Députée depuis quatre mois, Isabelle Valentin livre ses premières impressions (2/2)

mar 17/10/2017 - 13:42 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:48

Élue avec 58,72 % des voix en juin dernier, Isabelle Valentin est devenue la première femme députée de Haute-Loire. Au terme de 120 jours dans son nouveau costume de députée, elle était l'invitée de la rédaction de Zoomdici vendredi dernier pour évoquer de nombreux sujets dans un entretien XXL.
Des économies à faire à l'Assemblée Nationale à la suppression de la réserve parlementaire, en passant par sa proposition d'imposer le cumul des mandats aux députés, le premier volet de notre entretien avec Isabelle Valentin, députée de la Haute-Loire, avait suscité de nombreuses réactions. Voici le second, qui mêle thématique numérique, féminisation de la vie politique et l'ombre de Laurent Wauquiez.

L'un des points noirs de la Haute-Loire, c'est son enclavement. Outre les axes routiers, on pense à la couverture numérique. Jean-Pierre Vigier, l'autre député de Haute-Loire, souhaite obliger les opérateurs à s'installer en zone rurale, quitte à forcer le passage par la voie législative. Est-ce un combat que vous pouvez mener de concert avec lui ? Cette fracture numérique créé-t-elle aujourd'hui des citoyens de deuxième classe ?


Isabelle Valentin, nous allons désormais évoquer l'ombre de Laurent Wauquiez, puisque vos détracteurs vous auront reproché, au moins le temps de la campagne, d'être sa marionnette. Pour l'anecdote, vous avez désormais votre propre adresse mail (pendant la campagne, c'est avec celle de Laurent Wauquiez que vous vous adressiez à la presse alors que c'était bien vous la candidate). Que répondez-vous à ces allégations ? 
L'ombre de Laurent Wauquiez ? C'est vrai qu'il est grand (rires). Je connais ces reproches mais vous savez, je pars du principe que si les gens nous attaquent, c'est qu'on dérange. Donc je suis très contente d'avoir des détracteurs, ça me procure un grand plaisir et plus j'en aurai, plus je serai contente. Je suis élue dans la circonscription de Jacques Barrot puis de Laurent Wauquiez. C'est un héritage dont je suis très fière. J'ai mon caractère, j'ai l'habitude de dire que je suis Sigolénoise et que ce n'est pas pour rien et quand je ne suis pas d'accord, je le dis, il le sait et ça fonctionne comme ça depuis 18 ans.

Vous vous voyez souvent ? Vous échangez sur les sujets d'actualité ou l'activité parlementaire ? 
Non, on ne se voit pas beaucoup même si cette semaine (ndlr : l'entretien a été réalisé le vendredi 13 octobre 2017), je l'ai vu deux fois mais je passe aussi des mois sans le voir. Donc c'est la preuve que je fais ce que je veux, comme je veux et quand je veux (rires).

On a pu dire que c'était un peu "blanc bonnet et bonnet blanc" puisque vous avez été sa suppléante et qu'il est désormais votre suppléant...
Et bien c'est normal, c'est une suite logique, vous ne trouvez pas ? 

Ce n'est pas à moi de juger. Considérez-vous qu'il y a une continuité dans l'action ou qu'il y a une rupture dans la méthode ? 
Ça fait 18 ans qu'on se connait, je l'ai toujours soutenu parce que je pense que c'est quelqu'un d'une grande valeur, qui a beaucoup amené sur le territoire, notamment au Puy. Je ne sais pas si je pourrai faire autant que lui, à mon avis ce sera compliqué. Je suis très contente de pouvoir travailler avec lui mais je suis très indépendante, donc je travaille à ma façon, qui est très différente de la sienne.

Alors concrètement, quelles sont les différences ? 
Concrètement, Laurent faisait beaucoup de terrain, mais moi je fais du terrain différemment. Moi, c'est beaucoup de réunions thématiques, tous les mois, c'est quelque chose qui me tient à coeur. Mon principe, c'est de partir du terrain et de faire remonter après. Lui, il le faisait beaucoup au début mais un peu moins après. Je ne fais pas de la politique politicienne, je ne suis pas une profesionnelle de la politique, j'ai toujours été de la société civile. J'ai pris ma carte aux LR le 28 juin car c'était limité au 30 pour pouvoir voter pour le futur président LR. Je trouve que c'est une chance pour notre département et je me dis que si en 2022, il pouvait se présenter à la présidentielle, la Haute-Loire n'en sortirait que grandie.

