C'est à l'écart d'une partie de chasse que l'agression sexuelle se serait produite

Par A.Wa ven 12/02/2021 - 06:00 , Mise à jour le 12/02/2021 à 06:00

Un père confie sa fille de 8 ans à un ami pendant une partie de chasse dans le secteur de Montfaucon-en-Velay. Le soir, la petite fille dénonce des attouchements.

Il part à la chasse avec sa fille âgée de 8 ans. Il retrouve ses amis chasseurs. Sa fille étant fatiguée, il la confie pendant deux heures à un ami chasseur qui reste en poste statique. Arrivé à la maison, il a attrapé sa fille par le survêtement. Elle lui a alors dit : « ton ami chasseur a fait pareil. Et il a mis la main sous ma culotte et m’a caressé la zézette. J’ai voulu partir mais il m’a bloquée. » 
L’audience au tribunal judiciaire du Puy-en-Velay est présidée ce mardi 9 février 2021 par  Marianne Berthéas. La juge appelle le prévenu à la barre. Il déclare « j’entends difficilement… je suis chasseur. Je n’ai pas d’avocat car je n’en ai pas les moyens financiers. Je n’ai pas fait de demande d’avocat et puis je n’ai pas internet. Je ne demande pas le renvoi du dossier. »
La juge : « vous êtes accusé d’agression sexuelle sur mineure de 8 ans. »  L’accusé répond : « je veux bien répondre aux questions du tribunal. Si je peux… car j’ai des problèmes de santé. Alors, rester debout... »

Selon l’expert, la fillette n’a pas tendance à la mythomanie

La juge rappelle les faits. « Après en avoir rapporté à son ex-épouse, le papa s’est présenté à la gendarmerie de Montfaucon-en-Velay pour signaler les faits d’agression sur sa fille de 8 ans. D’un commun accord, ils sont allés voir les gendarmes. Auparavant, le père avait demandé des explications à celui qui était encore son ami chasseur. Celui-ci avait répondu qu’il ne s’était rien passé et qu’il ne voyait pas de quoi cette fillette parle. L’enfant a dit à l’enquêteur que le chasseur l’avait prise sur ses genoux et qu’il lui avait fait des choses qu’elle ne voulait pas. Il a mis sa main dans la culotte et elle dit avoir compté jusqu’à 20 pour relever le temps. C’était la 1ère fois qu’on lui faisait ça. L’examen médical a conclu à des actes d’attouchements mais pas de pénétration. »
Le prévenu répond : « Je ne sais plus où j’ai mis mes mains. Le collant a peut-être glissé. »
La juge poursuit : « La mineure a été soumise à expertise psychiatrique par le Dr Depardieu. Il a conclu qu’elle a des connaissances limitées en matière sexuelle et qu’elle n’a pas tendance à la mythomanie. »
Le chasseur a travaillé plus de 20 ans comme ouvrier dans les écoles
Le prévenu réplique : « Je comprends bien que je suis au tribunal pour des accusations d’agression sexuelle. J’ai involontairement rattrapé cette fille qui tombait. Quand je la tenais dans mes bras, elle plumait un pigeon. Son papa n’a pas tout dit mais il en dit plus que ce qu’il s’est passé. Je le connais bien trop. Mettez-moi en prison, ma vie est derrière moi. Ne dites pas ce que je n’ai pas fait. Je ne veux pas passer pour un assassin. J’ai travaillé plus de 20 ans comme ouvrier dans les écoles. »

Déjà accusé de faits similaires sans condamnation

La juge rappelle d’ailleurs qu’il a été mis en cause pour harcèlement sexuel sur mineurs en 2009, attentat à la pudeur et viol sans jamais être condamné. Le prévenu s’embrouille dans ses explications mais nie être allé plus loin. « On m’accuse ! Je n’ai rien fait de plus. Je ne suis pas allé plus loin ! »
La juge note que le prévenu avait des propos « dragueurs » envers la maman de la fillette et qu’il lui envoyait des messages avec des petits cœurs. Le prévenu entre alors dans un grand silence gêné… puis il dit : « à la chasse je suis moins valide… j’ai fait mes déclarations. Je ne veux pas revenir dessus. Faites de moi ce que vous voulez ».
Le procureur Nicolas Rigot-Muller prend alors la parole : « Vous pensiez qu’elle aurait peur au point de mentir devant les gendarmes, devant le psychiatre… ? Vous dites que le père de la fille est un tyran ! Je vous rappelle qu’un psychiatre est intervenu et qu’il ne parle pas du fait que le père lui inspire la peur. »

Depuis la plainte, on ne le voit plus au village

L’examen de la personnalité du prévenu dépeint l’homme. Seul garçon d’une fratrie de cinq, aucun problème n’a été relevé dans son enfance, aucun problème sexuel. En invalidité et bientôt à la retraite, il a une compagne mais ne vit pas avec elle.
Le procureur questionne : « Avez-vous été attiré par des mineurs ? Vous avez répondu aux gendarmes : « non, car c’est une source à emmerd’… ». Que me répondez-vous ? » Le prévenu rétorque : « quand une femme de 50 ans passe dans la rue, je la regarde ».
La présidente : « au moins, vous êtes spontané ! Par ailleurs, j’ai noté que vous alliez chaque année une vingtaine de fois à la chasse, que vous jouiez à la belote, etc. Or depuis la plainte, on ne vous voit plus au village. » Silence.

« Je m’en fous d’aller en prison, je n’ai pas d’honneur »

L’avocate de la partie civile demande 2500 € en réparation dommages pour la fillette, 1000€ pour le père et autant pour la mère.
Le procureur rappelle que les faits reprochés sont passibles de sept ans d’emprisonnement. Pour lui, contrairement à l’affaire de 2009, le bénéfice du doute ne tient pas ici. Il propose trois ans de prison dont 18 mois de sursis et mise à l’épreuve deux ans.
Réaction du prévenu : « Je pense ne pas avoir tout entendu. Je suis sonné… mettez moi en prison ». Il s’emporte : « Je m’en fous d’aller en prison, je n’ai pas d’honneur. Je ne demande rien à personne aujourd’hui. Je ferai de la prison puis j’en sortirai. »

Deux ans d’emprisonnement dont un an de sursis probatoire

Le tribunal déclare le prévenu coupable et prononce deux ans d’emprisonnement dont un an de sursis probatoire. Une peine assortie d’obligation de soins, d’indemnisation des parties civiles et d’interdiction d’entrer en contact avec des mineurs en général dont la victime. Il sera en outre inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.
La partie civile des parents recevra 70€ de préjudice matériel pour les frais d’examen psychologiques, 1500€ au titre du préjudice morale de la petite fille, 300€ de réparation du préjudice moral pour chaque parent et 800€ pour chaque parent.

G.R.

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