Crise sanitaire : les salles obscures plongées dans la pénombre

sam 18/04/2020 - 01:38 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:04

"Le cinéma a été créé en 1895, nous apprend Guy Reynaud, au commande de l'unique cinéma privé du département altiligérien, le Ciné Dyke. Depuis cette date, même pendant les deux Guerres mondiales, il y a toujours eu des séances, ne serait-ce que pour regarder les actualités et les informations. Historiquement, c'est la première fois que tous les établissements ferment totalement." Ainsi, les 2 040 cinémas en France ont dû éteindre leurs 5 982 écrans pour un temps encore indéfini. "Les cinémas comme les bars ou les restaurants ne sont pas concernés par la date du 11 mai annoncée par le président de la République. Nous n'avons aucune échéance actée pour une prochaine ouverture. Nous sommes tous dans l'expectative." Et comme environ quatre millions de salariés dans le pays, les huit employés de Guy Reynaud sont actuellement couverts par le chômage partiel.

----En Haute-Loire :
Il y a onze cinémas recensés par le CNC (Centre national du Cinéma et de l'image animée) composés de 3 273 fauteuils et vingt écrans. En 2018, 16 053 séances ont été programmées dans le département et 578 films exploités. 53.5% sont des productions françaises et 34.6% américaines. 440 000 entrées ont été enregistrées toujours en 2018. Le taux d'occupation des fauteuils est de 16% soit trois points de plus que la moyenne nationale. La Haute-Loire est l’un des départements où le ticket de cinéma est parmi les moins chers de France avec une place à 5,57 euros en moyenne.-----Six écrans inertes pour 1 047 places vides
En temps normal, le Ciné Dyke accueille entre 8 000 et 35 000 visiteurs par mois selon les films et les saisons du calendrier. Depuis le 15 mars, les 1 047 places réparties dans les six salles restent vides et les écrans noirs. "Pour l'instant, nous ne sommes pas trop inquiétés car nous avons les reins solides, confie Guy Reynaud. Mais ceux qui viennent d'ouvrir, ceux qui ne sont pas propriétaires des murs et qui paient un loyer trop lourd peuvent en effet mettre la clé sous la porte." À noter qu'en dehors du cinéma ponot, tous les autres du département sont municipaux ou associatifs. Malgré la poussière qui danse entre les sièges rouges, les fantômes se font tout de même déranger une fois par semaine par le bruit des cabines de projection. "Nous sommes obligés de faire tourner les appareils régulièrement pour qu'ils puissent redémarrer correctement le jour où le confinement sera terminé, indique-t-il. Les piles ne doivent surtout pas se décharger car elles feraient perdre des informations importantes comme la date et l'heure. Et nous ventilons aussi les six salles régulièrement".

Les salles fermées et les films à l'arrêt
D'après Guy Reynaud, la diffusion des "gros" films qui auraient dû sortir pendant cette période de confinement ne sera pas annulée mais seulement reportée. À l'instar de la super production Disney, Mulan, tant attendue par petits et grands. "Il devait sortir le 25 mars, précise le patron du Ciné Dyke. Nous n'avons pas de date précise mais il sera projeté normalement au mois de juillet. La grosse interrogation que nous nous posons est quels seront les films possibles à diffuser ?" Car, si la pandémie a suspendu les séances, elle a également retardé tous les maillons de la chaîne cinématographique. "Le travail d'application des voix française, effectué en postproduction sur les films américains par exemple, est à l'arrêt. Tout comme les œuvres en attente de montage. Beaucoup de films ne seront pas prêts dans les mois qui suivent. Et on espère vraiment redémarrer avec des productions d'ampleur comme celle de Mulan".

----Bonne nouvelle pour les abonnés au Ciné Dyke
Guy Reynaud assure que la date limite de tous les abonnements sera repoussée autant que la durée de fermeture du cinéma due aux restrictions sanitaires imposées par le gouvernement.-----Le cinéma à domicile
À époque inédite, procédé inédit. Les gens ont tout de même accès à certains longs métrages qui étaient programmés après le 15 mars. "Des productions ont été mises directement en VOD (Vidéo à la demande en ligne, Ndlr) sans passer par la diffusion en salle, explique Guy Reynaud. Les gens paient ainsi la possibilité de visionner ces films de chez eux. Le prix est un peu plus élevé qu'une place de cinéma car plusieurs personnes peuvent s'installer devant le même écran. Beaucoup de films sortent en France et un nombre indéfini ne paraîtra pas dans les salles de cinéma. La VOD s'est révélée être une solution".

"Il y aurait un maximum de sécurité pour nos clients"
Si la date de mi-juillet a été évoquée pour le retour des festivals de musique et autres, Guy Reynaud espère rapidement remplacer la poussière et les silences d'aujourd'hui contre les larmes et les rires de demain. "On peut s'adapter pour éviter que les gens se croisent à l'entrée et la sortie, faire moins de séances et condamner des places dans les salles, assure-t-il. Il y aurait un maximum de sécurité pour nos clients. D'autant plus que nous sommes rarement plein avec l'arrivée des beaux jours. Et je pense vraiment que c'est moins risqué d'être cinquante dans une salle de ciné de 200 places que cinquante dans un bar, les uns contre les autres".

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