La lentille verte du Puy fait pâle figure

Par Nicolas Defay ven 29/01/2021 - 06:30 , Mise à jour le 29/01/2021 à 06:30

"Continuez de semer ! Il ne faut pas se décourager !" Ce sont par ces mots que le préfet du département a tenté de rassurer les producteurs de lentille. Sur l’exploitation de Daniel et Mickaël Blanc, au Brignon, les cultivateurs ont exprimé leur (très) vive inquiétude quant à l’avenir de l’or vert du Velay.

Autour des propriétaires du GAEC des Granges, au lieu-dit du même nom dans la commune du Brignon, Eric Étienne, préfet de la Haute-Loire a écouté les différents professionnels de la lentille verte du Puy ce jeudi 28 janvier. "On a besoin d’être uni pour faire passer un message, partage Yannick Fialip, président de la Chambre d’Agriculture de la Haute-Loire. On a besoin de semer un maximum d’hectares. On ne peut pas voir cette filière si précieuse disparaître. Nous devons pérenniser la production !"

La cause de cet appel ensemencé de craintes ? Une production catastrophique de la production de lentille. Si dans une année classique, les cultivateurs produisent environ 3 000 tonnes de cette légumineuse AOP (Appellation d’Origine Protégée), seuls 1 200 tonnes l’ont été en 2020.

E.Etienne, Y. Fialip, et P. Boyer. Photo par Nicolas Defay

"Avoir une AOP dans son département, ce n'est pas rien"

"La récolte semblait pourtant bien partie, affirme l'exploitant Daniel Blanc. Elle avait l'air d'être très prometteuse mais la météo l'a anéantie en quelques jours. Avoir une AOP dans son département, ce n'est pas rien. Il faut avoir conscience de ça."
Le préfet de la Haute-Loire intervient dans le sens de l'agriculteur. "Continuez de semer ! Il ne faut pas se décourager !, lance-t-il. Je ne fais pas la pluie et le beau temps mais j'insiste pour dire qu'il faut s'accrocher. Je souhaite réellement soutenir les gens qui font vivre ce pays. Je ne peux modifier le temps mais vous aurez toujours une oreille attentive de la part de l'Etat".

1935 : Reconnaissance Appellation d'Origine
7 août 1996 : 1er légume sec AOC (Appellation d'Origine Contrôlée)
2009 : Reconnaissance AOP (Appellation d'Origine Protégée)
87 communes de la Haute-Loire caractérisées par un micro climat adapté à la lentille
3 entreprises de collecte et de conditionnement

L'année 2000 : Record du nombre de producteurs (1 250)
L'année 2020 : Nombre de producteurs le plus bas (653)
L'année 2000 : Record de collecte avec 82 000 quintaux (8 200 tonnes)
L'année 2020 : Une production la plus basse avec 12 166 quintaux soit 1 216.6 tonnes

Le prix fixe payé au producteur est d'environ de 2 200 euros la tonne
Sa marge brute est évaluée à 1 000 euros par hectare en moyenne

Son poids économique :
6 millions d'euros sont distribués aux producteurs
8 millions d'euros de chiffres d'affaires réalisés par les entreprises
La production de la lentille contribue à maintenir environ un millier d'emplois

Un héritage menacé de disparition

Philippe Boyer, président de l'ODG (Organisme de défense et de gestion) de la lentille souligne le manque de moyens proposés aux cultivateurs en question. "On a besoin non seulement de rentrer dans le système de la Politique Agricole Commune (PAC, Ndlr) mais aussi d'un soutien direct de l'Etat. La production de lentille devrait avoir un revenu plus adapté pour que cela incite les producteurs à cultiver." Il ajoute : "Nous sommes les héritiers de ceux qui ont travaillé avant nous. Il serait vraiment dommage que notre génération soit celle qui enterre cet héritage".

Michael et Daniel Blanc (au centre). Photo par Nicolas Defay

"Nous sommes même contraints à imposer des quotas à nos clients"

Parmi les personnes présentes, Huguette Trescarte, P.-D.G. de la SAS Trescarte à Loudes qui est l'une des trois entreprises qui recueillent et conditionnent la production des agriculteurs. "La tendance de rendement est clairement à la baisse, se désole-t-elle. Cela nous fait vraiment peur car, si le niveau de production continue ainsi, la vente deviendra à terme exclusivement locale." Elle continue sur la même tonalité : "Ça fait plusieurs années que nous sommes même contraints à imposer des quotas à nos clients". Un tableau peint en noir qu'Antoine Wassner, P.-D.G. de son confrère Sabarot à Chaspuzac, continue d'assombrir. "Actuellement, nous exportons dans 70 pays à travers le monde, précise-t-il. Si nous manquons de volumes, nous allons lentement nous restreindre pour terminer effectivement dans une dimension locale".

Huguette Trescarte. Photo par Nicolas Defay

Avec et sans pesticide

Le député de la Haute-Loire, Jean-Pierre Vigier (LR), souligne quant à lui la concurrence déloyale effective entre certains pays producteurs de lentille et la France. "Que notre pays bannit l'application des produits phytosanitaires, c'est bien. Mais ce n'est pas normal que d'autres continuent à produire en usant de pesticides pour ensuite les vendre chez nous. L'idée n'est sûrement pas de remettre des adjuvants chimiques sur nos cultures mais qu'on les interdise dans les autres pays, au moins en Europe".

Peter Vigier et Antoine Wessner. Photo par Nicolas Defay
Peter Vigier et Antoine Wassner. Photo par Nicolas Defay

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