Le Béluga, un lieu libre, auto-géré et debout contre toute forme de domination

Par Nicolas Defay ven 15/07/2022 - 17:00 , Mise à jour le 15/07/2022 à 17:00

Son ouverture au 12 avenue du Maréchal Foch au Puy-en-Velay s’est déroulée vendredi 8 juillet. Librairie, bar associatif, lieu social et artistique, nid d’idées et de sensibilités diverses, le Béluga accueille qui que ce soit qui adhère ou s’intéresse à sa philosophie. Explication...

Le Béluga ? C’est un cétacé. C’est aussi le nom d’une lentille noire. À présent, depuis vendredi 8 juillet, c’est le nom d’un nouveau lieu situé en bas de l’avenue Foch, rue qui ne cesse de s’étoffer depuis quelque temps avec de nouvelles adresses ou de nouvelles plaques de professionnels. Si la vitrine du Béluga ne paie pas de mine, le local en pleine rénovation, les sourires sont autant présents que brillants dans les 100 m² d’espace.

« L’envie et le besoin qu’ont les gens à intégrer ce genre de structure libre »

« Nous sommes une association collégiale et non pyramidale, souligne l’écrivain Antonin Sabot, l’un des vingt membres fondateur du Béluga. Cela veut dire qu’il n’y a pas de Président, de Vice-président, de Secrétaire ou autres. Il n’y a pas de hiérarchie, seulement des membres. »

L’auteur de « Nous sommes les chardons » continue : « Vendredi 8 juillet, date de l’inauguration, une soixantaine de personnes s’est inscrite pour demander à faire partie du Béluga. Cela nous démontre l’envie et le besoin qu’ont les gens à intégrer ce genre de structure libre et indépendante ».

« C’est une sorte de centre social qui permet de tous se rencontrer, de discuter, de créer des événements, de faire des cantines solidaires...Et en même temps accueillir une librairie pour avoir de quoi bien se nourrir la tête ». Antonin Sabot

« Nous n’avons pas de place ici pour les gens qui se prétendent sexistes, racistes, etc. »

Libre et indépendante. Ces deux valeurs, chères aux adhérents du Béluga, s’ajoutent à d’autres qui construisent l’ADN de l’association. « Ici, la porte est ouverte à tout le monde, insiste Antonin Sabot. Mais nous tenons à une philosophie qui est très claire. Nous sommes contre toutes les formes de domination quelles qu’elles soient. Nous n’avons pas de place ici pour les gens qui se prétendent sexistes, racistes, etc. Quand on vient ici, il y a des principes qu’il faut absolument respecter ».

Antonin Sabot, l'un des membres à l'origine de la création de ce lieu autogéré.
Antonin Sabot, l'un des membres à l'origine de la création du lieu autogéré. Photo par Nicolas Defay

« On s’en fout complètement de leur courant de pensée gerbant »

À la question de savoir si cette ouverture de la librairie du Béluga est aussi une sorte de contre pouvoir de pensée à la librairie de la Rue Raphaël (Les Ars Enracinés proposent des ouvrages et des invités très tendance extrême-droite), Antonin répond aussitôt : « On ne veut même pas se positionner par rapport à eux ! Pour nous, ils portent des choses qui ne devraient pas exister et être interdites. C’est aux autorités de gérer ces immondices là. On s’en fout complètement de leur courant de pensée gerbant »

Il partage encore : « Nous sommes ici pour proposer une ouverture d’esprit et du rêve. En fait, notre mode pensée est un contre modèle surtout au capitalisme. Le fascisme, on ne veut même pas en parler ».

« Si nous arrivons à ce que tous les membres, quelle que soit la date d’entrée dans l’association, puissent proposer ce qu’ils veulent en étant respectés de la même façon par tous les autres, alors nous aurons gagné notre pari ». Antonin Sabot

« Sortir du sacro-saint système de consommation »

Antonin Sabot, assis à côté de centaines de livres issus de la librairie itinérante Pied-de-Biche Marque-Page, décrit le profil des personnes qui ont rejoint l’aventure du cétacé. « Lors de l’inauguration, il y avait des gens âgés entre 16 et 60 ans. Les profils professionnels sont également très variés et vont du paysan au cadre. »

Il appuie de nouveau. « La base commune, c’est de pouvoir sortir du sacro-saint système de consommation, du capitalisme et, encore une fois, de toutes les formes de domination. Si vous pensez que ce genre mode de pensée est utopique, alors deux choix s’offrent à vous. Soit vous pouvez venir pour vous faire votre propre analyse sur le sujet, soit restez chez vous. Mais toutes les formes de pouvoir social, financier, physique, politique, intellectuel, religieux ou autres ne sont pas les bienvenues au Beluga ».

