Contrôle technique : cette nouvelle réforme qui affole

jeu 03/05/2018 - 15:36 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:52

----Les pépites des clients
"Le contrôle technique va coûter 300€, je l'ai vu à la TV."
"Les voitures immobilisées seront-elles entreposées chez les centres autos ?"
"Si ma voiture ne passe pas à l'examen, va-t-on me la prendre ?"
-----D’habitude, sauf pour les plus organisés, le contrôle technique de la voiture fait l’objet d’un oubli, conscient ou inconscient, la question n’est pas de juger. Mais depuis un mois, les automobilistes semblent vouloir faire des efforts quant à leur mémoire, mieux encore ils anticipent sur cet examen qu’ils redoutaient tant auparavant. Une anticipation telle que les centres automobiles ont du mal à tenir le rythme.

Au mois d'avril 2018, le centre Autosur, situé le long de l'avenue des Belges au Puy-en-Velay, a enregistré 490 contrôles - alors que les chiffres mensuels habituels ne dépassent pas les 350 - et dont un tiers représentent des rendez-vous anticipés jusqu'à un an dans certains cas. Quelques personnes appellent même de Saint-Etienne pour obtenir le rendez-vous qu'elles n'ont pas pu avoir dans leur secteur. 

Réduire le nombre de tués sur les routes
En cause, vous l’aurez compris, la réforme du contrôle technique. Une nouvelle réglementation qui sera appliquée dès le 20 mai 2018. L’intention de l’Union européenne est pourtant honorable : réduire, à l’horizon 2020, de moitié le nombre de tués sur les routes par rapport à 2010. Mais les automobilistes ne l’entendent pas de cette oreille.

Le coût de l’examen va-t-il augmenter ?
Le renforcement de l’examen avec le nombre de points contrôlés passant de 123 à 133 et le nombre de défaillances de 453 à plus de 600, n'aurait pour conséquence qu'un peu plus de sous perdus pour les automobilistes. "Les médias ont fait peur aux gens. Un client m’a même dit que le coût des visites atteindrait les 100 €. C’est peut-être vrai à Paris mais pas chez nous", explique René Usson, gérant du centre Auto Sécurité La Pierre Plantée à Saint-Paulien. Et de poursuivre : "Le prix va monter car le temps de travail va augmenter en raison d’un plus grand nombre de contre-visites, mais ce ne sera pas du simple au double. Pour ma part, mon tarif est actuellement de 70 €, il passera à 75 € et je continuerai à faire des remises à mes clients fidèles."

Du côté d'Autosur au Puy-en-Velay, le gérant Serge Martin se laisse un temps d'adaptation, jusqu'au mois de juin, pour réévaluer ses tarifs qui prendront en compte le temps passé sur les voitures ainsi que l'investissement sur le matériel qui évolue en même temps que le métier. "Il faut que les gens comprennent que le prix d'un contrôle technique englobe plusieurs choses dont également la main-d'oeuvre qui, à cause de cette nouvelle réglementation va être de plus en plus difficile à trouver car on demande une plus grande qualification et plus d'expérience pour toucher un SMIC !"

----Les défaillances critiques
Une « défaillance critique », comme un tuyau de frein défectueux ou des pneus lisses, impose que les réparations soient faites le jour même du contrôle technique, sans quoi, le véhicule devra être immobilisé. L'automobiliste aura alors deux mois moins un jour - allez comprendre pourquoi ! - pour faire réparer sa voiture.  
Une fois ce délai dépassé, le véhicule devra repasser le contrôle technique complet ou l'automobiliste s'exposera à une amende de 135€ pour contrôle technique non-valide. 
-----900 voitures contrôlées en un mois à Saint-Paulien
Dans la voix du Ruessien René Usson, on ressent de la fatigue. Cette dernière n’est pas liée au débat mais plus aux heures de travail qu’il est obligé de faire pour satisfaire sa clientèle. René Usson tient ses comptes. En avril 2017, 300 véhicules sont passés entre ses mains et celles de son salarié. En avril 2018, le chiffre a triplé. « Jeudi dernier, j’ai commencé à 5h du matin et terminé le vendredi à 5h du matin, je ne me suis arrêté qu’un peu plus d’une heure pour dormir », confie-t-il. Un rythme infernal qu’il ne s’impose qu’à lui et pas à son salarié.

Plus de contre-visites
Et des heures, René Usson risque d’en faire encore, même après le 20 mai, car le durcissement de l’examen devrait multiplier le nombre de contre-visites. Le contrôleur technique, qui a suivi une formation de 40 heures pour être préparé à la nouvelle réglementation, ne donne pas tort aux automobilistes quant à leurs inquiétudes concernant une hausse des réparations à effectuer, « puisque nous serons plus dans le détail ». « Mais s’il s’agit de "défaillances majeures" nécessitant une contre-visite, les clients auront deux mois pour faire les réparations », précise le gérant du centre Auto Sécurité La Pierre Plantée à Saint-Paulien.

Concernant les "défaillances critiques" : « on sait très bien que les réparations ne pourront pas être faites dans la journée. La voiture sera immobilisée mais les gens auront en réalité deux mois moins un jour pour faire les réparations. Et honnêtement, en cas de pneus lisses ou de plaquettes de freins usées, il ne faut surtout pas attendre deux mois pour faire quelque chose », conseille le Ponot Serge Martin. Notez que le carnet de rendez-vous du centre Autosur du Puy affiche complet jusqu'au 26 mai 2018. 

Stéphanie Marin

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