Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir poussé les jaunards de l’ASM

dim 03/05/2015 - 16:12 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:33

Le Buddy Mulligan’s, bar à thèmes, et véritable petit pub irlandais, situé en centre-ville du Puy-en-Velay, est plein à craquer bien avant 18h, ce samedi 2 mai 2015. En attendant l’heure H, et le coup d’envoi de la finale de la Champions Rugby European Cup, ex H Cup, entre l’ASM et le RCT, la plupart sirote la spécialité de la maison, la Guinness, la bière de Dublin, la célèbre marque noir et or.

Le public féminin est là aussi
Si les hommes sont majoritaires, la gent féminine n’est pas en reste et a tenu aussi, et bruyamment, à apporter son total soutien aux jaunards de l’ASM. Ainsi, deux jeunes filles, venant de Saint-Etienne-Lardeyrol sont de la partie. "Pour l’amour de ce sport, pour ses valeurs et on aime aussi l’ambiance autour", se réjouissent conjointement Elsa, 19 ans et Marina, 14 ans qui avoue être joueuse au COP rugby, catégorie minimes. Complémentaires, elles portent chacune, suspendue autour du cou, une longue couronne de fleurs en papier crépon, jaunes pour l'une, bleues pour l'autre, les couleurs de leur équipe favorite.

«Ici, ici, c’est Montferrand»
Il est 17h à Twickenham (18h en France). L’arbitre gallois Nigel Owens donne le coup d’envoi de la rencontre sous les applaudissements nourris du bar. Après 13 minutes de jeu, l’ASM mène 6 à 0 au tableau d’affichage grâce à deux pénalités réussies par l’ouvreur clermontois Camille Lopez. L’effervescence est grandissante et tout le monde se met déjà à rêver au meilleur. "Ici, ici c’est Montferrand", chantent en choeur et joyeusement des supporters aux couleurs jaune et bleue.
A la 24ème minute de jeu, suite à un ballon contré par Morgan Parra, l’arrière Wesley Fofana, après une formidable chevauchée, aplatit le ballon, en coin, pour le premier essai montferrandais. Le pub croule sous une ovation indescriptible. Un tonnerre d’applaudissements se mêle au hourra, hourra et au chant de l’hymne clermontois "Allez Montferrand" repris allègrement. Tout le public chavire de bonheur ! L’ASM compte alors huit points d’avance sur les Toulonnais (11-3).

La douche écossaise juste avant la mi-temps
Mais les supporters des jaunards ont le souffle coupé à la 41ème minute suite à l’essai marqué par le puissant arrière toulonnais Mathieu Bastareaud. Et à la mi-temps, le RCT passe devant au score, 16 à 11. Dépité, le public ne comprend pas comment "la cabane est tombée sur le chien", tellement les Montferrandais ont "bien maîtrisé les 20 premières minutes", selon les dires mêmes de David, 39 ans de Chaspuzac. "Mais pourquoi donc n’ont-ils pas dégagé le ballon en touche ?", s’agace, irrité, Yannick, 38 ans de Saint-Etienne-Lardeyrol.

L’espoir renaît…
Très en verve, les toulonnais attaquent tambour battant la deuxième mi-temps. Et dès la 42ème minute, ils se créent une occasion en or d’aggraver le score, en loupant de très peu un nouvel essai. La crainte envahit dès lors certains. "On ne va pas la gagner celle-là non plus" et "ça va être encore très dur cette année", se désespèrent, désabusés, Jeff et son compère Yoann.
Cependant, à la 62ème, l’espoir renaît dans le pub. A cette minute-là, l’arrière montferrandais Nick Abendanon inscrit un deuxième essai pour l’ASM. "Un geste de classe", savoure, ébahi, David. Les jaunards ne sont plus alors qu’à un tout petit point des Toulonnais (18-19). Un vacarme étourdissant emplit le pub et le délire est à son comble : ça crie, ça chante à tue-tête, ça saute de joie de tous côtés !
A la 66ème minute, des images retranscrites depuis la Place de Jaude à Clermont sont diffusées sur le grand écran. C’est une nouvelle salve d'acclamations. Debout, le public applaudit ouvertement, comme pour mieux communiquer, comme pour exprimer son total soutien et pour être en parfaite osmose avec le peuple clermontois.

…pour faire place à une terrible désillusion
Mais l’espoir est de courte durée. A la 70ème minute, le centre toulonnais Drew Mitchell se joue de toute la défense montferrandaise, pour marquer le deuxième et dernier essai pour le RCT qui mène alors 24 à 18. Le public est assommé : c’est la consternation. Dans la salle, la désolation fait place à l’espoir entretenu auparavant. Certains pressentent à ce moment l’issue fatale. "Là, ça ne sent pas bon", se lamente, découragé, Jean-Baptiste, 29 ans, du Puy. D’autres, cependant, apprécient : "franchement, il [l’essai] est beau !", s’exclame, épaté, Yoann.
Mais les Montferrandais ne lâchent rien. Durant les dernières minutes, ils envahissent le camp du RCT. Les Toulonnais sont acculés et retranchés dans leurs 22 mètres. Les jaunards poussent, poussent pour tenter de marquer l’essai synonyme de victoire. Et tout le public pousse, pousse aussi derrière eux. A ce moment précis, nombreux sont ceux (et celles aussi) qui auraient voulu transpercer la toile servant d’écran de retransmission pour choper le cuir et le déposer derrière la ligne toulonnaise pour venir en aide à leurs favoris. Mais, rien n’y fera. Les efforts des uns et des autres seront vains. L’arbitre met fin à la partie dans un silence de cathédrale. Hagard, dépité, chacun doit se mettre à la terrible évidence : "ce ne sera pas cette année encore que les jaunards de l’ASM soulèveront la prestigieuse coupe d’Europe".

Le débrief : Toulon mérite sa victoire
L'abattement est palpable et visible sur tous les visages. Cependant, "on a assisté à un beau match, avec du jeu", se console Grégory, 40 ans de Saint-Etienne-Lardeyrol également. "On a développé du beau jeu, mais on n’arrive pas à concrétiser", déplore Yannick.
Sportivement, certains, plus fins techniciens, mettent en avant, la supériorité des Toulonnais. "Le tournant du match, c’est le premier essai de Toulon, puis l’expérience de Toulon et leurs cadres ont fait la différence", analyse, en fin connaisseur, Fifou m, 23 ans du Puy. "Des erreurs fatales qui coûtent cher à Clermont tandis que Toulon était plus dans le coup", regrette aussi de son côté Guillaume, 28 ans de Pontarlier (Doubs) en week-end au Puy chez des amis.
Le rugby n’étant plus désormais l’affaire des hommes uniquement, les dames ont par conséquent voulu débriefer aussi. Ainsi, "Les Toulonnais méritent leur victoire, car il y avait plus d’intensité dans leur jeu, plus de rapidité dans leurs actions et ils ont montré plus d’expérience", relève, en expert, Coco, 26 ans du Puy. "Le plus fort a gagné", chambre, un brin railleuse, Anne-Laure, 22 ans, ponote aussi.

L’histoire du rugby retiendra que les hommes chers au président du RC Toulon, Mourad Boudjellal, sont ainsi entrés dans la légende en remportant, pour la troisième fois d’affilée, la coupe d'Europe. Ce qu’aucune équipe européenne n’a réussi à faire jusque-là. Les jaunards de l’ASM, quant à eux, courent toujours après un premier succès, qui les a déjà fuis, il y a deux ans, le 18 mai 2013 à Dublin, toujours face au RCT, après une défaite d’un petit point, 16 à 15.

G.D.

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