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Brioude : de l'art moderne au Doyenné, ça se précise

mar 06/10/2015 - 12:58 , Mise à jour le 06/10/2015 à 12:58

L’Hôtel du Doyenné, place Lafayette, possède indéniablement une forte valeur patrimoniale. Ses éléments d’architecture et ses peintures murales lui ont valu d’être classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques et son plafond armorié du XIIIe siècle est lui-même classé. Pourtant, à l’exception de son rez-de-chaussée, qui abrite l’Office de tourisme, l’immeuble est fermé au public depuis 20 ans. En raison de son état. Absence de chaînages, fissures qui s’aggravent, fondations douteuses… Le Doyenné présente d’importants désordres structurels. Au sein du conseil municipal, tout le monde s’accorde à dire qu’il convient de le restaurer. Mais pour en faire quoi ? C’est la question qui divise l’opposition et la majorité.
L’équipe aux commandes a décidé d’y aménager des salles d’exposition dédiées à l’art moderne et contemporain, où seront proposées des activités de découverte et de pratique des arts plastiques. Un projet auquel n’adhèrent ni les élus PS et apparentés ni ceux du Front de gauche (FDG). En cause, l’incertitude liée aux coûts de fonctionnement d’un tel espace.
Le flou subsiste concernant les coûts de fonctionnement
« Nous sommes favorables à la restauration du bâtiment et au développement de l’art sur la commune mais nous n’avons aucune perspective, aucune donnée précise concernant le fonctionnement », a déploré Françoise Verron, chef de file du FDG, vendredi 2 octobre, lors de la réunion du conseil. « Beaucoup de questions se posent encore. A quelles sommes s’élèveront le transport et l’assurance des œuvres exposées, par exemple ? Vous dites que le fonctionnement doit pouvoir s’équilibrer par les recettes de fréquentation. C’est très flou, c’est juste un vœu pieux, une déclaration d’intention. Ça s’arrête là ». Des propos auxquels a souscrit Jean-Noël Lhéritier, leader de l’opposition PS. « Il est à craindre que les coûts de fonctionnement dépassent considérablement les capacités de la commune », a-t-il pronostiqué. « Je vois mal les entrées équilibrer les dépenses ». Un scepticisme auquel Cyrille Sarrias, délégué à la culture, a répondu en prenant pour exemple la réhabilitation de la Halle aux bleds de Saint-Flour et les 14000 visiteurs qu’elle accueille lors des expositions estivales du FRAC Auvergne. Son intervention n’a pas dissipé les doutes de l’opposition, dont Claire Gaillard a reconnu la légitimité. « Vos inquiétudes, je les comprends, et il serait anormal que nous n’en ayons pas aussi », a concédé la déléguée aux affaires patrimoniales. « Mais je crois qu’il faut avoir l’audace de le faire. On l’a eue pour les vitraux de la basilique et ça s’est soldé par le doublement de la fréquentation touristique. Cette fois encore, il faut prendre le risque ». Et d’insister sur les appuis dont bénéficie le projet : celui de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), celui du conservateur des monuments historiques, et celui de Jean-Louis Prat, commissaire d’expositions internationales. Aux dires de la majorité, tous estiment que la création de ces salles d’exposition apportera beaucoup à Brioude, à la Haute-Loire et à l’Auvergne, notamment en termes d’attractivité touristique et de rayonnement. Et ces soutiens pourraient permettre au Doyenné d’obtenir une labellisation et de devenir ainsi le 2e Centre d’art de la région.
Pas de subventions sans projet structurant
« Par le biais d’une labellisation Centre d’art, fortement souhaitée par la DRAC, on pourra obtenir des subventions pour le fonctionnement », a poursuivi Claire Gaillard, revenant ainsi sur le sujet de controverse. « De toute façon, le Doyenné ne peut être restauré que s’il y a une affectation sérieuse derrière. Sans cela, nous n’aurons pas un euro, ni de l’Etat, ni de la Région, ni du Département. Aujourd’hui il y a des financements pour les projets culturels de ce type. Si on ne s’inscrit pas maintenant dans cette dynamique-là, on aura loupé quelque chose ». Une assertion étayée par Maurice Roche, adjoint au cadre de vie et aux travaux. « Pour l’ancien abattoir et l’Instruction, on a eu zéro centime de financements », a-t-il rappelé. « Et on aura zéro centime si on se contente de restaurer le Doyenné sans créer ces salles d’exposition. La commune n’a pas le droit de laisser passer l’opportunité de toucher ces subventions ». Certaines sont d’ailleurs déjà acquises, en raison du caractère structurant du projet : 26.615 € de l’Etat, 510.355 € de la Région au titre des contrats Auvergne +, 23.130 € du Département, 232.800 € de la Communauté de communes du Brivadois, via un fonds de concours. Reste à solliciter les subventions relatives aux études et travaux sur monuments historiques, soit 1.069.500 € (600.000 € de l’Etat, 60.858 € de la Région, 408.642 € du Département).
Un projet de 2.328.000 €, subventionnable à 80%
Au total, la municipalité compte donc sur 1.862.400 € de subventions. 465.600 € resteraient à la charge de la ville, le montant de l’opération étant estimé à 2.328.000 €. Sur le plan technique, le dossier a déjà bien avancé. « On a cravaché », a affirmé le maire, Jean-Jacques Faucher. « Le permis de construire devrait être déposé d’ici la fin du mois et nous espérons que les travaux démarreront au cours du premier semestre 2016. On n’a pas bossé sur le fonctionnement, c’est vrai, et il faut maintenant s’y attaquer. Il ne sera pas laissé au hasard. Je n’ai jamais été un aventurier financier, on ne va pas commencer aujourd’hui ». L’opposition des deux bords n’a pas été convaincue et a manifesté son désaccord en votant contre la délibération, même s’il ne s’agissait plus de valider le projet, déjà adopté en décembre 2014, mais uniquement d’approuver le plan de financement et d’autoriser le premier magistrat à solliciter les subventions susmentionnées.

I.A. 

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