Haute-Loire : une flaque de sang et des peines de prison ferme… pour une cigarette

mar 15/07/2014 - 23:22 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:23

C’est dans le cadre de la comparution immédiate que trois jeunes hommes, âgés de 23 et 20 ans, étaient jugés ce mardi 15 juillet 2014, dans l'après-midi. Ce samedi soir, alors que le ramadan était terminé, l’un d’eux avait une furieuse envie de fumer une cigarette.
Déjà au rond-point de Coubladour, sur la RN 102, le véhicule utilitaire s’arrête et l’un des passagers descend du véhicule pour demander une cigarette au couple qui les précédait sur la route. Les deux jeunes amoureux ne fument pas et répondent par la négative. Selon eux, le ton monte d’un cran avant que le jeune homme ne remonte à bord du véhicule.

Après s'être détournés du "véhicule dangereux", ils retrouvent ses occupants en pleine rixe
Toujours selon le couple (les trois prévenus nient les faits), le véhicule utilitaire aurait dès lors adopté une conduite dangereuse et des objets auraient même été jetés depuis la fenêtre en leur direction. Se sentant menacé par cette attitude, le couple décide de doubler l’utilitaire, non sans mal, puis tente de le semer. Il y parvient après le col de Fix et décide de tourner vers Langeac pour laisser le véhicule passer, relever sa plaque, et pouvoir reprendre la route sereinement.
Ils laissent donc passer l’orage et reprennent leur route. Arrivés dans le bourg de Saint-Georges-d’Aurac, ils assistent à une violente rixe à laquelle participent les trois jeunes hommes de l’utilitaire, contre deux frères du village. L’altercation se finit dans une flaque de sang et aurait démarré… pour une cigarette. 

Des clichés spectaculaires des deux frères tabassés
Si les ITT (Interruption Temporaire totale de Travail) prescrites par le médecin de l’hôpital de Brioude ne sont pas très impressionnantes - trois jours pour l’un et cinq jours pour l’autre - les clichés que le président du tribunal brandit devant l’auditoire sont bien plus spectaculaires. Des ecchymoses, des hématomes, une quinzaine d’agrafes, un traumatisme crânien, l’arcade sourcilière brisée… les deux frères ont été littéralement tabassés.
Et la question se pose : les trois prévenus ont-ils pu causer de tels dommages avec leurs seuls poings ou une arme a-t-elle été utilisée ? C’est la deuxième hypothèse qui a été retenue dans la prévention, en l’occurrence une barre de fer, les poursuites pour violences sont donc aggravées par deux circonstances : avec arme et en réunion.

« J’ai cru que j’allais mourir pour une cigarette »
Les deux frères tabassés et le jeune couple se sont rendus au tribunal ce mardi pour témoigner à la barre. Les trois prévenus ne reconnaissent que les faits de violence et expliquent aux magistrats qu’après avoir demandé une cigarette au jeune homme à Saint-Georges-d’Aurac, ce dernier aurait répondu qu’il n’en avait pas « pour les bougnoules ». Le déferlement de violence s’en suit aussitôt et le frère de la victime se mêle à la rixe.
Du côté des victimes, on nie en bloc l’allusion raciste et leur avocate rappellera par ailleurs qu’ils sont tous deux nés d’un père algérien, ce qui devrait limiter leur propension à ce genre d’insultes. Quoi qu’il en soit, qui plus est à trois contre deux, le combat ne semble gère équitable au vu des blessures infligées aux deux frères. Le visage couvert de sang, la victime aurait confié aux enquêteurs : « j’ai cru que j’allais mourir pour une cigarette ».

Prison ferme et maintien en détention requis
Reste alors à déterminer la responsabilité de chacun des trois prévenus. L’un a engagé l’altercation en demandant une cigarette, le conducteur a aussitôt pris part à la rixe. Quant au troisième, il n’est intervenu que plus tard dans l’échauffourée, mais c’est lui qui est suspecté d’avoir utilisé une barre de fer. L'avocat des parties civiles, après avoir rappelé la violence de l'altercation et ses conséquences pour ses clients, a demandé que les indemnités soient déterminées lors d'une prochaine audience au civil.
Quant au Ministère Public, représenté par Tristan Boffard, il a requis un mandat de dépôt pour chacun des prévenus et des peines de deux ans de prison, dont la moitié avec sursis pour le conducteur du véhicule, un an de prison ferme pour celui qui a engagé la dispute et deux ans de prison, dont six mois avec sursis, pour celui qui aurait utilisé une arme (il était dans le cadre d'une récidive légale).

"Ces peines sont au-delà de l'admissible"
A l'entente de ces réquisitions, l'avocat de la défense est aussitôt sorti de ses gonds : "rien ne justifie une telle sentence, hors récidive, la prison sans sursis est le dernier recours et le mandat de dépôt n'est pas une règle. Ces peines sont au-delà de l'admissible". Pointant du doigt "une instruction à charge" et "de nombreuses lacunes dans l'investigation", déplorant que "rien ne prouve qu'une arme ait été utilisée" et qu'aucune analyse n'ait été faite sur la barre de fer retrouvée, tout en rappelant que plusieurs témoins n'avaient pas vu d'arme, il a aussi regretté qu'il n'y ait pas eu de confrontation lors de l'instruction.
"Il ne suffit pas d'avoir des parties civiles pour condamner à de la prison ferme trois jeunes hommes sans avoir réaliser les investigations à décharge indispensables", a-t-il ajouté. Enfin, il a souligné qu'une peine de prison ferme pour le second prévenu, qui n'avait pas de casier judiciaire, semblait "peu adaptée".

Tous condamnés à de la prison ferme
Après délibérations, les magistrats ont rendu leur jugement juste avant 20 heures (l'audience avait débuté à 15h30). Le conducteur a été condamné à une peine de 18 mois d'emprisonnement dont 10 mois avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans, assortie d'une obligation de travailler et d'indemniser les victimes le cas échéant.
Le second prévenu, celui qui n'a pas de casier judiciaire, a été condamné à une peine d'un an de prison dont la moitié avec sursis, assortie des mêmes obligations que son comparse. Les magistrats ont justifié cette sentence en déclarant "ce sont quand même des faits très graves". 
Enfin le troisième prévenu, qui était en récidive, a été maintenu en détention après que la circonstance aggravante de l'utilisation d'une arme a été retenue. Il a été condamné à une peine de deux ans d'emprisonnement, dont la moitié avec sursis et mise à l'épreuve, assortie des mêmes obligations que ses prédécesseurs.
Dans la salle d'audience du tribunal, le jugement a surpris les familles des prévenus qui n'ont pas caché leur mécontentement et un appel est plus qu'envisageable. Quant à la sortie du palais de justice, elle ne s'est pas faite sans heurts. 


Maxime Pitavy 

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