Pourquoi ? 
Regardez sur Le Puy : il a commencé par faire des économies pour ensuite investir, idem à la Région pour ensuite essayer de lancer des grands chantiers et faire de l'investissement. Aujourd'hui, le BTP est enchanté car ils ont des commandes à perte de vue. Donc on voit bien que ça marche, les idées qu'il applique, même si elles peuvent choquer certains, elles fonctionnent. Et ce qui a fonctionné au Puy, ce qui a fonctionné en Auvergne Rhône-Alpes, pourquoi ça ne fonctionnerait pas en France ?

Vous partagez ses valeurs et convictions ? 
Absolument, il a des valeurs qui sont fortes et il n'en a jamais dérogé. C'est quelqu'un en qui on peut avoir confiance et qui est droit. 

Quand j'évoquais le "blanc bonnet et bonnet blanc", je faisais référence au fait que vous étiez suppléante et maintenant titulaire, et vice-versa pour lui. Quelles sont les différences entre les deux fonctions ? 
Alors là, il y en a une grande et j'espère qu'il va m'entendre : moi quand j'étais sa suppléante, je le suppléais vraiment et là où il n'était pas, j'étais. Il me supplée beaucoup moins et en mon absence, j'envoie mon attaché parlementaire. J'espère qu'il m'entend et c'est le message que je veux lui faire passer : j'aimerais qu'il me supplée un peu plus.

Il prend son rôle de suppléant un peu à la légère alors ? 
Non non, pas à la légère non plus.

S'il obtient des résultats exceptionnels en Haute-Loire, il a malgré tout une personnalité clivante ; avez-vous des points de désaccords idéologiques avec lui ?
Sur quels points sa personnalité est clivante ?

On peut citer ses positions sur l'Europe, ses déclarations sur l'assistanat et le "cancer de la société", etc. Je ne vais pas énumérer tous les sujets...
Ça c'est du langage, mais sur le fond je suis d'accord avec ce qu'il dit. La façon dont il le dit me choque parce que je suis quelqu'un de beaucoup plus modéré et je suis une femme, j'ai donc un langage différent. Je fais de la politique avec mon coeur et lui plus avec les tripes. C'est plus direct, le vocabulaire n'est pas le même car c'est un homme. Il a certainement ce côté un peu provocateur mais je trouve que l'image de Laurent Wauquiez au national est complètement différente ce celle qu'on a sur le territoire. On l'attaque parce qu'il fait peur, parce qu'il dérange.

J'entends votre réponse sur la forme, mais la question portait sur le fond : avez-vous des désaccords idéologiques ? 
Non, je ne crois pas. Sa vue sur l'Europe par exemple a toujours été la même, il n'a pas changé. Je crois qu'il est visionnaire et qu'on se rend compte aujourd'hui que l'Europe à 28 ne fonctionne pas. Il veut la repenser différemment et je crois moi aussi qu'il faut une Europe resserrée et une fois que ça marchera, on ouvrira. Mais ça ne peut pas marcher comme ça. Par exemple pour le maraîchage, le coût d'un salarié agricole est de 6 € en Allemagne et de 4,90 € en Espagne alors que moi, dans mon exploitation, j'ai un coût salarial à 12 €. Comment puis-je être compétitive ?

Même si on ressert l'Europe, l'Allemagne et l'Espagne en feront sûrement encore partie.
Oui mais justement, il va falloir travailler sur l'harmonisation européenne et j'ai le choix : soit je continue d'embaucher sous la loi française, à 12 €, ce que je fais par conviction, soit je passe par des prestataires de service ou des travailleurs détachés et je paye deux fois moins. 

Donc pas de rupture idéologique ? 
Certainement pas et la preuve en est : je n'ai jamais été encartée car j'ai toujours revendiqué que je suis de la société civile. Mais j'ai pris ma carte pour voter pour lui à la présidence LR car j'adhère à ses idées et je pense qu'il est celui qui peut le plus rassembler.

Dernière chose Isabelle Valentin : vous êtes la première femme de Haute-Loire à siéger à l'assemblée nationale. C'est un record cette année, avec 224 femmes dans l'hémicycle, même si elles ne représentent que 38,82 %. Est-ce pour vous une responsabilité supplémentaire par rapport à la cause féministe ? Vous jugez que l'on manque encore de femmes dans les assemblées décisionnaires ? Vous invitez donc toutes les suppléantes à s'investir pour devenir titulaires à l'Assemblée ?


Maxime Pitavy

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