Arnaud-Landau : "Ça a toujours été dur d’être de gauche en Haute-Loire"

mer 26/03/2014 - 14:11 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:21

« Les résultats sont rudes. » À l’issu du premier tour des élections municipales, Laurent Johanny, candidat socialiste à la mairie du Puy (25,29%) ne cachait pas sa déception. En amont de cette échéance électorale, le 8 février dernier, Arlette Arnaud-Landau, vice-présidente du Conseil régional d’Auvergne et édile de la cité ponote de 2001 à 2008, nous expliquait pourquoi l’élection se jouerait en deux tours et pourquoi Laurent Joahnny était la tête de liste qu’il fallait pour la gauche du Puy. Un optimisme balayé par le score pharaonique réalisé par Laurent Wauquiez, le maire sortant. Entretien bilan.

Zoomdici : À cinq semaines des élections, vous étiez confiante sur l’éventualité d’un second tour. Aujourd’hui, peut-on parler de déroute ?
Arlette Arnaud-Landau : "On peut parler d’un résultat qui est sévère pour la gauche, que ça soit au niveau du Puy et au niveau national. D’habitude, Le Puy se distingue et vote à l’inverse des mouvances nationales. On l’a vu en 2001, on l’a vu en 2008. Là, c’est tout à fait en coordination avec les résultats du national puisque la gauche, en général, a subi une forte défaite, il faut quand même le dire. Par contre, c’est vrai que le fait qu’il n’y ait eu qu’une seule liste de droite sur le Puy, ça ne permettait pas d’envisager un second tour. Sinon, la gauche aurait été majoritaire : avec une union PS et Front de Gauche au deuxième tour, Laurent Wauquiez aurait été battu.

Vous pensez vraiment que Laurent Wauquiez aurait pu perdre ? Son score laisse penser le contraire.
S’il y avait eu une triangulaire, oui. Mais bon, encore une fois, on ne va pas contester que Laurent Wauquiez a gagné avec un très fort pourcentage. Il a gagné avec 15 points de plus qu’en 2008 [69,78% contre 56,46%, ndlr], mais ces 15 points représentent 150 voix supplémentaires. La gauche, elle, a perdu 1800 voix. C’est ça qui fait la différence, ça veut dire que le peuple de gauche n’a pas voté. Il ne s’est pas rabattu sur Laurent Wauquiez, parce qu’avec un tel score, il ne gagne que 150 voix [5121 Ponots ont voté pour le maire sortant en 2014 contre 4965 en 2008, ndlr]. Moi même je suis étonné, je ne pensais pas que ça représentait si peu de voix ajoutées, par rapport à 2008. Par contre, on voit que l’électorat de gauche s’est abstenu au Puy.

Ce manque de mobilisation de la gauche s’explique par le choix de la tête de liste ?
Non. Encore une fois, j’ai regardé évoluer Laurent Johanny et je peux vous dire qu’il a énormément travaillé. Personne ne pourra lui nier ça. Il a su fédérer une équipe : j’ai vu arriver des personnes nouvelles sur cette liste, avec des projets et une envie de s’investir sur la ville. C’est une richesse pour l’avenir du Puy. On sait que Laurent aime cette ville, il connait les dossiers et je pense qu’il formera une opposition vigilante, constructive si on lui demande son avis. C’est une très bonne chose. Je pense que c’est quelqu’un qui était tout à fait apte à diriger cette ville.

Justement, l’opposition avait sept sièges au Conseil Municipal lors des six dernières années ; elle n’en a plus que quatre aujourd’hui. Comment gérer cette baisse ?
Il y a plusieurs explications à cette baisse : bien sûr avec le score réalisé par Laurent Wauquiez, déjà, mais aussi du fait que la liste Front de Gauche n’ait pas fait 5%. En faisant moins de 5%, Michelle Chaumet n’est pas élue mais, au plus fort reste, donne un élu supplémentaire à Wauquiez. Le score du Front de Gauche lui est vraiment bénéfique.

