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Brioude

Brioude : cinq ans après le braquage, il est condamné à quatre ans de prison

jeu 20/08/2015 - 19:34 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:36

C'est finalement plus de cinq ans après les faits que l'affaire est jugée par le tribunal correctionnel du Puy. Comme il s'agit d'un braquage, le dossier aurait pu être jugé en Cour d'Assises, mais il a finalement été "correctionnalisé", c'est à dire renvoyé devant le tribunal correctionnel.
Le temps de la Justice est souvent long, certes, mais si l'affaire n'est jugée que cinq ans plus tard, c'est parce que les malfaiteurs étaient parvenus à se faire la malle sans être interceptés. Ce n'est qu'en janvier 2014 qu'une trace ADN de l'un des protagonistes du forfait est retrouvée à Issoire sur un sac ayant contenu des billets du braquage. Il est depuis en détention provisoire. Comme il n'a rien révélé sur ses deux complices, il était jugé seul devant la juridiction ponote ce jeudi après-midi.

Roué de coups et menacé à l'aide d'une arme à feu
Ce 15 janvier 2010, le supermarché ferme ses portes au public à 19h30. Deux employés (une femme et un cadre) terminent de tout ramasser et au moment où ils s'apprêtent à quitter les lieux, l'employée perçoit, juste à côté de la porte de service, un panneau qui bouge avec quelqu'un derrière. Trois hommes tout de noir vêtus, gantés, cagoulés et armés (deux ont des bombes lacrymogènes, le troisième un pistolet) surgissent, lui fondent dessus et l'immobilisent en la ligotant.
Idem pour le cadre qui va se trouver roué de coups et menacé à l'aide d'une arme à feu, factice selon toute vraisemblance, détenue par le prévenu à la barre ce jeudi. Ils le poussent et cheminent jusqu'au coffre (en prenant soin de ne pas apparaître dans l'angle des caméras de surveillance) qu'ils lui demandent d'ouvrir. Finalement, les braqueurs ne mettront la main que sur 2624 €, passant à côté d'un paquet de 11 000 € qui se trouvait à proximité.

"Vous étiez en galère mais vous aviez aussi un casier judiciaire, une belle carte de visite"
Tout au long de l'audience, les magistrats tentent de faire avouer au prévenu, âgé de 31 ans et originaire de Meaux en seine et Marne, qu'il était le meneur de cette expédition, le chef de file, ce dont il se défend : "j'ai rencontré ces deux personnes lors d'une soirée en région parisienne. J'étais en galère, je n'avais pas d'argent et ils m'ont proposé ce plan. Je me suis laissé tenter, même si je n'aurais pas dû, c'est vrai, je le reconnais".
Une explication qui ne sied guère au tribunal : "vous étiez en galère mais vous aviez aussi un certain savoir-faire compte-tenu de votre casier judiciaire, une belle carte de visite", assène le Président Delay. Le prévenu reconnaît même si les condamnations dataient d'une époque où il n'avait pas encore 20 ans.

S'agissait-il d'une bande organisée ?
Si le prévenu présente ce braquage comme une opportunité subite qui s'est présentée à lui, le tribunal en doute et pense plutôt qu'il appartient à une bande organisée qui multiplie les cambriolages sur l'ensemble du territoire hexagonal : "pourquoi, de Paris, venir jusqu'à Brioude, à 500 kilomètres ? Il y a pourtant plein de supermarchés à braquer vers Meaux ?". Le prévenu répond : "il ne faut pas croire non plus que je me lève tous les matins en me demandant quel supermarché je vais braquer, vous savez, c'était la première et la dernière fois que je faisais un braquage et je n'en suis vraiment pas fier".
Le substitut du Procureur Tristan Boffard l'interpelle alors : "vous dîtes regretter mais le mandat de recherche n'a été lancé que quatre ans après les faits, et vous ne vous êtes pas rendu non plus entre temps". Une réflexion qui fait doucement sourire l'intéressé...

"Vous savez, si j'étais un professionnel comme vous dites, je ne serais pas là"
Egalement poursuivi pour les faits de violence, le trentenaire s'en défend : "mon rôle, c'était juste de tenir l'arme", ce serait ses complices qui auraient molesté le cadre et ligoté l'employée. "C'est vrai qu'il a été frappé", ajoute-t-il, "mais pas par moi". Les victimes parlent d'une "grande brutalité", dans l'interventiondes trois hommes cagoulés. le prévenu commente : "on les a surpris, c'est vrai, mais ce n'était pas violent non plus. après, sortir une arme, de toute façon, c'est brutal".
Quant au "professionalisme" supposé du prévenu, il s'en défend : "je ne connaissais pas du tout le supermarché qu'on a braqué, c'est l'un de mes complices qui connaissait la région. Peut être qu'eux avaient bien préparé le coup mais moi, j'ai juste suivi car j'étais faible à l'époque. Mais vous savez, si j'étais un professionnel comme vous dites, je ne serais pas là".

