Grève des médecins : "la France est hospitalocentrée"

ven 13/11/2015 - 18:31 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:37

Ce vendredi 13 novembre 2015 était intitulé "black friday" : les professionnels de santé libéraux étaient de nouveau appelés à faire la grève des permanences en cabinet mais aussi des gardes de nuit et du week-end.
Un mouvement national lancé par les cinq syndicats de médecins libéraux, unis en intersyndicale nationale et unitaire, maintenant que les élections professionnelles sont passées.
Depuis plus d'un an, les journées de grève se succèdent parmi les médecins libéraux pour protester contre le projet de loi santé de Marisol Touraine, dénonçant une "privatisation galopante de notre protection sociale".
L'opposition vise particulièrement la généralisation du tiers payant ; les patients n'auraient plus à faire l'avance du paiement en consultation. Les médecins craignent des retards de remboursements ou même des impayés de la part des mutuelles.

  • Pour Roland Rabeyrin, Président du syndicat MG43, la mesure du tiers payant n'est que "de la poudre aux yeux, une mesure politicienne qui s'adresse à un électorat". Il affirme que les médecins généralistes refuseront d'appliquer cette loi.

Un frein aux installations de médecins ? La désertification médicale amplifiée ?
Cette loi a notamment pour fonction de proposer un meilleur accès aux soins pour les français. Sauf que le premier obstacle rencontré, c'est souvent de trouver un médecin disponible. Si cette loi fait décroître les installations, elle va donc à contre courant de son but initial...

  • Il y a un problème en toile de fond qui concerne la démographie médicale. Elle est déjà en berne et ce projet de loi santé risque-t-il de freiner encore la motivation des étudiants voulant s'orienter vers la médecine générale ? Cette loi peut-elle accentuer la désertification médicale dans un territoire rural comme la Haute-Loire ?

"La France est hospitalocentrée"
Parmi les professions médicales, la branche de la médecine générale serait l'une des moins rémunératrices selon le Président de MG43, "on est au bas de l'échelle et lorsqu'on compare avec nos voisins européens... En Angleterre, ils travaillent deux fois moins et gagnent deux fois plus", lâche-t-il dans un soupir.
Car en Grande-Bretagne, le rôle du médecin généraliste est un rôle pivot dans le parcours de santé, un constat qui n'est pas de même facture dans l'hexagone : "en France, nous sommes hospitalocentrés", estime Roland Rabeyrin.

Le niveau de rémunération des médecins ne permet pas d'embaucher ?

  • Il y a au coeur de cette loi la question du tiers payant. Vous n'y êtes pas farouchement opposé, mais vous estimez qu'il doit rester cantonné aux patients qui en ont vraiment besoin. Vous estimez que votre temps doit être consacré au médical et non à l'administratif mais n'est-il pas possible de recruter du personnel pour faire face à cette surcharge de travail administratif ? Le niveau de rémunération des médecins ne le permet pas ? Il faut alors se réunir en cabinet de groupes ?

Lundi, la loi santé adoptée ?
Le mouvement se durcit à l'approche de la deuxième lecture et du vote définitif probable de la loi ce lundi 16 novembre à l'Assemblée nationale. Une grande manifestation est d'ailleurs prévue ce jour-là devant le Palais-Bourbon. Une délégation de la Loire et de la Haute-Loire y prendra part.
Les généralistes, spécialistes et chirurgiens sont rejoints désormais par d'autres professionnels comme les dentistes, les infirmiers libéraux, ou encore les cliniques privées. En revanche, le secteur public, qui se retrouvera par conséquence engorgé, a marqué son ras-le-bol face à cette énième grève par un communiqué de la Fédération de l'hospitalisation publique.

Maxime Pitavy

> Pour aller plus loin : lire notre interview d'un généraliste ponot non solidaire du mouvement de grève
Loi Santé : "On se plaint mais nous ne sommes pas les plus malheureux" 06/10/2015

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