Jeux vidéo : quand le virtuel enrichit le réel

jeu 31/03/2016 - 15:47 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:40

Souvent décriés, les jeux vidéo ont peut-être trouvé leur avocat : Michaël Stora, psychologue et psychanalyste, était à la Maison Pour Tous de Brives-Charensac, ce vendredi 25 mars 2016, pour une conférence dans le cadre de la Japan’ Game qui a réuni une cinquantaine de participants.

Des préjugés qui ont la vie dure
C’est une réalité : la place des jeux vidéo est de plus en plus importante dans la vie des jeunes, voire omniprésente, mais faut-il vraiment en avoir peur ? « La communauté scientifique est dans le déni par rapport à une certaine forme d’addiction », souligne Michaël Stora. Réaliste par rapport à ses effets et à ses causes, le psychologue clinicien en explique néanmoins certains bénéfices.

Le virtuel comme refuge, rendant la socialisation difficile
Le jeu vidéo, nouvel opium du peuple ? Certainement, l’utilisation excessive de jeux vidéo reflète une certaine difficulté à affronter la réalité d’une société souvent bien trop exigeante. « C’est une sorte de Prozac interactif », reconnaît Michaël Stora, « même si on a du mal à émerger dans le monde réel, on peut dominer le virtuel ».
Mais ce n’est pas pour autant que les gamers se coupent de toute forme de socialisation. « La socialisation peut être partielle, mais le virtuel enrichit le réel, en passant par des rencontres IRL par exemple » (In Real Life/En vie réelle) : c’est notamment le cas de la Japan’ Game où les joueurs se retrouvent autour de leur passion commune.
Même si elle est présente, cette socialisation peut parfois se révéler difficile pour les gros joueurs. En effet, les jeux vidéo adoptent souvent une structure binaire, les méchants combattant les gentils : « La socialisation médiatisée par les jeux est une socialisation militaire, stratégique ». Michael Stora est réaliste et concède que « le rapport au monde peut être inquiétant ». Pour combattre cela, il a mis en place des cours de littérature ou d’histoire de l’art dans des écoles supérieures qui proposent des filières de formation aux jeux vidéo  afin de restituer à ces passionnés un rapport au monde plus réaliste et complet.

Un exutoire bénéfique
Le psychologue est bien obligé de le reconnaître : « Oui, je joue aux jeux vidéo, à Call of Duty par exemple. Après une journée de travail parfois éprouvante, ça a un effet cathartique ». Le monde virtuel peut être vu comme un espace de défoulement, où tout le monde peut mettre en scène ses inévitables pulsions agressives. « Le jeu ne serait pas l’origine de la violence », au contraire, il permet de la dériver, de calmer celle qui est déjà née. Cela devrait donc rassurer les parents les plus inquiets même si le risque est d’exprimer sa rage uniquement devant les écrans. Une étude américaine de l'Université du Texas en 2011 a même affirmé qu’il y avait moins de crimes commis lors de sorties de jeux vidéo interdits aux moins de 18 ans.

Des qualités thérapeutiques et pédagogiques
L’introduction des jeux vidéo et du numérique en général au sein des écoles est de plus en plus fréquent. Évidemment, comme le disait Freud : « pas d’apprentissage sans expérience hédonique ». Cependant, ce n’est pas le seul bénéfice que l’on peut en retirer.  « Pour intégrer les frustrations quotidiennes, tout le monde a besoin de valorisation », affirme Michael Stora. Effectivement, les jeux vidéo récompensent le joueur à chaque succès : gagner une course à Mario Kart sous une pluie de confettis permet de le valoriser, ce qui va considérablement faire baisser sa frustration. C’est notamment pour cela que Michael Stora travaille aujourd’hui avec le ministère de l’Éducation nationale pour l’introduction du numérique à l’école.

A.P.

« Je suis intervenu tout récemment auprès d'une classe de collégiens, raconte Michaël Stora, et quand j'ai demandé qui jouait aux jeux vidéos, seuls deux élèves n'ont pas levé la main. »

La Japan' Game se poursuit à la Maison pour tous de Brives-Charensac : ce vendredi soir avec une conférence sur le Japon et tout le week-end avec des jeux, ateliers et tournois pour tous les âges.

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