Coupure des réseaux : une plainte déposée contre la CGT

mar 24/05/2016 - 19:08 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:41

Pour bien comprendre la situation, Zoomdici vous propose un bref récapitulatif de la situation. Le mardi 3 mai 2016, une panne réseau avait duré plus de 9h (voir notre article) et impacté certainement plusieurs milliers d'usagers sur le bassin du Puy-en-Velay. Non seulement le réseau mobile avait été mis hors service mais aussi le fixe et l'internet. Une fibre optique avait été coupée. 
A 14h38, le réseau était revenu et rapidement la direction régionale de la communication de SFR confirmait qu'il s'agissait d'un acte de vandalisme (deux câbles avaient été sectionnés), ce qui explique la longue panne. 

----Un recours collectif, une action collective ou une action de groupe ("class action" en anglais) est une action en justice ou une procédure qui permet à un grand nombre de personnes, souvent des consommateurs, de poursuivre une personne, souvent une entreprise ou une institution publique, afin d'obtenir une indemnisation financière.-----Des plaintes et des réactions
On ignore à ce jour quels sont les montants des travaux de réparation et si des poursuites judiciaires auront lieu, hormis celles de RTE et Arteria. Le Parquet du Puy ne l'exclut pas en tout cas. 
Reste à savoir si c'est la personne morale (le syndicat CGT) ou la personne physique (l'individu qui a coupé la fibre) qui pourra être poursuivi... "ça peut très bien être les deux" nous avait-t-on répondu au Parquet trois jours sulement après les faits. Notons également que les particuliers voulant entamer une action en justice pourront probablement le faire à la manière du "class action" (voir encadré).
On sait que depuis, deux plaintes contre X ont été déposées auprès du Procureur de la République et Zoomdici est également allé prendre la température du côté du syndicat CGT, qui a revendiqué les coupures de réseau. Notons enfin que le Parquet du Puy a de nouveau été sollicité ce mardi après-midi mais que seul le Procureur de la république est habilité à communiquer sur ce dossier. Il ne pourra pas nous répondre avant... jeudi.

Entretien avec Jean-Pierre Bouiller, Président de la CGPME de Haute-Loire
Répondant favorablement à notre appel, Jean-Pierre Bouiller, Président de la CGPME (confédération générale du patroant des petites et moyennes entreprises) de Haute-Loire est venu expliquer la position de son syndicat dans les bureaux de notre rédaction cer mardi après-midi. Entretien.

Zoomdici : Selon nos informations, il semblerait que suite à cette fameuse coupure réseau, la CGPME a décidé de porter plainte contre le syndicat CGT. C'est une information que vous pouvez nous confirmer ? 
Jean-Pierre Bouiller : Absolument, nous avons décidé de porter plainte avec quelques entreprises qui ont été directement sanctionnées par ces méfaits. Jusqu'à preuve du contraire, la France comme la Haute-Loire, ce n'est pas le Far West, c'est absolument inadmissible d'entraver ainsi la liberté du travail.

Zoomdici : Vous avez des exemples d'entreprises lésées ? 
Jean-Pierre Bouiller : Oui, j'ai par exemple des marchands de fioul qui n'ont pas reçu de commande de la journée (ndlr : ce mardi 24 mai), et le jour de la coupure, j'ai d'autres adhérents, ambulanciers, qui ne pouvaient pas téléphoner et qui ont du se déplacer en dehors de la zone pour pouvoir donner et recevoir des coups de fil... Pour moi, c'est complètement inacceptable et je ne sais pas comment le Procureur de la République va traiter cette procédure, mais il n'est pas envisageable de rester les bras croisés. Nous, la CGPME, on considère que ça fait partie de notre responsabilité d'agir et d'être devant pour faire en sorte que le droit soit un peu mieux appliqué. 

