Le Brexit vu depuis la Haute-Loire

jeu 23/06/2016 - 16:45 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:42

Les Britanniques devaient voter ce jeudi : rester dans l'Union européenne, ou en partir... et c'est la sortie qui l'emporte avec 52% des voix (contre 48% pour le maintien, la participation s'élève à 72%). La bourse à Londres est en chute libre depuis le dépouillement. La valeur de la livre sterling est au plus bas.
Ce référendum n'est que consultatif sur le papier. La Grande-Bretagne a deux ans pour manœuvrer son éventuelle sortie.

Le premier adjoint de Paris, originaire du Puy-en-Velay (fils de l'ancienne maire ponote Arlette Arnaud-Landau), Bruno Julliard, exprime son désarroi sur Twitter :

Le conseiller régional d'Auvergne Rhône-Alpes, leader du Front national, Christophe Boudot, se réjouit du vote des Britanniques. Comme Marine Le Pen, il réclame le même référendum en France.

Le conseiller municipal FN d'Aurec-sur-Loire, conseiller communautaire Loire-Semène et membre du Comité central du Front national, Pierre Cheynet, va bien sûr dans le même sens.


L'un des chefs de file du Front de gauche de Haute-Loire, Lionel Bouton, réagit également :

En milieu de matinée, Laurent Wauquiez a réitéré sa vision d'une Union européenne d'une poignée de pays seulement. Une vision de l'Europe qui lui avait valu les remontrances publiques de son "père spirituel" Jacques Barrot (ancien vice-président de la Commission européenne), en 2014.

Qu'aurait pensé Jacques Barrot du Brexit ? Cette citation nous donne une idée : "Mon expérience européenne m'interdit de penser aujourd'hui qu'il faut faire « exploser » l'Europe comme certains le croient. Oui, l'Europe reste pour la France et pour tous les autres pays européens, les 28, la seule chance de grandir ensemble, même si cela comporte des exigences, même si ce n'est pas la voie de la facilité."

L'eurodéputée stéphanoise Françoise Grossetête appelle la France et l’Allemagne à être "à la hauteur de ce moment historique".

L'illustrateur et auteur comique pour la télévision originaire du Puy-en-Velay, Rakidd (alias Rachid Sguini), lui, préfère l'humour.

Le YouTubeur monistrolien Matthieu Sommet choisit aussi l'humour.

Notre article de jeudi (avant le résultat du référendum) :

"Comme demander à des enfants s'ils veulent des bonbons"
Parmi les 400 000 ressortissants britanniques vivant en France, une poignée a posé ses valises en Haute-Loire. A 68 ans, Nick a passé ces 15 dernières années de sa vie en France. Depuis Monistrol d'Allier, cet Anglais du Yorkshire nous livre son sentiment. « A mon avis, le référendum était une mauvaise idée dès le départ. Le gouvernement a abdiqué sa responsabilité et sest débarrassé de la décision sur la population britannique qui est mal informée des vraies questions. Cela a permis aux politiques et à d'autres de simplifier à l'extrême le sujet et de manipuler l'électorat de façon à ce que certains pensent qu'il s'agit d'un référendum sur l'immigration.
La démocratie est une excellente chose mais si les gens ne comprennent pas ce sur quoi il votent, ils voteront pour ce qu'ils pensent vouloir, plutôt ce qui est bon pour eux. C'est comme demander à des enfants s'ils veulent des bonbons !
Le référendum a divisé des familles et développé une atmosphère fiévreuse et hostile dans les média et, dans une certaine mesure, au sein de la population. Cela a pu joué dans le meurtre effroyable de la députée Jo Cox, dans le Yorkshire. Et ça pourrait continuer après le résultat du référendum, quel qu'il soit. »
----La préfecture n'est pas en mesure de préciser le nombre exact de ressortissants britanniques résidant en Haute-Loire puisque la communauté britannique fait partie de l'Union Européenne ; il n'y a donc pas de titre de séjour.-----Quand on lui demande l'impact éventuel d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE sur lui-même en France, il répond : « Comme la plupart des Britanniques vivant en France sont retraités, l'effet de le plus visible concernerait les variations au change de la monnaie entre la livre sterling et l'euro, ou à la bourse à Londres. Dans mon cas, une livre sterling forte voudrait dire une meilleure pension de retraite ici. Mais pour les Britanniques au pays, ça entraînerait une hausse des importations et une baisse des exportations (devenues plus chères), ce qui nuirait à l'industrie britannique et supprimerait des emplois. »
Et Nick pense aussi aux générations futures : « un vote en faveur du maintien préserverait la liberté de mouvement entre les pays, de travailler et d'étudier à l'étranger, notamment pour les jeunes, comme mes petits-enfants ».

La fille de Nick, Chloé, a 45 ans. En France depuis 16 ans, elle habite, elle-aussi, Monistrol d'Allier. Au micro de Zoomdici.fr, elle ne comprend pas ses compatriotes qui veulent quitter l'UE. Selon elle, cette question ne doit pas relever d'un référendum.

Catherine, elle, est une Londonienne de 35 ans mariée à un Altiligérien, le parfait couple de l' « Entente cordiale », établi à Brives-Charensac. Mère de deux jeunes enfants, elle se dit « très inquiète » d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, « surtout pour l'économie du pays ». « Après la crise dévastatrice de 2008, c'est effrayant de penser qu'on pourrait, si tôt, se remettre dans la même situation. En plus, juste parce que David Cameron [Ndlr : le Premier ministre britannique] s'est piégé lui-même en promettant un référendum pour gagner des voix aux dernières législatives ! »

Une Irlande du Nord indépendante ?
Tony, lui, est Irlandais du Nord, de Belfast. A 40 ans, il a vécu 18 années en France. Quand on lui soumet l'argument selon lequel une sortie de l'UE de la Grande-Bretagne entraînerait une vague d'initiatives indépendantistes de la part de l'Ecosse ou de l'Irlande du Nord, ce Ponot d'adoption est dubitatif : « les gens ne comprennent pas trop, il y a beaucoup de suppositions ». En visite au Puy, ses parents sont divisés sur la question : « ma mère veut sortir de l'Union européenne, mon père veut rester. » Pour lui, qui a la double nationalité, l'issue du référendum ne changera pas grand-chose, mais il tente quand même de convaincre sa mère de changer d'avis.

Devoir demander un visa ?
Et puis il y a Lucy, née dans le Yorkshire il y a 47 ans. En France depuis 19 ans. Valladière. Si sa fille a la double nationalité, elle, ne l'a pas. Non mariée, elle vit en concubinage, comme on dit. Et si elle perdait son statut de ressortissant européen ? « Je devrai demander un visa, je suppose, mais ça ne poserait pas de problème puisque j'ai toujours payé mes impôts en France. » Pour elle, comme pour les quatre autres Britanniques que nous avons sondés, « l'Union européenne n'est peut-être pas parfaite mais nous ne pouvons pas nous permettre faire bande à part. »

Annabel Walker

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