La Couveuse de Chadrac : lieu de culture « occupé » par le CIP 43

Par Macéo Cartal mer 24/03/2021 - 07:00 , Mise à jour le 24/03/2021 à 07:00

Depuis samedi dernier, la couveuse de la MPT de Chadrac est occupée par les intermittents et précaires. Cet acte s’inscrit dans le mouvement national où plusieurs lieux de culture sont également occupés afin de faire valoir les droits à la culture ainsi que ceux des intermittents de l’emploi.

À l’heure de l’écriture de ces lignes, c’est le troisième jour d’occupation à la Maison pour Tous de Chadrac par le Comité des Intermittents et Précaires de Haute-Loire (CIP43). Intermittents et précaires se retrouvent au sein de ce haut-lieu culturel départemental que constitue la Couveuse. Lieu de représentation mais surtout de travail, il s’ajoute aux 77 autres lieux culturels occupés en ce moment-même un peu partout dans l’hexagone.

Une occupation… ouverte

Une arrivée pacifique

Cette occupation s’est faite en accord avec les employés et dirigeants de la Couveuse. « On s’est pointé samedi, on nous a alloué un endroit où dormir et une salle pour nos assemblées générales. Tout se fait dans l’échange. Nous ne sommes pas en rapport de force, bien au contraire », annonce Lionel Alès

« Ce terme d’occupation peut faire peur. Il faut bien comprendre que le principe de cette occupation est que nous sommes sur place, nuits et jours, disponibles pour les échanges avec tout le monde. On ne bloque rien, on n'empêche personne de travailler, bien au contraire. La médiathèque est ouverte, les services fonctionnent normalement. Par exemple, [mardi 23 mars], le groupe Lo Radzouka sera en résidence à la Couveuse, nous leur laisserons la place pour travailler », tient à préciser Lionel Alès, comédien et membre actif du CIP43. « La porte reste grande ouverte, à qui veut venir nous rencontrer, échanger ou n’importe quoi d’autres ».

Ce mouvement propose également des ateliers aux enfants dont les parents viendraient échanger avec les intermittents et précaires. Par exemple, mercredi et jeudi aura lieu l’atelier de construction d’une marionnette géante. « On aimerait faire une sorte de mascotte de ce mouvement, où tout le monde pourrait venir apporter sa patte », indique Lionel Alès.

Un lieu d’échange interculturel

Le choix du lieu de cette occupation n’est pas anodin. La si bien nommée Couveuse n’est pas qu’un lieu de représentation mais avant et surtout un lieu de travail. « Quand on fait grève, on occupe généralement notre lieu de travail. La MPT de Chadrac fait donc sens, elle accueille très régulièrement des groupes de musique et des troupes pour travailler. On a pensé à un lieu comme le théâtre du Puy, mais le travail fait là-bas est anecdotique. C’est plus un lieu de représentation de choses que l’on peut voir à la télé par exemple », explique Lionel Alès. « On a choisi ce lieu et pas le théâtre car il est à la marge de l’agglomération, de la ville, de la préfecture. Ce sont aussi nos valeurs, c’est ce que nous voulons promouvoir, cette dimension rurale, populaire, à la marge et qui répond surtout à nos besoins », ajoute-t-il.

Ce lieu accueille non seulement des groupes musicaux et des troupes théâtrales mais il y a aussi toute une vie associative, sportive et citoyenne qui est représentée ici. La culture a de multiples visages, et le CIP, par le biais de ce mouvement, compte bel et bien tous les représenter. Cette occupation est également l’occasion pour le CIP43 et ses sympathisants d’amener un lieu d’échanges pur et simple. Discuter, argumenter, soutenir sont les maîtres-mots de cet acte que véhiculent les participants et soutiens à ce mouvement.

Soutenir tous les intermittents de l’emploi

Bien que très représentés au sein des intermittents du spectacle, le CIP43 a initié ce mouvement « en faveur de tous les intermittents de l’emploi » pour reprendre les propos de Lionel Alès. Pour le collectif, être intermittent de l’emploi concerne les personnes ayant de multiples employeurs, des contrats courts (CDD, etc.), des périodes transitoires de chômage partiel, etc. L’une des principales revendications est notamment l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage.

« Nous tenons à défendre quelque chose qui ne nous touche pas personnellement, le CIP représente tous les précaires », Lionel Alès

« Nous, les artistes et techniciens du spectacle, ne sommes pas directement touchés par cette réforme. Nous tenons à défendre quelque chose qui ne nous touche pas personnellement, le CIP représente tous les précaires, c’est très important d’inclure tous ceux en difficulté. Mais bien qu’on ne soit pas touchés directement, nous le sommes finalement en ricochet, en quelque sorte. C’est-à-dire que cette réforme touche le secteur de l’hôtellerie, de la sécurité ou encore de ceux qui tiennent les guichets. Et quand on regarde, le monde du spectacle ne concerne pas uniquement les artistes et techniciens mais aussi tous ces gens-là », avance Lionel Alès.

