La présence du loup non exclue : "on achète la paix sociale"

lun 27/11/2017 - 17:36 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:49

Alors qu'une vingtaine d'ovins a été décimée à St-Julien-du-Pinet, le loup a aussitôt été pointé du doigt. 
En deux semaines, trois troupeaux altiligériens ont subi des attaques. À Saint-Bérain, une brebis a été tuée. L'attaque de Chanaleilles a causé trois pertes et à Saint-Julien-du-Pinet, ce sont 21 bêtes qui ont été massacrées.
Mais dans ce dernier cas, comme l'avait suggéré Zoomdici, la présence du loup semble on ne peut plus hypothétique. D'abord parce que le loup attaque pour se nourrir (une vingtaine d'ovins décimée mais quelques menus morceaux de viande manquant) et non pour "jouer", à l'inverse des chiens. Ensuite, le zonage de la présence du loup ne coïncide pas du tout et enfin, la question des indemnisations peut inciter à pointer du doigt le loup plutôt que les chiens errants.

----Des loups hybrides
Les croisements de loups et de chiens de protection des troupeaux expliquent une partie du manque de précision des tests ADN. Le loup hybride est également d'une certaine complexité juridique.-----Si ce sont des chiens errants, c'est souvent tout à la charge de l'éleveur
S'il s'agit de chiens errants, pour espérer être indemnisé, il faut déjà retrouver les animaux ou les attrapper en flagrant délit, il faut ensuite être en mesure de remonter jusqu'au propriétaire (s'il en a un), puis prouver la responsabilité du chien (en le faisant vomir par exemple), c'est alors la responsabilité civile de l'assurance du propriétaire du chien qui entre en jeu. 
"Souvent, les chiens sont repartis quand l'éleveur découvre le carnage", explique Thierry Cubizolles, secrétaire général de la FDSEA de Haute-Loire. L'éleveur n'a alors aucune indemnisation : c'est à lui de prendre en charge tous les soins pour les survivants, en plus des pertes qu'il a subies. L'occasion aussi de rappeler que "chacun est responsable de ses animaux", insiste-t-il, alors que les agriculteurs doivent eux-mêmes gérer d'importants cheptels.

Si c'est un loup, l'État peut indemniser l'éleveur
De l'autre côté, s'il s'agit d'un loup, c'est un domaine d'État, et il y a le plan loup qui se met en place et l'éleveur peut bénéficier d'indemnisations, à condition d'avoir bien mis en place les mesures de protection préconisées par l'Etat : chiens de garde (450 € à l'achat en moyenne), filets de contention électriques ou encore aides-bergers (peu d'agriculteurs peuvent aisément embaucher).
Pour accompagner l'éleveur dans ces installations, l'État subventionne jusqu'à 80 % du matériel (pris sur le budget de l'agriculture, "donc on perd des deux côtés" selon  Thierry Cubizolles) mais il incombe à l'éleveur de faire l'avance de trésorerie pour un an.

"On préfère dire que le loup n'est pas exclu et on achète la paix sociale"
Thierry Cubizolles est le secrétaire général de la FDSEA de Haute-Loire. N'y a-t-il pas un risque de crier au loup pour bénéficier des indemnisations de l'Etat ? 


----Veut-on un élevage de plein air ?
C'est une des questions posées par les syndicats agricoles, car la pâture en liberté confère une meilleure qualité à la viande, donc une meilleure vente, et que les ovins participent aussi à l'entretien du paysage, au risque de voir la brousse gagner le département. Se pose aussi la question du tourisme en parallèle.
-----Le loup pourrait ne plus être classé comme une espèce protégée
Au rang des bonnes nouvelles selon les agriculteurs (elles ne se bousculent pas au portillon), on peut évoquer le déclassement du loup de la directive habitat de la convention de Berne. Le Parlement européen a proposé à la commission européenne, la semaine dernière, une modification du statut du loup car la conservation de ce dernier est désormais plutôt favorable, ce qui ne nécessiterait plus de le classer comme une espèce protégée. "C'est une bonne nouvelle, qui permettra de gérer un peu la population croissante de loups au niveau national", considère Claude Font, de la fédération nationale ovine (FNO). 
Rappelons que selon l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), entre 2016 et 2017, le nombre de loups a progressé de 22 % sur le territoire hexagonal, pour un total de 360 loups répartis sur 24 départements. Les éleveurs estiment que le coût du loup s'élève à 26 millions d'euros pour la collectivité (dont 23 millions puisés dans le budget de l'Agriculture et 3 millions dans celui de l'Écologie).

Éduquer le loup avec un fusil : comment procède-t-on ?
Claude Font est éleveur à Auzon. Il est en charge du dossier prédation à la fédération nationale ovine (FNO). 
Le mot d'ordre pour lui, c'est que les éleveurs puissent protéger leurs troupeaux. Comment ? Éduquer le loup avec un fusil : comment procède-t-on ? Comment sont financées les mesures de protection ?


Maxime Pitavy

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire