La colère des soignants ne faiblit pas

mar 30/06/2020 - 18:49 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:05

"6 milliards, ca claque quand on l'entend comme ça !, ironise Amandine Rabeyrin, secrétaire du syndicat CGT 43 au Centre Hospitalier Emile-Roux. Ca parait être une somme astronomique. Mais elle sera répartie pour tous les hôpitaux publics, pour tous les Ehpad, pour les hôpitaux privée et même ceux à but lucratif en France. Encore une fois, c'est un effet d'annonce. On est bien en dessous de ce que nous attendons. Si on voulait satisfaire la revendication des soignants concernant juste l'augmentation de tout le personnel dans ces établissements, il faudrait 32 milliard d'euros." Soit 5,5 fois plus que l'enveloppe du gouvernement.

----Pour les médecins
La dernière mouture du Ségur de la Santé mentionne une enveloppe d'un montant 300 millions d'euros pour revaloriser les seuls salaires des médecins hospitaliers.-----"J'envisage vraiment de changer de profession et de ne plus rien avoir à faire avec tout ce qui touche au médical"
Avec elle, ils sont environ 150 (120 selon la prefecture) à s'être retrouvés devant l'accueil du centre hospitalier ponot pour ensuite se diriger devant la préfecture. "Je suis mobilisée depuis le début et je le resterai jusqu'à ce que mon métier ait un peu plus de reconnaissance que ce qu'il détient actuellement, partage une Agent des Services Hospitaliers quarantenaire, préférant rester anonyme. Mon salaire ne dépasse pas le Smic, j'ai été au contact du Covid pendant les trois mois du confinement et je sais que les propositions du Ségur ne concernent pas notre corps de métier ! C'est déprimant. Je suis si écœurée. J'envisage vraiment de changer de profession et de ne plus rien avoir à faire avec tout ce qui touche au médical."

Un constat confirmé par Amandine Rabeyrin. "Dans le Ségur de la Santé, on parle essentiellement du personnel soignant, c'est-à-dire des infirmiers et des aides-soignants. Pourtant, l'hôpital fonctionne avec beaucoup d'autres personnes ayant de très bas salaires. Il faut revaloriser toutes les rémunérations de tous ces corps de métiers. Je pense au ASH, aux personnels ouvriers, à ceux qui s'occupent de la restauration des patients, au traitement du linge, aux personnels administratifs, au médical technique, les kinés, ou encore les services de radiologie".

Des patients admis sur brancard faute de lit
Autre chapitre important qui n'est pas pris en compte dans le Ségur, la création d'emploi. "Il n'y a aucune mention des créations de postes, s'insurge Amandine Rabeyrin. Nous, on en demande 100 000 dans les hôpitaux et 200 00 dans les Ehpad. Rien que sur l'hôpital Emile-Roux, il manque 200 postes Équivalent Temps Plein. Et dans les Ehpad, il faudrait un soignant pour un résident !" Le manque de lit fait également partie des revendications défendues depuis plus d'un an par le service des urgences d'Emile-Roux et depuis le mois de septembre 2019 par l'ensemble de l'hôpital ponot. "On a bien vu que pour faire face aux épidémies, pas uniquement pour le Covid, on est à flux tendu pour les épidémies de grippe et de gastro, chaque année, avec des gens qui sont hospitalisés sur brancards par manque de lit !"

(Cliquer sur "Listen in browser" pour une écoute sur smartphone ou tablette)

----Le 16 juin, la préfecture avait compté 450 manifestants devant l'Agence régionale de santé.-----Perte total de sens
"Les soignants ne peuvent plus faire le métier pour quoi ils sont faits, pour quoi ils ont été formés à la base, à cause de la charge administrative, insiste Amandine Rabeyrin. Dans le monde médical et hospitalier d'aujourd'hui, il est presque plus important de mettre des croix dans des fichiers informatiques afin de bien suivre le protocole bureaucratique que de s'occuper du patient, de savoir s'il va bien, s'il souffre ou pas. Nos métiers sont en train de perdre tous leurs sens. Et les gens sont fatigués de tout ça." Les manifestants ont quitté l'établissement hospitalier à 15 heures pour remonter ensuite l'avenue de Saint-Laurent, le boulevard Saint-Louis, et se positionner devant la préfecture. Une délégation a ensuite été reçue par les services de l'Etat pour faire remonter "leurs colères et leurs détermination face à la non prise en compte de leurs exigences".

Nicolas Defay

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