L’avenir du papier teinté de sombre

Par Nicolas Defay jeu 06/01/2022 - 06:30 , Mise à jour le 06/01/2022 à 06:30

Tous les produits augmentent de façon spectaculaire. Le papier ne fait pas exception. Depuis un an, son inflation se situe entre 40 et 60 % selon le type. Pour ne rien arranger, la pénurie guette les imprimeurs, bureautiques et autre boutiques spécialisées. Un « phénomène sans précédent », d’après un professionnel du secteur.

Un futur où les tracts, photocopies, post-it, livres, journaux, sachets et cartons cellulose...n’existent plus, remplacés par des informations numérisées, pixelisées à l’infini sur nos ordinateurs et smartphones ? Oui, c’est peut-être ça notre avenir. Car le papier est véritablement en passe de devenir un produit de luxe, accusant une augmentation sans commune mesure de son prix de vente, avec des stocks de moins en moins importants.

« C’est un phénomène sans précédent, affirme un employé de l’Inapa, entreprise classée au 5e rang des groupes européens de distribution du papier. En un an environ, certains papiers spéciaux ont vu leur prix augmenter de 60 %. Pour le papier ramette, c’est à dire le classique A3 et A4, c’est de l’ordre de 40 %. Et au mois de janvier, tous les professionnels concernés doivent s’attendre à des hausses plus grandes encore ».

« Un produit que j’élabore pour un client nécessite un papier spécial, nervuré et travaillé. Malheureusement, sa fabrication en France s’est arrêtée récemment. Je suis donc allé voir en Italie pour le trouver. Le constructeur m’a alors proposé son papier à un prix 4 fois plus cher...que mon produit fini ». Un employé de Design Création au Puy-en-Velay

Une inflation jamais vue

L’un des employés de Design Création, boutique d’infographie et d’imprimerie basée au boulevard Joffre au Puy-en-Velay, est au cœur de la tourmente qui ne semble pas prête de se calmer. « Pour ma part, j’ai dû absorber une hausse de 10 %, entre la mi-décembre et la fin de l’année, des papiers que j’utilise pour mes produits. Et d’après ce que je sais, une seconde hausse de 12 % est prévue pour ce mois de janvier. »

Le problème génère alors deux solution possibles qui sont aussi fragiles et temporaires l’un que l’autre : « Soit j’informe mes clients de cette augmentation et engage des négociations en fonction, soit je rogne ma marge, présente-t-il. Mais ni l’une, ni l’autre n’est viable à long terme ».

« Au mois de janvier, une hausse importante du prix du papier sera effectivement présente. Et cette tendance d’inflation se poursuivra sans aucun doute jusqu’au mois de juillet. Après, on ne sait pas ». L’Inapa

Quand la machine économique mondiale se grippe

En début d’année 2021, la tonne de papier classique tournait autour de 750 euros. Au mois de novembre, les cours affichaient 1 200 euros pour la même quantité. « L’explication provient de plusieurs facteurs, analyse le professionnel de l’Inapa. L’augmentation des matières premières et notamment du bois concernant le papier, l’augmentation du prix de l’énergie pour la production, des usines de ramettes et de cartons qui ferment les unes après les autres, des importations quasi inexistantes à cause des containers bloqués dans les ports à cause du Covid et le coût des transports qui devient de plus en plus marqué en partie à cause de l’inflation des carburants ». Un constat qui démontre la défaillance générale de la machine économique planétaire.

Un autre papier est menacé. Celui du papier toilette. L’entreprise Lotus alerte sur une augmentation des prix de 30 % et des délais d’approvisionnement allongés notamment entre janvier et septembre 2022.

« Nous devons gérer presque au jour le jour »

Mais plus que les prix qui flambent, c’est la pénurie qui effraie principalement les professionnels du secteur. « Les hausses des prix ne sont pas anticipables, se désole l’employé de Design Création. Ceci est très compliqué pour nous car nous sommes de moins en moins en mesure de garantir la validité d’un devis sur plusieurs semaines. Nous devons gérer presque au jour le jour. Mais le pire serait de voir ses stocks fondre faute de pouvoir se fournir en papier à un prix raisonnable. »

Selon le Syndicat national de l’édition (SNE), quand un éditeur programme la publication d’un livre, il doit désormais doubler les délais avant la date de sortie prévisionnelle.

« Trouver de la matière première, refaire du stock coûte que coûte »

L’Inapa confirme l’intensité de la menace. « Les imprimeurs et autres tentent de nourrir leur réserve en achetant du papier avant une hausse annoncée, souligne le spécialiste. Ils essaient ainsi de ne pas trop être impactés. Mais à un moment donné, tout se lisse ». Il ajoute : « Trouver de la matière première, refaire du stock coûte que coûte pour honorer la demande des clients. C’est vraiment ça la priorité actuelle des professionnels du secteur ».
Une priorité qui pourrait provoquer à terme, si la situation ne s’inverse pas, soit la mise à mort de nombreuses boutiques et d’activités similaires, soit l’entrée dans une ère de plus en plus numérisée.

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2 commentaires

fe

jeu 06/01/2022 - 18:26

Je rejoins le précédent commentaire à propos du recyclage. Que devient ces papier et cartons que nous déposons dans des poubelles jaunes et qui est soit disant recyclé à presque 100%? Est-il recyclé ou brûle-t-il dans des incinérateurs?