Sur les quartiers du Val-Vert et de Guitard, vous aviez gagné en 2008. Le maire sortant y a réalisé de très gros scores cette année, comment l’explique-t-on ?
C’est toujours la même chose : c’est sur ces quartiers là qu’il y avait un vote important à gauche. On peut aussi se dire que la population du Val-Vert évolue, mais on voit bien qu’elle s’est fortement abstenue et c’est la même histoire à Guitard. La gauche a perdu énormément d’électeurs.

C’est un constat qui s’élargit au niveau du département : André Roure a réalisé 32,50% à Espaly, Jean-Noël Lhéritier 35,18 % à Brioude…
En même temps, quand on regarde sur Brioude, on a un taux important du Front de Gauche [Verron avec 13,09%, ndlr]. Pareil sur Brives-Charensac avec Yves Prat [13,6 %]. Au Puy, ce n’est pas le cas : Michelle Chaumet fait moins de 5% ! Cela veut bien dire que l’électorat de gauche du Puy s’est fortement abstenu, ce qui n’avait pas été le cas en 2001 et en 2008 [en 2008, la liste d’union de la gauche d’Arlette Arnaud-Landau avait récolté 3548 voix, contre 1856 pour Laurent Johanny en 2014, ndlr].

« Au Puy, il est difficile d’être de gauche », nous disait Laurent Johanny quelques minutes après les résultats. Vous partagez ce constat ?
(rire) Ça a toujours été dur d’être de gauche en Haute-Loire. Je me rappelle quand la gauche a été élue au Puy, en 2001, certains titres parlaient d’une « anomalie provisoire du territoire ». Ce n’était pas concevable de qu’on puisse diriger la ville préfecture en Haute-Loire alors qu’on était de gauche. Bien sûr que c’est dur, mais en ce moment c’est dur d’être de gauche aussi parce qu’il y a une résistance vis à vis de la politique gouvernementale. On a été fortement sanctionné par ça, faut le dire quand même. Il y a eu une réaction par rapport à la politique nationale, bien sûr. Je regarde ce qu’il se passe sur Clermont : il y a des villes qui étaient depuis les années 1945 à gauche qui viennent de basculer à droite. Ce qu’il s’est passé au Puy et en Haute-Loire, il se passe la même chose dans le Puy-de-Dôme. Sur certaines communes de l’Allier, c’est pareil. Laurent Wauquiez a aussi bénéficié des critiques envers le gouvernement, de la déception des gens.

La gauche n’est pas condamnée à attendre le départ de Laurent Wauquiez ?
Je refuse de personnaliser les pouvoirs. Lui il le personnalise fortement, je suis contre cette personnalisation outrancière. Je suis pour le collectif. Maintenant, aujourd’hui, la belle dynamique qu’il y a eu pendant cette campagne, il faut faire en sorte qu’elle reste et qu’elle demeure pendant ces six ans. C’est pas simplement quatre élus qui vont être au Conseil Municipal. C’est tout un collectif derrière qui va travailler, qui va les accompagner. Laurent Joahnny n’est que le porte-parole de toute une équipe qui s’est constituée avec un projet collectif. C’est ça l’important, de savoir qu’on continuer.

Et puis au niveau du cumul des mandats : on sait que Laurent Wauquiez choisira d’être d’abord au national plutôt que d’être maire du Puy. En 2017 [entrée en vigueur de la réforme sur le non-cumul des mandats, ndlr], Laurent Wauquiez choisira d’être député plutôt que d’être maire du Puy. Il a dit qu’il ferait des amendements et qu’il n’y aurait plus le non-cumul des mandats : bien sûr que si qu’il y aura le non-cumul des mandats. Ça a été voté, ça a été plébiscité par une grande partie de la population française… En 2017, Laurent Wauquiez aura a décidé s’il est maire du Puy ou s’il est député. Quelqu’un occupera ses fonctions jusqu’en 2020, et en 2020 il ne pourra plus se représenter. Là il y aura un changement de donne."

A.L.

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