Des restaurateurs confinés nous racontent….(2)

Par Nadine Pleynet , Mise à jour le 05/05/2021 à 12:30

Seconde rencontre de notre série avec un restaurateur Bruno, propriétaire de "7 Instant" au Puy.
 

Quelles réactions ont été les vôtres lors de l’annonce du premier confinement en mars 2020 ?

Bruno nous reçoit dans sa brasserie bien vide, mais l’homme sourit malgré tout. Il évoque : « La chute a été rude. D’un seul coup il a fallu fermer la brasserie, éteindre, laisser mes employés rentrés à la maison, plus de clients, l’enfer, la stupéfaction. J’ai pleuré, l’émotion était trop forte. Se voir priver en quelques heures de son outil de travail, où l’on donne beaucoup d’énergie, je l’ai mal vécu c’est certain. J’ignorais jusqu’à quand cela allait durer, c’est ça qui était angoissant aussi. J’ai ressenti beaucoup d’incompréhension, c’est vrai qu’à cette époque personne ne savait où on allait : c’était quoi ce virus !? ».

Quelles décisions avez-vous prises dans les jours qui ont suivi ?

Un léger flottement se fait sentir, puis Bruno raconte : « Au début de ce confinement brutal et violent, j’étais un peu sonné. J’ai pris un peu de temps pour me poser, me reposer et me ressourcer et réfléchir bien sûr. J’ai cherché et accepté un travail à temps partiel dans un groupe de restauration. Outre l’apport financier bienvenu, j’avais besoin de bouger, de renouer avec le milieu du travail et d’y puiser un soutien psychologique, l’impression d’être toujours dans le train du métier ».

Vous avez eu un temps libre obligé d’un seul coup dont vous aviez perdu l’habitude, comment l’avez-vous occupé de façon plus personnelle ?

Bruno soupire, partagé entre le plaisir bien mérité de souffler un peu et la tristesse de ne plus avoir son activité. Il confie avoir réagi positivement malgré tout. « En attendant une hypothétique réouverture, j’ai donc travaillé en tant que salarié, mais le mi-temps m’ a permis de retrouver les joies familiales disons plus…normales, un train de vie plus lent qui m’a remis en pleine forme. J’ai acquis une maison récemment et je me suis investi dans divers travaux, tout en gardant une activité de rangement et de tri au sein de ma brasserie. J’ai des projets de nouvelle déco plein la tête…Mais attention, j’ai bien hâte de rouvrir les portes. Quand on est habitué à être son propre patron, c’est plus dur d’officier en tant que salarié, même si cette liberté se paie cher. De plus je n’ai pas un tempérament oisif, cela me fait du bien de me projeter dans la réouverture »

Comment s’est passée la saison entre les deux confinements de 2020 ?

Notre restaurateur semble retrouver son énergie habituelle en nous déclarant : « La clientèle a bien été au rendez-vous, au-delà de toute espérance. Cela a mis du baume au cœur à toute l’équipe et l’espoir d’un avenir plus dégagé nous a tous envahi. J’ai repris assurance et confiance et je me suis dit, voilà tout reprend comme avant ».

Nous orientons Bruno sur son avis concernant la fréquentation touristique. « Les touristes ont été très nombreux à venir au Puy, et nous avons bénéficié de leur présence. En plus des fidèles clients, vraiment ce fut un bel été. Quelle bouffée d’oxygène, tant sur le plan financier, que moral. J’ai plusieurs employés, et des frais de toutes sortes qui courent, comme tout le monde, donc bien sûr je suis satisfait de cette saison ».

Novembre 2020, c’est le reconfinement, quels sentiments avez-vous ressentis ?

L’émotion est palpable. On sent que Bruno se remet difficilement de ce traumatisme. « Cela a été un nouveau coup de massue évidemment. Un profond désarroi s’est emparé de moi, entre stupeur et abattement. Les crédits à payer, les loyers, les employés sans travail de nouveau, en un mot comment on fait ? Le sort s’acharnait. » Bruno cherche ses mots pour nous décrire précisément comment il a réagi et l’on sent qu’il est partagé entre tristesse et espoir. « Cependant, je me suis posé, calmé, j’ai réfléchi. Je l’avoue j’ai somatisé, fatigue, découragement. J’ai repris du service à temps partiel, mes employés se sont résignés, la brasserie a donc fermé une fois de plus, vide et froide, un crève-cœur….jusqu’à quand ? ».

Quel regard portez-vous sur les mesures gouvernementales ?

Avec une telle crise, les décisions du gouvernement ont été au centre de toutes les interrogations et Bruno veut bien nous en parler. « Et bien d’accord l’état a fait un geste, mais je regrette que ces aides ne soient pas adaptées au cas par cas. Insuffisantes pour certains, donc les plus grosses structures, un peu disproportionnées pour des plus petits établissements. J’ai bien peur que 2022 soit l’année record de faillites. Et puis jusqu’à quand ces aides vont-elles durer et comment ? Il y aura sans doute des oubliés, des laissés pour compte, des dégâts c’est sûr ».

Bruno Chartier prêt à reprendre son activité Photo par Nadine Pleynet

L’avenir du métier : rose ou pas rose, comment le voyez-vous ?

Bruno réfléchit, on le sent partagé puis il confie ; « Il sera plus dur de recruter j’en suis sûr. Les horaires de ce métier sont prenants et cette inaction forcée a diminué l’engouement pour la restauration. En plus, on sent bien que moins on se déplace pour travailler et plus il est difficile de se remettre à des horaires précis ». Il rajoute : « Il y a eu une véritable prise de conscience quant au respect de la vie privée et de sa qualité qu’il est parfois difficile de gérer. Mais bon c’est bien d’avoir du travail et d’être socialement intégré". 

Pour terminer, optimisme ou pas ?

Bruno sourit, on sent la volonté de ne pas baisser les bras . « L’optimisme c’est la vaccination pour tous avec l’espérance de retrouver une vie sociale presque comme avant. Le virus existe et on doit vivre avec. Dans la façon de vivre, de penser, il y a une certaine évolution suite à cette crise sanitaire, une prise de conscience du monde qui nous entoure. Mais des choses positives vont en sortir, j’en suis persuadé et nous nous adapterons, bien obligé. En tout cas je suis prêt ; tout sera fait pour rassurer les clients en pénétrant dans la brasserie, panneaux de protection, gel à volonté, désinfection des tables, distanciation respectée, bref j’ai tellement hâte de revoir ma clientèle, bavarder, servir, écouter, c’est ça ce métier, le contact humain ».

Si pour l’instant, l’horizon semble encore quelque peu bouché vers une réouverture complète, Bruno est déterminé et plein d’espoir. Son métier, c’est une vrai passion qu’il aime faire partager.

Propos recueillis par Nadine Pleynet

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