Zoomdici : Le syndicat CGT a dit que c'était un peu le dernier moyen de se faire entendre. Qu'est-ce que vous répondez à cet argument ? 
Jean-Pierre Bouiller : j'ai bien compris le problème de la CGT, qui est en très grande difficulté. Pourquoi ? Parce qu'actuellement, c'est une organisation si je puis dire stalinienne : tout vient de Paris et tout s'impose au reste de la France. Quand on parle de dialogue social, pour eux c'est un dialogue de sourd et ce n'est pas leur problème de dialoguer au niveau de l'entreprise. Nous, CGPME, nous voulons dialoguer au niveau de l'entreprise car les problèmes qui se posent se posent au niveau de l'entreprise. Si nos interlocuteurs sont locaux, ça signifie que ce sont des dialogues qui vont échapper à la centrale syndicale. On va donc parcelliser ce qui était stalinien. La CGT est actuellement en position de survie de ce point de vue car le véritable dialogue social, ce n'est pas celui qu'elle voudrait imposer, ou que Paris voudrait imposer, le véritable dialogue social, c'est dans l'entreprise Dupont de Blavozy ou l'entreprise Martin de Chadrac car les problèmes sont à ce niveau. Après, que la CGT, dans le cadre des grandes conférences avec les autres syndicats, se réunisse pour traiter les grands problèmes et donne des grandes orientations, d'accord, mais pas plus.

Zoomdici : Il y a une certaine confusion dans vos propos je crois car pour cette coupure de réseau, il s'agit bien d'une initiative locale...
Jean-Pierre Bouiller : oui effectivement mais dans le syndicat CGT énergie 43, il y a des règlements de compte internes et j'ai parlé d'organisation stalinienne, mais avec des parcellisations de pouvoir. Mais d'une façon ou d'une autre, on voit bien que ça échappe un peu à la direction, comme lorsqu'à Air France, on a arraché la chemise du commandant de bord... Ce syndicat est dans un tel état de survie qu'il a besoin de se faire ainsi remarquer pour encore exister.

Zoomdici : Pour vous, porter plainte, c'est un moyen de mettre un terme aux souffrances du syndicat alors ? 
Jean-Pierre Bouiller : non, je ne prétends pas que la CGPME Haute-Loire va abattre la CGT nationale mais en revanche, il n'est pas question que je me laisse marcher sur le ventre en disant merci et en gardant les mains ballantes. J'ai des adhérents, qui me font confiance pour défendre leurs intérêts, et je persiste et signe : la Haute-Loire, ce n'est pas le Far West.

Zoomdici : La plainte que vous avez déposée est donc bel et bien à l'encontre du syndicat, la personne morale, et non les malfaiteurs, la personne physique ? 
Jean-Pierre Bouiller : La plainte est déposée, non pas contre X, mais bien contre le syndicat CGT énergie 43 car il a reconnu et même revendiqué être à l'origine de cette coupure.

Zoomdici : Pour l'instant, on a une poignée d'entreprises seulement qui a porté plainte avec la CGPME mais vous lancez aussi un appel pour toutes les autres entreprises qui estiment avoir été lésées par cette coupure de réseau ? 
Jean-Pierre Bouiller : il nous fallait dans un premier temps, en plus de la personne morale de la CGPME, d'autres entreprises qui se joignaient à notre plainte et maintenant on espère que d'autres vont s'agréger et les entreprises qui le souhaitent, même sans être adhérente de la CGPME, sont évidemment les bienvenues. Je crois que c'est une question de trouble à l'ordre public, donc tous les entrepreneurs qui considèrent qu'il s'agit d'une violation et qui sont contre ce type de méfait n'ont qu'à nous contacter.

Zoomdici : Dernière chose : on sait quer le temps judiciaire est beaucoup plus long que le temps médiatique et qu'on est encore loin du terme de la procédure mais une demande de dommages et intérêts va-t-elle être formulée ? 
Jean-Pierre Bouiller : C'est envisagé mais nous verrons ultérieurement avec notre avocat, et notamment comment adjoindre à la plainte initiale des membres supplémentaires. L'objectif final, c'est de dire ça suffit !

Propos recueillis par Maxime Pitavy

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