Photo par Macéo Cartal

Reprise de l’activité, année blanche, caisses sociales… : les revendications

Avant même la réouverture des salles de spectacles et de représentations, les membres du collectif et les manifestants réclament une reprise de l’activité dans tous les secteurs, que ce soit le tourisme ou encore la culture et dans tous les lieux (théâtres, salles de concert, maisons pour tous, etc.), ainsi que dans les lieux publics. Pour rappel, sauf dans le cadre d’une manifestation syndicale ou de revendications, on ne peut se produire sur la voie publique, qui risque de créer un rassemblement (interdit au-delà de six personnes). « On ne prend pas le problème à l’envers. Pourquoi demande-t-on une reprise d’activité ? Eh bien tout simplement parce que nous demandons à pouvoir travailler. Ouvrir les lieux de travail devrait enchaîner logiquement une réouverture des lieux de représentations. Ouvrir les salles de spectacles n’a aucun sens si on n'a pas pu travailler avant », précise Lionel Alès.

Cette reprise d’activité demande à être accompagnée d’un soutien financier. En effet, les collectifs et troupes artistiques ne refusent pas de se produire face à une salle sous protocole sanitaire, avec notamment une jauge de spectateurs. Mais cela se fera sous conditions d’un soutien financier auprès des différentes structures. « Jouer un spectacle devant une demi jauge de spectateurs n’est pas rentable, c’est pourquoi nous avons besoin de ces aides et une période de transition », indique le comédien vellave.

« À cet instant, je suis à 96h de travail depuis juillet 2020. Il y a très peu de chances que j’atteigne ces 507 heures », Jessica, primo entrante dans le monde de l'intermittence

Qui dit pas de travail dit pas d’heures comptabilisées. Là est une grande partie du problème des intermittents du spectacle. Pour faire valoir leur indemnités chômage versées par Pôle emploi, les intermittents doivent justifier d’au moins 507 heures de travail sur une période d’un an. Au vu de la période sanitaire, un dispositif nommé « l’année blanche » a été mis en place. Il permet la prolongation des droits des intermittents. Si la date anniversaire de la fin des droits intervient entre le 1er mars 2020 et le 30 août 2021, les droits sont automatiquement prolongés jusqu’au 31 août 2021. Cependant, beaucoup n’atteignent toujours pas ces 507 heures, faute de pouvoir travailler. C’est pourquoi est demandée une prolongation de cette année blanche. Cette prolongation devrait également aider les primo-entrants dans le domaine de l’intermittence.

Un va et vient de soutiens

Le nombre d’occupants est variable. Lors de la première Assemblée Générale, une cinquantaine de personnes étaient présentes. La première nuit d’occupation, une quinzaine de personnes ont dormi sur place. Au cours des jours, les personnes vont et viennent, faisant vivre ce mouvement et apporter leur soutien ponctuellement ou plus.

C’est le cas de Jessica, qui est technicienne depuis juillet 2020. De part son statut de primo-entrante (nouvelle venue pour les non-initiés), elle n’a le droit à aucune aide, et n’a pas pu atteindre les 507 heures nécessaires pour avoir accès à ses droits. « À cet instant T, je suis à 96h de travail depuis juillet 2020. Et même d’ici le 1er septembre, il y a très peu de chance que j’atteigne ces 507 heures. Ce n’est pas que je ne veux pas travailler, je ne peux tout simplement pas », démontre Jessica.

Le CIP43 demande également la garantie des droits sociaux à tous les intermittents de l’emploi, notamment les congés maternité et maladie. Aujourd’hui, un intermittent de l’emploi doit avoir cotisé un certain nombre d’heures pour profiter de l’assurance maladie et le remboursement des soins. Un vide qui « sera, je l’espère, comblé », aspire Lionel Alès.

Des caisses en danger

La forte de baisse de cotisations des intermittents menace les caisses sociales de disparaître. Les caisses de retraite, de formation, de médecine du travail, des congés et du spectacle vivent à travers les cotisations. Mais puisque les intermittents ne peuvent plus travailler, les cotisations ne tombent plus, les caisses sortent toujours de l’argent et risquent de disparaître, supprimant les droits homonymes aux intermittents, qui sont bénéficiaires.

La boîte aux lettres ambulante Photo par Macéo Cartal

Un temps d’échanges et de débats

Une boîte aux lettres ambulante

Une boîte au lettre ambulante a été créée pour l’occasion. Elle accueille les mots de ceux qui veulent apporter leur soutien ou leurs idées pour cette cause. Chacun peut y apporter sa réflexion.

Mercredi à 14h se tiendra une tribune ouverte sur le parvis de la Maison pour Tous. Le micro tournera auprès de tous ceux qui souhaitent énoncer leurs revendications, exprimer leurs sentiments et leur soutien pour cette cause, « participer tout simplement à la vie sociale », annonce Lionel Alès. Ce temps de parole sera également l’occasion de lire à voix haute les lettres déposées dans la boîte aux lettres ambulante. En fin de journée, un atelier musical sera proposé pour les enfants. En ce même temps, les parents sont invités à échanger avec les occupants de la Couveuse.

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1 commentaire

lo

mer 24/03/2021 - 08:47

Être "intermittent" est dans la plupart des cas UN CHOIX bien souvent pour des raisons qui sont celles de ces manifestants (liberté de travailler dans des secteurs où la "pression" des obligations n'est qu'épisodique) en résumé, travailler quand on veut et quand on en sent le besoin aux risques et périls des événements.
Donc par définition, cet emploi n'étant qu'occasionnel, les risques sont proportionnels aux besoins du moment et comme en ce moment la pandémie Covid décide du futur, faut pas s' attendre à des miracles sinon ça se saurait...L'occupation de ce bâtiment n'y changera rien à mon avis si ce n'est la gêne occasionnée aux riverains qui n'y sont pour rien et de toutes manières ce n'est pas une poignée de contestataires qui fera évoluer la situation...