La librairie présente déjà un nombre d'ouvrage conséquent.
La librairie présente déjà un nombre d'ouvrage conséquent. Photo par Nicolas Defay

« En Haute-Loire, je pense que c’est le seul lieu à proposer ce genre de structure libre. Il y a des librairies et cafés associatifs comme la Clef à Brioude ou le Café Grenouille à Langeac qui sont vraiment sympas. Mais quelque chose qui soit vraiment en dehors des circuits habituels, je pense réellement que nous sommes les seuls dans le département » Antonin Sabot

Quoi, quand, où…

Pour l’instant, le Béluga est ouvert tous les vendredis de 16 à 23 heures et les samedis de 10 à 23 heures.
Adhésion à l’année : 5 euros
Pour les animations, le prix est libre « afin de développer des relations non-marchandes entre les individus »
Pour connaître le programme des événements, le Béluga a sa page Facebook, ICI
Toutes les informations également disponibles dans le local au 12, avenue du Maréchal Foch au Puy-en-Velay.

« Toutes les envies peuvent s’exprimer. Tous les projets peuvent naître ici »

Quant aux animations, en dépit du fait que le premier cri du Béluga ne date que de quelques jours, elles sont aussi nombreuses que variées. « Nous avons déjà plusieurs animations prévues grâce au fait que tout le monde peut venir avec ses idées et ses envies pour les proposer, annonce enthousiaste Antonin Sabot. Au mois de juillet et août, il y a une dizaine d’événements. Et on commence déjà à remplir les week-end du mois de septembre. »

Il détaille rapidement quelques-uns d’entre eux. « Ça va du conte à de la chanson française. Il y a aussi des discussions politiques ou encore de la présentation de film au programme. »

Pour terminer avec ces mots : « Toutes les envies peuvent s’exprimer. Tous les projets peuvent naître ici. Nous sommes dans de l’autogestion. Cela signifie qu’il y aura toujours une énergie pour soutenir n’importe qui et n’importe quelle idée en adéquation avec notre philosophie ».

Tout le monde est sur le même pied d'égalité et peut présenter librement ses idées.
Tout le monde est sur le même pied d'égalité et peut présenter librement ses idées. Photo par Nicolas Defay

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3 commentaires

sy

sam 16/07/2022 - 17:10

Antonin Sabot est un journaliste qui a travaillé pour "le monde" et il est aussi écrivain aux Presses de la Cité. Je le connais très bien. C'est un homme ouvert, sympathique et le béluga sera un lieu d'échanges, de liens, de projets, de lecture. Pourquoi l'accuser de vouloir fermer la porte à qui que ce soit et le taxer en gros d'être anarchiste ? C'est idiot. Allez-y et vous comprendrez qu'Antonin a eu une chouette idée. Il veut créer une nouveau modèle de librairie, en coopérative et monter des projets. Quand il dit que les idées extrémistes le font gerber, il a raison. Ce n'est pas de l'intolérance, c'est de la lucidité. 

fa

sam 16/07/2022 - 11:10

Super, une nouvelle librairie! Mais on a vite comme un malaise. « Ouverte à tous», mais pas pour certains et puis «on s’en fout complètement» des idées autres. De plus, «des choses ne devraient pas exister et être interdites» par les «autorités» (s’ériger en «contre modèle» mais en appeler au «sacro-saint système du capitalisme» pour faire régner l’ordre !). Une suspension massive des libertés ? Pour les récalcitrants : le laogai chinois ou plus radicalement les killing fields du Kampuchéa? Avant, la gauche c’était Proudhon, fin observateur de la réalité sociale, c’était Jaures, redoutable débatteur contre les antisémites, c’était Gramsci et ses brillantes analyses sur la montée du fascisme. A lire « La gauche à l’agonie » de JP Le Goff.

ga

sam 16/07/2022 - 08:40

C'est si triste de vivre dans ce monde-là. Filtrer son public pour scinder le monde en deux : ceux qui lisent des bouquins de droite et ceux qui lisent des bouquins de gauche. Le problème de ce genre de lieu et que dès qu'on passe la porte on nous colle une étiquette, c'est pourquoi je continuerai à aller à la librairie laïque et à boire des coups dans des bars neutres. Le gérant se moque quand même un peu du monde en jouant le laïcard  : "toutes les formes de pouvoir social, financier, physique, politique, intellectuel, religieux ou autres ne sont pas les bienvenues au Beluga " car il est sûr que dès la semaine prochaine tout le gratin de la gauche alternative ponote de pouvoir va en faire son QG. Qu'ils assument donc : ils acceptent le pouvoir et l'influence mais de gauche