Députée depuis quatre mois, Isabelle Valentin livre ses premières impressions (1/2)

ven 13/10/2017 - 19:35 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:48

Au terme de 120 jours dans son nouveau costume de députée, Isabelle Valentin nous livre ses impressions sur le fonctionnement de l'Assemblée, le non cumul des mandats et la réserve parlementaire dans ce premier volet.

"J'aimerais que Laurent Wauquiez me supplée un peu plus"
Élue avec 58,72 % des voix en juin dernier, Isabelle Valentin est devenue la première femme députée de Haute-Loire. La rédaction de Zoomdici l'a reçue ce vendredi pour évoquer de nombreux sujets dans un entretien XXL. Voici ci-dessous le premier volet de notre entretien.
----Le second volet de ce long entretien sera diffusé cette semaine : il sera aussi question de couverture numérique et de féminisation de la vie politique.
-----Le second volet, portera sur l'ombre de Laurent Wauquiez : certains ont pu reprocher à Isabelle Valentin d'être sa marionnette, notamment durant la campagne. Elle répond à ses détracteurs et glisse dans un sourire : "moi quand j'étais sa suppléante, je le suppléais vraiment et là où il n'était pas, j'étais. Il me supplée beaucoup moins et en mon absence, j'envoie mon attaché parlementaire. J'espère qu'il m'entend et c'est le message que je veux lui faire passer : j'aimerais qu'il me supplée un peu plus".

Première chose Isabelle Valentin : notre invitation coïncidait avec le bilan de vos 100 premier jours mais on a du reporter le rendez-vous à plusieurs reprises... Vous avez donc un mandat de député mais un agenda de ministre ? 
Oui, c'est vrai que c'est beaucoup de travail, on est plus en ce moment sur le PLF (ndlr : projet de loi de finance) de la Sécurité Sociale et ce sont de très gros dossiers, qui sont très lourds, tout simplement car on a beaucoup d'auditions. Alors effectivement, on n'est pas obligés d'y aller mais je pense que notamment pour moi, qui suis nouvelle élue, c'est très important et très enrichissant. Et ça permet de se faire une idée et d'entendre un peu tous les corps de métier et d'avoir ensuite une vision globale sur le projet de loi.

Vous pensiez que ce serait aussi prenant, aussi chronophage ? 
Je savais que c'était beaucoup de travail, mais c'est encore plus que ce que je pensais. Alors je suis nouvelle et il faut déjà que je m'organise car je pense que j'ai effectivement un gros soucis d'organisation, il faut que j'arrive à mieux cadrer les choses, mais en ce moment, je travaille 15 à 16 heures par jour et je ne m'accorde que le dimanche après-midi en repos. 

Vous arrivez malgré tout à cumuler votre mandat de conseillère régionale ? 
Ça se travaille en même temps. Je passe trois jours à Paris, pour le moment car j'espère que j'arriverai à terme à n'en passer que deux, et le reste du temps je suis sur le terrain donc là, le travail de député ou de conseillère régionale se fait en même temps. Effectivement après, si j'ai une session au Conseil régional, ça me fait une charge de travail supplémentaire mais ce n'est pas ça qui fait ma charge de travail. 

Et l'activité de maraichage dans tout ça ? 
Alors là je dois bien reconnaître que ça devient beaucoup plus compliqué (rires). J'étais très contente au mois d'août de pouvoir reprendre mes marchés parce que c'est vrai que ça m'a fait une pause. J'ai toujours dit durant la campagne que je garderai mon travail si j'étais élue, c'est pour moi quelque chose d'essentielle, je crois que j'ai été élue aussi grâce à ça, pour ça et à cause de ça et j'y suis très attachée. Je dis souvent que j'aime mon métier, que je suis très fière des produits que je vends et que j'aime beaucoup mes clients, qui sont avant tout des amis.
Le seul jour où effectivement je pourrai faire le marché c'est le samedi et depuis septembre, je n'en ai pas fait et je ne vais pas pouvoir de sitôt car il faut avant tout que je me mette en place sur mes permanences car en tant que députée, je suis payée avec de l'argent public, et j'ai donc des missions prioritaires. 
Sur l'exploitation, on s'organise, on a pris des saisonniers cet été, en plus de l'un de mes fils.

Donc ce n'est pas un abandon, mais un recul tout de même ?
Non, je n'abandonne pas. Je fais toujours les factures, je m'occupe encore du volet gestion mais les marchés, pour l'instant, c'est un peu compliqué, mais j'en ferai. 

Et pourquoi pas embaucher quelqu'un pour vous remplacer ? 
C'est très compliqué sur les marchés car si c'est mon mari, un de mes enfants ou moi, il n'y a aucun soucis, car ils connaissent bien le métier et les clients. mes enfants ont attaqué de nous aider sur les marchés à l'âge de huit ans. Mais si on embauche un tiers sur le marché, on a 30 % de chiffre d'affaires en moins. La vente, c'est un métier, et on connait nos clients, on sait ce qu'ils veulent, on propose.

Finalement, c'est une fonction qui constitue un formidable tremplin politique puisqu'elle permet de connaître une bonne partie du réservoir électoral...
Oui, effectivement, je fais les marchés depuis 30 ans donc je connais beaucoup beaucoup de monde, mais je n'ai jamais fait ça en pensant que ça pourrait être un tremplin politique (rires).

