Haute-Loire : pour l'économie locale, le diamant vert vaut son pesant d'or

mar 22/07/2014 - 14:02 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:23

Après ces dernières campagnes difficiles pour la Lentille Verte du Puy, l’année 2014 débute avec des signes encourageants. En effet, les semis se sont déroulés dans de bonnes conditions favorisant l’implantation de la culture.
De plus, les surfaces emblavées en lentille ont progressé cette année de plus de 10% par rapport à 2013 pour atteindre aujourd'hui les 3 900 hectares. Un bon en avant même si l'objectif est fixé à 4 500 hectares.

Près de 4,5 millions d'euros qui échappent chaque année à l'économie locale
Un objectif nuancé puisque les producteurs sont toujours tributaires du rendement. Le vrai objectif, c'est de produire 4 500 Tonnes de Lentilles Verte du Puy AOP (appelation d'origine contrôlée) pour subvenir aux besoins du marché, alors que ces dernières années, la production était plutôt de l'ordre de 3 000 Tonnes. Le rendement moyen de ces 30 dernières années est de 10 quintaux par hectares (8 quintaux l'an dernier) et il faudrait un rendement d'environ 12 quintaux par hectares pour être à l'équilibre.
"Les 1 500 Tonnes manquantes, c'est trois millions de paquets en moins dans les rayons", souligne Antoine Wassner, le Président de l'ODG (Organisme de défense et de gestion) de la Lentille Verte du Puy. Surtout, en considérant que le paquet se vend environ 1,50 €, "ce sont près de 4,5 millions d'euros qui échappent chaque année à l'économie locale".

Un nouvel élan qui porte ses fruits
Face à ce constat, la filière a souhaité réagir et a mis en place divers dispositifs pour relancer la production, avec une augmentation de 30 % du prix d'achat de la lentille au producteur et la mise en place d'un "itinéraire technique pour accompagner le producteur dans sa culture". Enfin, pour parfaire cette dynamique, "on a replanté des semences pour sélectionner à chaque fois les plus jolis grains pour à terme, dans 10 ans, avoir des grains plus résistants aux maladies par exemple", détaille Antoine Wassner.
L’appel lancé en fin d’année 2013 a été entendu par les producteurs qui n’ont pas hésité à répondre favorablement pour sauvegarder l'AOP : le nombre de producteurs est passé de 700 à 780. Une avancée modérée certes, mais qui relance une dynamique alors que les producteurs étaient 1 000 il y a trois ans. De plus, tous ont accepté de semener un hectare de plus chacun.

----L'effet de Foëm est un phénomène météorologique créé par la rencontre de la circulation atmosphérique et du relief quand un vent dominant rencontre une chaîne montagneuse. Ce sont des courants chauds qui viennent du Sud, qui traversent les Cévennes et viennent jusqu'en Haute-Loire pour réchauffer nos terres. Cet effet aide la lentille verte du Puy a bien se développer et contribue à l'AOP.
-----Un rendement tributaire du soleil
Grâce à leur travail et aux conditions météo favorables de ce printemps, les parcelles de lentilles sont prometteuses mais en lentille on sait bien que tant qu’elles ne sont pas récoltées, le rendement reste toujours incertain. "On a plus de surfaces mais aucune garantie pour le rendement. Les prochaines semaines seront décisives pour la récolte mais les signaux sont encourageants pour l’instant. Il faut que le soleil revienne à présent !", relève-t-il, enthousiaste.
Car ce n'est pas une plante anodine : "elle a besoin d'un peu d'eau au début, pour germer, puis d'un peu d'eau de temps en temps, mais pas trop pour éviter les maladies, et surtout de la chaleur. Elle se porte bien chez nous car elle bénéficie de l'effet de Foëm (voir encadré)", résume le Président de l'ODG. La lentille se sème entre le 15 mars et le 15 mai, on la récolte au cours du mois d'août.

Une faible production "permet l'émergence de nos concurents"
La dynamique de production semble donc enclenchée, reste maintenant à avoir une bonne récolte afin de repositionner la perle vellave dans les magasins. Car si l'on en trouve toujours au Puy, elle fait défaut dans de nombreuses enseignes en France et à l'étranger. Très prisée des chefs cuisiniers, la filière n'est aujourd'hui plus en mesure de répondre à leurs réclamations. Elle disparaît donc petit à petit des grandes brasseries parisiennes par exemple, et favorise l'émergence de ses concurents.
Même constat chez les consommateurs, qui se détournent de plus en plus vers d'autres lentilles, françaises ou étrangères. "Il faut réagir de suite car s'ils prennent des habitudes, ils ne reviendront plus sur notre lentille", alerte Antoine Wassner, "c'est malheureux mais on permet l'émergence de nos concurents". Surtout que notre lentille AOP est 2,5 à 3 fois plus chère que la lentille italienne ou de Champagne, un argument de poids qui se justifie par un rendement deux à trois fois moindre dans notre région et une qualité reconnue par de nombreux chefs cuisiniers : "elle tient très bien la cuisson, elle a une peau très fine, elle cuit assez rapidement et l'amende n'est pas du tout farineuse", argumente le Président de l'ODG.

Les contrefaçons se multiplient : une trentaine de procès en cours
Produit gastronomique par excellence, prisé des chefs cuisiniers et reconnue dans le monde entier, la lentille verte du Puy AOP est aujourd'hui victime de son succès. La contrefaçon se développe à grande vitesse avec des produits qui n'ont rien de vellave... si ce n'est le packaging estampillé lentille verte du Puy AOP. Ces contrefaçons viennent depuis le Canada, l'Angleterre, l'Australie, la Suède, la Chine, la Pologne, la Norvège ou encore l'Irlande.
Pour l'INAO (institut national de l'origine et de la qualité), c'est l'un des produits plus copiés au monde (dans le top 20) avec le champagne ou le camembert par exemple.
Une trentaine de procès est en cours car l'ODG n'entend pas se laisser faire et son Président lance d'ailleurs un appel aux vacanciers : "si par hasard vous trouvez des lentilles vertes du Puy AOP mais dont l'origine est canadienne ou autre, n'hésitez pas à nous faire remonter l'information".

"La lentille, un revenu complémentaire jackpot ! "
Si la production de la perle vellave tendait à diminuer ces dernières années, c'est principalement car il n'est pas possible de vivre uniquement de la lentille. "Chez nous c'est surtout en parralèle d'une exploitation laitière", note Antoine Wassner, "la lentille, c'est surtout un revenu complémentaire jackpot ! ".
Le Président de l'ODG étaie son argument : "avec une bonne année de lentilles, on a la garantie de faire une très bonne année sur l'exploitation car les hectares dédiés à la lentilles vont donner un revenu bien supérieur au reste des autres cultures de la région. C'est d'ailleurs la richesse d'une AOP, elle permet de garantir à un territoire un revenu supérieur aux autres cultures".

Un site web et des recettes
La commission promotion a continué à communiquer sur le produit phare du Velay en étant présent sur différents supports de communication, notamment sur Internet : une des priorités a été le développement du site de la Lentille Verte du Puy. Le nombre de connexions sur ce dernier est passé de 35 000 à 87 000 en un an d'existence pour atteindre aujourd'hui 120 000 connexions annuelles.
En outre, la commission souhaite donner une image plus jeune à la lentille et surtout plus simple à cuisiner : de nombreux bloggeurs ont créé des recettes qui sont disponibles sur le site de la perle ponote.

Maxime Pitavy

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