La Rafistolerie : " Quoi de mieux que de refaire le Monde en chinant ?"

Par Nicolas Defay lun 04/01/2021 - 07:00 , Mise à jour le 04/01/2021 à 07:00

Trois filles, trois parcours, un projet d'avenir. La Rafistolerie, inventée par ce trio d'électrons libres emplis d'énergie, est un lieu où les habits acquièrent une seconde vie. Mais plus qu'une friperie mobile et indépendante, elle est un vecteur de partage social, de création et un moyen de lutte contre la pollution de l'industrie textile.

Elles s'appellent Auriane Lefevre, Louisa Garnier et Manoane Bornu. Leurs points communs ? Elles ont toutes les trois 23 ans et habitent en Haute-Loire. Leurs différences ? La première, véritable globe-trotteuse, est licenciée en photographie et cinématographie, la deuxième a suivi des études d'arts puis de développement et d'animation en territoire rural à Yssingeaux, la troisième a une formation de naturopathe et reflexologue corporelle. Si on les met ensemble dans un sac et qu'on secoue bien fort, on obtient alors une fusion d'idée et d'énergie prête à renverser le Monde. Car sous leurs airs de filles tranquilles, cachées sous des mètres de dreadlocks et de sourires pétillants, elles apportent un nouvel outil pour sauvegarder un tant soi peu la planète tout en élaborant une sorte de tiers-lieu créatif et altermondialiste.
D'une même voix, elles expliquent la génèse et la philosophie de leur Rafistolerie.

Quand et comment est née l’idée de la Rafistolerie ?
"L'idée a fleuri lors d'une saison où nous ramassions des tomates chez un agriculteur. Assises dans ce champs, nous évoquions nos sensations face au désastre écologique en cours. Après la fin de nos études respectives, nous avions envie de mettre à profit nos expériences, compétences, savoir-faire dans la réalisation d'un projet collectif. Nous avons décidé de créer l'association "Clepsydre" qui serait le support d'expérimentations, un laboratoire à petite échelle, avec comme objectif de répondre humblement à certaines problématiques environnementales comme le gaspillage de nos ressources naturelles, créer des liens sociaux, et dynamiser les milieux ruraux que nous habitons. La Rafistolerie est donc le projet de recyclage spécialisé sur le textile grâce à une friperie itinérante qui se déplace sur le territoire altiligérien".

"Une partie du stock d'habits collectés qui ne peut pas être vendu en l'état ou réparé est utilisé comme matière créative lors d'événements où nous proposons des animations autour du recyclage des textiles"

Au centre, Manoane et Auriane. À droite, Louisa Photo par La Rafistolerie
Au centre, Manoane et Auriane. À droite, Louisa. Photo par La Rafistolerie

Qu’est-ce que la Rafistolerie ?
"Il s'agit d’une friperie mobile qui promène les mots recyclage, réparation, réemploi, rafistoler sur les territoires du Velay. C’est un lieu éphémère de vente d'habits de seconde main (femmes, hommes, enfants), où se côtoient questionnements citoyens, discussions bienveillantes et atelier sur le recyclage. Un lieu de partage et de création. Quoi de mieux que de refaire le Monde en chinant ? Sensibiliser les usagers à la réduction des déchets et rendre l’écologie attractive, le tout dans une démarche solidaire ou encore favoriser une meilleure gestion des encombrants par l’éducation, l’apprentissage, l’animation autour de matériaux non utilisés ou d’objets en fin de vie sont les piliers de la Rafistolerie".

Trois catégories de tri

  • Les vêtements en bonne état sont revendus dans la friperie
  • Les vêtements ayant besoins de réparations sont remis en états avant la revente (recoudre un bouton, upcycler des vêtement un peu trop démodé)
  • Les vêtements en mauvais état nous servent de matières premières pour fabriquer de nouveaux objets textiles ou en réparer d'autres.

Comment obtenez-vous les produits de base à rafistoler ?
"On procède par collecte soit par bac déposé dans les lieux publics comme la mission locale du Puy en Velay, soit lors des événements soit directement chez les donneurs. Le premier stock collecté vient de la famille, des amis, des voisins, des rencontres, toutes personnes se sentant concernées par l'écologie, la pollution et un changement de consommation ou qui veut simplement se débarrasser. On accepte presque tout. Lavé c’est mieux. Comme dit précédemment on veut éviter le système de l'achat / déchet frénétique et montrer qu'un vêtement déjà utilisé peut faire le bonheur d'un autre ou qu'un jean usé peut faire un beau tapis. De la simple remise en état à la transformation totale, des textiles voués à l'incinération retrouvent ainsi une seconde vie et de la valeur ajouté."

Comment sont ensuite écoulés les produits issus de la Rafistolerie ?
"Les vêtements sont vendus sur les festivals et les marchés. Nous sommes ouvertes à tout événements pour poser la caravane de la Rafistolerie, car le public visé est celui qui veut s’intéresser et découvrir. Nous souhaitons toucher un public très large, essayer de “convaincre” les personnes qui n’achètent pas d’occasion habituellement. Par exemple, cet été au marché de Retournac, pleins de petites mamies ont acheté des vêtements d’occasion pour la première fois et ça, ça nous rend heureuse ! Nous pensions développer de la vente par internet mais en gardant nos valeurs écologiques et local, cela apparait compliqué".

"Nous pratiquons le prix libre, nous voulons que chacun soit un acteur conscient de son achat. C'est très intéressant car cela permet à tout le monde d'acquérir des articles de la friperie, en fonction de son porte-monnaie, de l'envie de donner au projet, et surtout de son humeur".

Un exemple de seconde vie. Photo par La Rafistolerie

Depuis que la Rafistolerie existe, avez-vous acquis un certain stock d’article à rafistoler ?
"Oui, on ne s'attendait pas à avoir tant de dons ! C'est une belle surprise de remarquer que beaucoup de gens veulent participer au projet. Pour la vente, ce n'est pas spécialement notre enjeux premier (même s'il nous permet de rembourser nos trajets) mais c'est plutôt une excuse pour engager un dialogue sur des initiatives alternatives à notre consommation, et pourquoi ne pas trouver des solutions vers un changement durable".

des idées pour les aider ?

Si vous connaissez un lieu de stockage pour les textiles, un bout de grange à prêter, un hangar ou un local sec, n'hésitez pas à les joindre au 06 75 67 82 19 et au mail clepsydreasso@gmail.com. D'autre part, tous les bénévoles sont les bienvenus. Vous pouvez découvrir ici, leur page Facebook et Instagram.

Quels sont les projets pour la Rafistolerie ?
"Le projet n'a qu'un an. On voulait déjà voir comment il allait être accueilli. Les retours plus que positifs nous donnent envie de faire évoluer et diversifier les activités de la Rafistolerie avec des ateliers, des journées réparation et transformation, une plus grande production artisanale de notre part. Malheureusement cela prend du temps, le fait de trouver un lieu pour accueillir d'autres bénévoles serait un grand plus et permettrait d’accomplir ces prochains objectifs. Nous cherchons un lieu de stockage et d'atelier. Nous pensons à des adresses comme la manufacture solidaire à saint germain ou un autre endroit dans cette optique de partage entre artisans et porteurs de projet".

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