Pourquoi ? C'est une vocation venue tardivement ? 
Oui, tout à fait, et par hasard. C'est Jacques Barrot qui m'avait demandé, en 2001, d'intégrer l'équipe municipale parce qu'à l'époque, j'étais vice-présidente de la caisse locale du Crédit Agricole et j'étais administratrice à la MSA (ndlr : la sécurité sociale des agriculteurs) au niveau régional. Il trouvait que c'était bien et il m'avait motivé pour le suivre dans l'aventure municipale.

Et c'est à ce moment que vous avez connu Laurent Wauquiez...
Exactement. Il était à l'époque étudiant et il venait de s'installer avec sa femme, Charlotte, qui commençait juste à travailler.

De suppléante de Laurent Wauquiez justement, vous êtes devenue titulaire. Quel regard portez-vous sur les 120 premiers jours de ce mandat législatif ?
J'arrive du privé donc c'est un regard un peu différent mais je trouve qu'il y a un gros manque d'organisation à l'Assemblée Nationale et que l'on a beaucoup de fonctionnaires, à l'Assemblée, au Sénat ou dans les ministères... Je pense qu'il faudrait un peu moins de fonctionnaires dans les hauts corps de l'Etat et beaucoup plus dans nos hôpitaux et sur le terrain. On a besoin des policiers, des infirmières, des aides-soignantes, des enseignants, des professeurs. Je ne vais pas me fair des amis mais ce n'est pas grave : je suis toujours frappée par le nombre d'huissiers présents lors d'une séance à l'Assemblée Nationale. 

Il y a d'autres économies à faire ? 
Oui bien sûr. par exemple, on fait des débats de nuit. Moi j'en fais au moins trois par semaine, de 21h30 à 2h du matin sans problème. Mais savez-vous qu'une séance de nuit coûte à l'Assemblée 55 000 € ? Je pense que l'on peut s'arranger différemment, en commençant un peu plus tôt le matin et finir plus tôt, pour que ça coûte un peu moins cher. Il y a des choses qui sont en train d'être discutées, on est en train de regarder le fonctionnement de l'assemblée et de nouvelles choses pourraient se mettre en place avec un regard nouveau.

Il faut donc réduire les dépenses de fonctionnement, comme ça a été le cas à la Région ?
Oui, il faut s'en insprirer car à la Région, ça a porté ses fruits : ce que l'on ne dépense pas en fonctionnement, on peut le mettre dans l'investissement, au profit des territoires. Je pense qu'il faut vraiment réduire les frais de fonctionnement de l'Etat et ramener sur les territoires un peu plus de fonctionnaires car il y a un réel besoin.

Dans l'équilibre budgétaire, si on enlève des fonctionnaires d'un côté pour en ajouter de l'autre, fera-t-on des économies ? 
Le coût d'un fonctionnaire à l'Assemblée Nationale n'est pas du tout le coût d'une aide soignate, c'est à peu près le triple donc ce n'est pas une solution miracle certes, mais c'est au moins le geste, pour montrer que l'on fait des efforts et que l'on essaie de diminuer nos dépenses. On ne peut pas supprimer de postes d'infirmières ou de policiers, mais je pense que plus haut, oui, on peut en supprimer.

Un mot sur la réseve parlementaire : vous étiez favorable à son maintien, pourtant, certains estiment que ça favorise un certain clientélisme...
Absolument pas, c'était un système qui état très encadré. On avait de toutes petites associations qui venaient avec un projet précis mais ce n'était pas le député qui versait de l'argent mais bien l'Assemblée. On ne faisait pas ce qu'on voulait, c'était bien contrôlé. Beaucoup d'associations et des communes de droite comme de gauche, ont pu en bénéfcier sur ma circonscription, comme par exemple le Mazet ou Aurec.

Mais les associations subventionnées correspondaient souvent à des réservoirs électoraux non ?
Non, ce sont des esprits mal tournés, il y a aussi des aides pour Emmaüs, pour coup de pouce à l'Emploi ou pour un petit club de foot comme Araules-Rocharinges. S'il n'a pas une aide, qui paye le jeu de maillots ? Les petits clubs de sport sont morts et à la Région, on essaie de les aider car ils n'ont pas d'aide de la Fédération... Donc non, la suppression de cette réserve parlementaire, c'est vraiment dommage. 

Alors justement, la proposition d'un nouveau fonds de solidarité pour la ruralité, votre homologue Jean-Pierre Vigier est membre du groupe de travail parlementaire, vous semble-t-elle un bon compromis ?
C'est un moindre mal. On a le sentiment que le gouvernement est très axé sur les grandes métropoles, au détriment de la ruralité et de la province. On a l'impression qu'ils connaissent peu leur circonscription et qu'en restant ntoujours à Paris, ils ne connaissent pas les problématiques de la ruralité.

Dernière question sur le non cumul des mandats : êtes-vous favorable à cette loi ? 
Non, on va encore avoir des députés complétement déconnectés. Moi je propose la loi inverse : imposer un député à être maire d'une petite commune, disons de moins de 10 000 habitants, pour le confronter aux réalités du terrain. 

Vous irez donc au bout de votre mandat de député ? 
Bien sûr, quelle question !

Même si on vous propose un poste de vice-présidente à la Région ? 
Pour que Laurent Wauquiez récupère le poste de député si je comprends bien ? Il n'en est pas question.

Propos recueillis par Maxime Pitavy

>> Le second volet de ce long entretien sera diffusé cette semaine : il sera question de l'ombre de Laurent Wauquiez et de son rôle de suppléant, mais aussi de couverture numérique et de féminisation de la vie politique.

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