Au plus près d'une battue au sanglier

dim 10/01/2016 - 16:20 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:38

... les différentes parties du territoire sur lesquelles ils vont chercher des traces des passages des sangliers au cours de la nuit.

Le récit qui suit est celui d’une chasse qui s’est déroulée il y a quelques temps en Haute-Loire. Considérant la polémique qui entoure cette activité, et certains événements décrits dans l’article, l'auteur a préféré ne donner aucune précision concernant le lieu et conserver l’anonymat des participants.

« Faire le pied »
C’est la première partie du travail, car il faut déjà repérer des empreintes fraiches pour « faire le pied ». Cette opération permet de déterminer le nombre d’animaux, leur taille et surtout leur localisation précise qui permettra de les chasser ensuite. Elle consiste à suivre les traces des sangliers, grâce à un chien spécialement dressé pour, et un maitre qui a suffisamment d’expérience pour relever le moindre indice.
Les conditions climatiques ne sont pas terribles, la douceur des températures et le vent du nord ne sont pas favorables au maintien des odeurs, ce qui rend la recherche d’autant plus difficile.
En effet, contrairement à ceux que l’on peut trouver en Ardèche, les sangliers des hauteurs du département ne sont pas sédentaires et circulent d’une commune à l’autre en fonction des sources de nourriture. L‘animal est nocturne, et il va se coucher pour la journée dans des buissons où il sera à l’abri. Il appartient donc aux chasseurs de découvrir les « bauges » avant de pouvoir faire une battue. C’est un travail difficile, qui demande beaucoup d’expérience et de temps, car une fois trouvées, il faut suivre les traces jusqu’à l’endroit où l’on suppose que les animaux sont couchés, ce qui peut prendre des heures, en fonction du moment de la nuit où des empreintes ont été laissées. C’est un travail particulièrement délicat, car L'animal est méfiant et décampe à la moindre alerte, que ce soit un bruit ou une odeur suspecte.
Je passe la première partie de la matinée à faire le tour des champs fraichement labourés, où les pattes des animaux laissent des empreintes bien visibles, sans succès, et à 10h nous rejoignons le reste de l’équipe pour faire le point. Autour d’une petite collation, nous échangeons sur nos expériences respectives, et 2 d’entre nous semblent avoir repéré des pistes suffisamment fraiches pour être exploitées. Le choix se porte sur celle qui semble avoir le plus de chance de rester sur la commune, et je décide d’accompagner le chien de pied et son maitre, non sans avoir été préalablement prévenu des difficultés qui m’attendent. En effet, si faire le tour des champs ne présentait aucun problème particulier, il en va tout autrement pour suivre le trajet d’un animal sauvage en dehors des sentiers balisés.

Buissons, fougères et ronces
Si le paysage est magnifique, une succession de reliefs alternant bois, prés, et surtout un petit vallon encaissé au fond duquel coule un ruisseau bordé par les ruines d’un ancien moulin, il nous faut traverser buissons, ronces, fougères, jeunes plantations d’épicéas dans lesquelles il est impossible de se tenir debout.
Après un peu plus d’une heure d’une marche épuisante, durant laquelle il nous aura fallu déjouer les boucles faites par le gibier au cours de ses pérégrinations, et relever des indices confirmant la validité de la piste (empreintes, traces de frottement contre les troncs d’arbre), nous arrivons aux abords d’un grand massif de genêts devant lequel le chien montre une certaine excitation. La truffe en l’air, il se dresse sur ses pattes arrière en tirant sur la laisse. Là, le chasseur me fait signe de faire silence, et nous nous éloignons discrètement à bonne distance du buisson. Il m’explique qu’il est possible que les sangliers soient couchés à cet endroit, et qu’il faut en faire le tour pour s’en assurer. Nous découpons donc une large zone autour du secteur défini, sans trouver de sortie. De là, nous rejoignons le sentier le plus proche, et marchons jusqu’à ce que nous arrivions à passer un coup de fil pour que l’on vienne nous récupérer. En effet, s’il est possible de téléphoner n’importe où en ville, il en va tout autrement à la campagne où il n’y a pas de réseau partout.

