de difficultés avec son fils Jonas, Géraldine, la dynamique et délurée couturière et "Antho" la contestataire. Elle démontrent et retracent habillement et avec justesse toutes les difficultés au quotidien, toute la souffrance et toute l’inquiétude de ces ouvrières menacées de voir leur outil de travail disparaître.

Émue, Huguette, 55 ans, d’Yssingeaux, ex-ouvrière de Lejaby mais réintégrée par Les Ateliers Du Meygal (LDAM), manifeste son "étonnement en même temps que le côté amusant et dramatique de la pièce qui lui rappelle beaucoup de souvenirs, de vécu". Elle se remémore surtout "la poignante attente de la décision du Tribunal de Commerce et de savoir à quelle sauce on allait être mangées". De son côté, Madeleine, 60 ans, du Puy, avoue avoir "été très touchée par les paroles si fortes et sortant des tripes de ces femmes et par l’interprétation de très grande qualité des comédiennes". Souria, 43 ans d’Yssingeaux, accompagné de Théo et Thomas, renchérit : "C’était super et très émouvant; les textes retracent bien la réalité et le vécu des ouvrières; on avait l’impression que les actrices nous parlaient"

"Je me suis bien reconnue"
Ainsi, tout au long de la représentation, les actrices-couturières dévoilent, dans des mots simples mais tellement vrais et naturels, les péripéties de leur vie quotidienne à l’usine et de leur lutte. Elles relatent entre autres, le verbe haut, la tyrannie du "petit chef Guy" terrifiant les femmes enceintes et peu respectueux de leurs droits, le chantage du patron les suppliant "de travailler à moins" afin de ne pas devenir inhumaines en étant au chômage et assistées, l’intervention pathétique du ministre de l’industrie venant à leur rescousse, etc… Elles dépeignent encore l’ambiance de solidarité, d’amitié voire d’amour en même temps que les moments de rigolade et d’amusement, et l’espoir auquel elles s’accrochent encore malgré la gravité de la situation.

"C’était super, je me suis bien reconnue et retrouvée dans le combat des Lejaby tel qu’il a été présenté", atteste Jacqueline, 54 ans, habitant Araules, ex-ouvrière de Lejaby qui n’a pas été reprise par LDAM. Même les plus jeunes ont été attendris. C’est le cas de deux collégiennes habitant Saint-Didier-en-Velay, Emma, 14 ans et Coline, 13 ans, qui restent admiratives devant "le jeu et le talent des actrices" tout en reconnaissant encore le côté "très intéressant" du spectacle.

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Dans la continuité de la pièce théâtrale et musicale "A plates coutures", un documentaire de Thomas Roussillon, réalisateur clermontois, sera projeté au cinéma La Grenette d'Yssingeaux le jeudi 04 décembre prochain à 18h30. Intitulé "Petites mains", ce film documentaire, d'environ 1h, raconte le quotidien au travail, agrémenté de témoignages, des ex-ouvrières de l'usine Lejaby, appelées dorénavant "Les Lejaby".

-----Une page qui se tourne
Dans une atmosphère glacée sont enfin évoquées les conditions de la rupture du contrat de travail pour certaines ouvrières, les difficultés à obtenir les primes durement négociées, les conséquences dans leur vie privée et familiale, les bouleversements dans les relations avec leur entourage… Une page qui s’est définitivement tournée pour laisser la place à la confection de la maroquinerie de luxe. Et le "rideau tombe" sous une salve soutenue d'applaudissements.
Au coeur du conflit en tant que déléguée syndicale à l’ex-usine Lejaby, fonction qu’elle exerce toujours aujourd’hui à LDAM, Bernadette Pessemesse témoigne : "Je trouve cette pièce très bien faite car elle retrace très bien tout ce que l’on a vécu pendant le conflit; j’ai même retrouvé des personnages des autres sites puisque mon rôle faisait que j’étais derrière tout ça".

G.D.
 

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