"Une bande très organisée, avec des gants, du scotch, des cagoules, une voiture volée, un repérage des lieux..."
Aucune des victimes ne s'est déplacée à l'audience. Seule la femme s'est portée partie civile et son avocat, qui représentait également la société braquée, a déclaré : "peu importe la responsabilité de chacun, ce qui compte, c'est le tout. Il s'agit bien d'un vol avec violence, en réunion et avec arme. Ce dossier est hallucinant et on a bien à faire à une bande très organisée, avec des gants, du scotch, des cagoules, des talkies-walkies, ce qui est bien plus prudent que des téléphones portables, au moins une voiture volée, un repérage des lieux... sans oublier les bombes lacrymogènes et le pistolet".
Pour l'avocat, il ne fait aucun doute qu'il cherche à protéger ses complices : "s'il ne les connaissait pas, il aurait donné tous les éléments pour parvenir à leur identification, il n'aurait aucune raison de cacher la vérité". Enfin, il a déploré "une banalisation des braquages", faisant référence à la "correctionnalisation" de cette affaire et rappelant que ça demeurait "traumatisant pour les victimes", et que "dans d'autres circonstances, ça aurait pu bien plus mal tourner".

"Il ne faut pas non plus alléger la peine simplement parce que la Cour d'Assises est débordée"
Même son de cloche du côté du Ministère Public, représenté par Tristan Boffard, qui considère que le prévenu est responsable de tout, même s'il n'a pas frappé les victimes, "car il les a tenu en joug avec un pistolet, factice ou non, on ne le saura jamais et ça ne change rien". Pour le magistrat, le prévenu était clairement "le chef", celui qui tenait "le rôle le plus important dans cette affaire" et il considère qu'on ne peut "pas lui confier ce rôle par hasard, ça ne s'improvise pas".
Après avoir rappelé que de tels faits sont passibles d'une peine de dix ans d'emprisonnement, et lui aussi déploré la "correctionnalisation" de cette affaire, il a requis une peine de cinq ans d'emprisonnement ferme en concluant : "il ne faut pas non plus alléger la peine simplement parce que la Cour d'Assises est débordée".

Pourquoi l'affaire a été correctionnalisée ?
Cette dernière réflexion a eu le don d'énerver l'avocat de la défense qui a tenu à rappeler : "l'affaire n'a pas été correctionnalisée par un manque de place mais parce que les faits ne sont pas aussi graves que vous le suggérez : il s'agit de faits anciens, l'arme était factice et aucune partie civile ne s'était constituée au début de l'instruction. de plus, certes c'est traumatisant et la victime a eu très peur, mais elle n'a eu qu'un jour d'ITT. Il ne s'agit pas non plus d'une violence brutale". Il a tenu à souligner que si son client avait un casier judiciaire, il s'agissait de menus larcins commis il y a une dizaine d'années et qu'il n'agissait pas dans le cadre d'une récidive légale.
L'avocat a aussi observé : "mon client a même oublié de mettre des gants pour fouiller dans le sac de billets, ce qui lui a été fatal. Et je vous rappelle qu'il est passé à côté d'un magot de 11 000 euros qui se trouvait juste à côté. Je n'appelle pas ça un professionnel". Enfin, demandant une peine qui ne soit pas supérieure à trois ans, il a conclu : "il est incarcéré dans des conditions déplorables à la maison d'arrêt de Clermont-Ferrand, entassé avec sept autres détenus dans une cellule et sa famille ne peut pas lui rendre visite car elle habite en région parisienne".

Après délibération, le tribunal correctionnel du Puy a reconnu le prévenu coupable des faits qui lui étaient reprochés et l'a condamné à une peine de quatre ans d'emprisonnement, "car les faits sont objectivement graves et la peine encourue était de dix ans", a conclu le Président Delay.
L'employée qui s'était portée partie civile recevra 2 600 € pour le préjudice subi et le supermarché se verra rembourser la somme dérobée, 2624 €, ainsi qu'un dédommagement de 500 € pour le trouble porté à la gestion du magasin.

Maxime Pitavy

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