----Quelques consignes de sécurité
- Le port d’une tenue voyante fluorescente orange est obligatoire
- Au poste, le chasseur doit se signaler à ses voisins.
- Pour le tir, la règle des 30 degrés par rapport aux voisins doit être respectée
- Après le signal de début de battue, le chasseur doit rester rigoureusement à son poste jusqu’au signal de fin de battue.
- Identifier formellement le gibier avant de le tirer.
- Ne jamais tirer vers une zone non dégagée ou dans la direction d’un gibier qui s’est dissimulé, jamais tirer au-dessus de l’horizon.
-----L’organisation de la battue
Rendez-vous est donné à 13h30 à tous les chasseurs de la commune. Là, le responsable de la battue répète, comme à chaque fois, les consignes de sécurité indispensables, et après concertation avec ceux qui ont fait la recherche, attribue les postes en fonction des probabilités de fuite des animaux. Ce n’est pas une tâche facile, car si le gibier sédentaire suit pratiquement toujours les mêmes trajets, il en va tout autrement de celui de passage, qui peut passer n’importe où selon les circonstances (le sens du vent, la poussée des chiens…). De plus, le biotope local ne favorise pas les chasseurs. La densité de la végétation interdit une visibilité suffisante pour avoir le temps d’ajuster le tir, qui se fait souvent au « coup d’épaule », et les sangliers ne sortent que très rarement en zone dégagée.

Une battue mouvementée

Une fois que tout le monde est en place, un coup de trompe annonce le début de la battue. Les chiens sont lancés sur la « rentrée », c'est-à-dire l’endroit par lequel les sangliers sont entrés dans le buisson, et la menée commence, accompagnée par les hurlements de la meute. Au loin, quelques coups de feu claquent. J’entends 2 détonations, plus haut sur ma droite, et quelques secondes plus tard, une 3e. Puis 3 coups de trompe annoncent la fin de la battue, et je rejoins quelques chasseurs qui se sont rassemblés autour du vétéran. Si le gros de la troupe des sangliers est passé au travers, ceux qui ont été tirés sont loupés, mais le plus âgé des chasseurs affirme avoir touché un gros « cochon » qui se dérobait (il n’était pas mené par les chiens), et l’avoir suffisamment blessé pour avoir le temps de remettre une cartouche dans son fusil et le tirer une 3e fois, avant que celui-ci ne reprenne la fuite en direction de l’épais situé à quelques centaines de mètres.
Sans attendre, 2 chiens sont mis sur cette piste et filent en direction du buisson, suivis de près par un 3e chasseur qui ne voudrait pas manquer l’occasion de tirer une grosse bête. Je les suis aussi vite que je peux, et en arrivant près des genêts, j’entends les chiens qui se battent, et d’un coup, comme un pantin désarticulé, je vois voler au-dessus des buissons le chasseur qui a accompagné les chiens. Il vient de se faire charger par la bête aux abois ! Les 2 chiens nous rejoignent la queue basse, suivis de près par un homme boitant et blanc comme un linge. Heureusement, il n’a aucune blessure sérieuse, mais maintenant se pose le problème d’aller récupérer un animal acculé de plus de 100 kg. Les volontaires ne sont pas nombreux, et 2 chasseurs se décident à y aller, un avec un chien de pied pour suivre les traces, et l’autre armé. L’opération est lancée une fois que tout le monde s’est posté de manière à ne laisser aucune échappatoire. Un cri de joie met fin à un suspens angoissé de quelques minutes, car le sanglier est retrouvé mort. Il s’agissait d’un mâle de plus de 120 kg, ce qui n’est pas fréquent.

La fin de la chasse
L’animal est ramené à la cabane des chasseurs pour y être dépecé et partagé par tirage au sort. C’est un moment de convivialité, où chacun évoque ses souvenirs de chasse, et au cours duquel se décide la date où tous se réuniront pour le traditionnel repas au cours duquel ils mangeront le foie du sanglier.
Le président de l’ACCA, qui souhaite garder l’anonymat, déclare « Nous avons la chance de ne pas avoir d’agités de la gâchette sur le territoire, de plus, la consommation d’alcool est strictement interdite avant la fin de la chasse».

La régulation du gibier

Ces dernières années, les populations de sangliers, chevreuils et cerfs connaissent un développement exceptionnel, qui  n’est pas sans conséquences, car les dégâts causés aux plantations forestières et agricoles se multiplient d’autant. Si la fédération de chasse rembourse les dommages, leur augmentation rend indispensable la régulation des populations d’animaux car le dédommagement  financier ne pourra pas toujours être assuré par les chasseurs, et l’importance des dégradations finira par représenter un préjudice considérable pour les exploitants. En dernier lieu, les chasseurs ne comprennent pas pourquoi il sont considérés comme responsables des dégâts causés par les animaux.
« A ce train-là, on va bientôt nous demander de payer pour les dégâts des taupes ou des rats musqués », déclare le président d’ACCA précédemment évoqué.

N.S

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