La solitude : '''En milieu rural, c'est très compliqué'''

mar 22/01/2019 - 20:19 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:55

----Astrée Association accompagne les personnes souffrant de solitude et les aide à créer du lien social. A l'occasion de la Journée mondiale de la solitude, les antennes locales de l'association organisent des événements ce mercredi 23 janvier 2019 et notamment à Lyon et Saint-Etienne.-----Depuis deux ans maintenant, la date du 23 janvier est un jour particulier car dédié à l’information sur le sujet de la solitude. Un vaste programme, vous en conviendrez. Mais on ne le sait que trop peu, plus de 5,5 millions de Français seraient concernés par ce, désormais nommé, fléau. 1010 Français âgés de 18 ans et plus ont répondu à plusieurs questions dans le cadre d’une étude menée entre le 5 et le 9 novembre 2018 par BVA -- société d'études et conseil, spécialiste de l'analyse comportementale – pour Astrée Association, initiatrice de la Journée mondiale de la Solitude. Les résultats de cette enquête ont été révélés ce mercredi 23 janvier 2019. Il en ressort notamment que 44 % des personnes interrogées ont déjà côtoyé la solitude à plus ou moins long terme.
L’isolement géographique, l’une des cinq causes de la solitude
Si cette étude a été menée au niveau national, le département de la Haute-Loire n’est pas épargné par le sujet. Son caractère rural pourrait même être une des causes, si on en croit les réponses données par les Français interrogés qui placent l’isolement géographique du lieu de vie (26%), juste après la perte d’un emploi (31%), un divorce ou une séparation (42%), le vieillissement (43%) et le décès d’un conjoint ou d’un proche (58%).


(Françoise Maurin, présidente de l’antenne départementale de la Société Saint-Vincent-de-Paul. Photo DR/S.Ma)
« Soulager la solitude, la peine et la tristesse »
Françoise Maurin, 67 ans, la connaît cette solitude, personnellement parfois car isolée dans un hameau situé sur la commune de Saint-Privat-d’Allier. « En milieu rural, c’est très compliqué. Quand je me suis installée au Chier, j’ai essayé d’aller à la rencontre des dames seules la journée car femmes d'agriculteurs ou autres. Mais ça été mal pris. On me demandait ce que je voulais et de quoi je me mêlais ! Je pense qu’en milieu urbain, le contact est plus facile ». Mais la solitude, la présidente de l’antenne départementale de la Société Saint-Vincent-de-Paul – une organisation de bienfaisance catholique, laïque créée en 1833 à Paris par Antoine-Frédéric Ozanam -- la connaît aussi et surtout à travers les autres. Ces autres qu’elle rencontre, par hasard, par le bouche-à-oreille, lors d’une visite à leur domicile, à l’hôpital ou à la maison de retraite. « C’est d’ailleurs là, dans les maisons de retraite que la solitude est la plus grande car ils n’ont plus de repères personnels, ils sont dans une chambre impersonnelle et se retrouvent seuls malgré le fait d’être en groupe », explique Françoise Maurin.

>> A lire aussi : Le Puy : une nouvelle façon de penser la solidarité

----Les bénévoles de l'antenne départementale de Saint-Vincent-de-Paul vont également à la rencontre des personnes sans-abri dans la rue.-----Avec l’aide de ses 58 bénévoles répartis sur une grande partie du département (secteurs Le Puy-en-Velay, Langeac, Bas-en-Basset et Retournac), elle œuvre sur le terrain pour « soulager la solitude, la peine et la tristesse » des personnes dites isolées. Soit environ 350 personnes identifiées par l’association en Haute-Loire à qui les bénévoles tendent la main sans jamais la lâcher. « Notre mission est d’accompagner ces personnes qui n’ont pas d’amis, qui ne voient que trop peu leur famille ou pas du tout. Nous leur rendons visite, nous les écoutons, et discutons avec eux, nous les accompagnons dans certaines démarches mais sans jamais imposer quoi que ce soit. Nous faisons preuve d’humilité pour faire toute la place à l’autre. » Ces bénévoles deviennent ainsi un nouvelle famille pour ces personnes souffrant de solitude, quelles qu’elles soient, sans regard ni jugement porté sur leur religion, leurs croyances, leurs souffrances physiques ou psychiques, « qu’elles soient riches ou pauvres. Souvent malheureusement, la solitude engendre la pauvreté et la pauvreté engendre la solitude. »
Le refus par la peur
L’étude menée par BVA pour Astrée Association révèle que 33 % des personnes interrogées qui se sont déjà senties seules n’ont jamais exprimé leur solitude. 40 % affirment qu’il est "difficile d’y remédier". C’est alors l’isolement total, la descente aux enfers, les idées noires qui prédominent. « Parfois on tend une main et personne ne la saisit. C’est un refus par la peur, regrette Françoise Maurin. Une peur qui paralyse, qui empêche de sortir de chez soi. Une peur qui fait de la personne le propre artisan de son malheur. » Certains se réfugient alors derrière des écrans, échangeant via les réseaux sociaux. 76 % des personnes interrogées dans le cadre de l’étude et souffrant de solitude pensent que les réseaux sociaux et les nouvelles technologies « permettent de garder contact plus facilement avec la famille et les amis », 69 % des 1010 Français interrogés pensent au contraire qu’ils "réduisent les échanges dans la vie réelle". « Nous sommes en train de fabriquer un monde de gens que l’on considère comme des atomes, reliés entre eux par le virtuel », lance Françoise Maurin sans remettre en cause l’usage des nouvelles technologies mais plus l’addiction qui peut en découler.

Entre autres missions, les bénévoles de l’antenne départementale de la Société Saint-Vincent-de-Paul œuvrent pour créer du lien social entre eux et ceux qu'ils accompagnent mais également entre les accompagnés eux-mêmes en organisant régulièrement des goûters, des activités manuelles, des sorties culturelles, etc.

Pour prendre contact avec les bénévoles de l’antenne départementale Saint-Vincent-de-Paul, cliquez ici. Stéphanie Marin

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire