Double intervention des pompiers au Puy-en-Velay ce jeudi
Comme dans le film "Compostelle" sorti il y a 10 jours, Ils ont 14, 16 ou 18 ans. Des jeunes en rupture avec la société. Suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse ou l’Aide sociale à l’enfance, ils vont pendant deux ou trois mois marcher, encadrés par un accompagnant. Une thérapie qui est le pari de l’association Seuil, qui a une antenne au pied de la cathédrale du Puy : Direction Saint Jacques de Compostelle.
Une idée née en 1998 sur les routes de Compostelle
En 1998 Bernard Ollivier, croise une équipe insolite sur le chemin : deux ados délinquants et un adulte, qui marchent ensemble comme alternative à l’incarcération. En 2000, il lance Seuil avec un objectif : proposer aux jeunes en grande difficulté un parcours de rupture par la marche. Aujourd’hui, Seuil collabore avec les juges, les éducateurs et les institutions spécialisées.
Pour ces jeunes, l’enjeu est double : sortir d’un environnement toxique et retrouver confiance en eux grâce à l’effort, les rencontres et la découverte.
Bernard Ollivier : "La marche vous grandit, la marche vous libère. Chez les jeunes, la marche réveille leur sens de l’effort, leur intelligence ; la découverte de l’inconnu suscite leur générosité. Au bout des 3 mois et des 1600 km, l’exploit réalisé change radicalement le regard que les jeunes, comme leur entourage, portent sur eux-mêmes."
Au Puy-en-Velay, on prépare les départs "même sous la pluie"
Témoignage de Nacxx accompagné par Romain
Après 2h de marche, on est enfin arrivés à Monistrol d’Allier, un village en gros.... On est partis se doucher et après on a préparé notre dîner. Vers les coups de 19/20h, on s’est préparés pour se coucher (il n'est toujours pas facile de trouver le sommeil, mais bon, on fait avec). J’ai quand même un peu lu, c’est très important quand il n’y a pas de téléphone.
Depuis peu, Seuil a ouvert une antenne au Puy-en-Velay, dirigée par Jean-Michel Tony, un ancien accompagnant désormais responsable de marche. " Je connais bien les problématiques rencontrées sur le terrain et avec les jeunes un peu comme Alexandra Lamy dans le film. J’accompagne plusieurs binômes en même temps. Je les ai au téléphone ou par message quotidiennement"
Jean Michel précise « Non, ce n’est pas saisonnier. Les jeunes marchent toute l’année, les départs se font en fonction des besoins, à tout moment. Parfois, le jeune doit partir de toute urgence. Il ne peut pas attendre l’été ou le beau temps.»
Pas de smartphone et 30 minutes d'appel une fois par semaine
Pendant trois mois, la marche impose sa lenteur, son caractère répétitif et son exigence physique. L'objectif est de favoriser l'apaisement du comportement. Chaque jour, un temps de silence (une heure le matin et une heure l'après-midi) encourage la réflexion et laisse au jeune le temps de prendre du recul sur sa situation.Les contacts avec la famille et les amis sont limités à 30 minutes par semaine et le téléphone portable personnel est interdit.
Le rôle des accompagnants est essentiel.
Sélectionnés avec soin, ils ont un rôle essentiel. Généralement âgés de 26 à 50 ans ils doivent se consacrer entièrement au projet comme le confirme Jean-Michel Tony « Ce sont des personnes capables de beaucoup d’abnégation. Elles savent mettre de côté leur vie personnelle, parfois professionnelle, pour se consacrer pleinement à ce projet de rupture. Elles marchent en tant qu’accompagnantes pour le jeune, et non pour elles-mêmes».
Des graines plantées, même si la marche s’arrête
Si le taux de réussite est élevé pour les marches menées à terme, une marche interrompue n’est pas forcément un échec, souligne Jean-Michel. « Des graines ont été plantées. Peut-être que le jeune n’a marché que deux mois au lieu de trois, pour des raisons diverses, mais ce n’est pas forcément un échec. »
L'association Seuil demande à des experts indépendants d’aller à la rencontre de ces jeunes, de leurs familles, de leurs éducateurs pour recueillir leurs avis un ou deux ans après leur retour de marche. Les éducateurs estiment que, dans 84% des cas, la marche est un succès. Alors que 70% des mineurs récidivent dans les deux ans de leur sortie de prison, ce sont 57% des jeunes accueillis par Seuil qui intègrent un parcours de réinsertion après leur marche.
Le film Compostelle qui met en lumière cette aventure humaine :
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