Accusé d'avoir détourné des milliers d'euros, il dit avoir répondu à des appels à l'aide

mar 26/03/2019 - 19:27 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:56

« J’ai pris cette mauvaise habitude de donner de l’argent à ceux qui en ont besoin ». Cet argent provenait au départ, entre 2002 et 2007, des comptes personnels du prévenu présent ce mardi 26 mars 2019 à la barre du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay. L’homme âgé de 76 ans versait l’entièreté de sa retraite, soit 790€ perçus chaque mois, à des personnes rencontrées tout long de ses 25 années passées en Afrique -- en Côte d’Ivoire et en Guinée -- où il a été directeur d’un collège. A cette époque-là déjà l’homme intervenait régulièrement pour aider les jeunes. « Lorsqu’ils avaient un souci de santé, j'allais moi-même à la pharmacie, les parents ne pouvaient pas payer », a-t-il confié à titre d'exemple.
"C'était très souvent des appels intéressés"
Mais lorsque le retraité rentre en France, à Espaly-Saint-Marcel plus précisément, en 2002, son téléphone commence à sonner. A l’autre bout du fil, des connaissances rencontrées en Afrique. « C'était très souvent des appels intéressés », a reconnu l'homme. Une prise de conscience qui ne l'a pourtant pas empêché d’effectuer des transferts d'argent via Western Union pour répondre à "des appels à l'aide" que ce soit pour envoyer un espoir du football africain en stage à l’étranger, pour aider de jeunes prisonniers politiques, pour financer des projets éducatifs etc. « J’y répondais sans calculer, je connaissais la situation des pays africains et les personnes. » Mais les demandes se sont multipliées (une quarantaine de bénéficiaires en tout) à tel point que ne pouvant y faire face seul, le septuagénaire avait fait appel à la générosité de quelques membres de sa famille.
"Quand on se prend pour ce qu'on n'est pas, on fait des erreurs"
En 2005, l’homme devient un membre très actif de l’association d’entraide humanitaire, Œuvres et Missions, en qualité de manutentionnaire et trésorier adjoint. Cette association réalise un bénéfice annuel variant entre 80 000 et 85 000€ grâce à la vente de calendriers. Des sommes consacrées à des oeuvres caritatives en lien avec l'éducation. C'est à partir de 2007, que le prévenu aurait commencé à piocher dans les comptes de l'association, non pas pour réaliser des projets personnels, mais toujours pour répondre à ces demandes de dons toujours plus nombreuses. Il lui est ainsi reproché d'avoir détourné entre 6 000 et 10 000 euros par an entre le 18 août 2007 et le 16 novembre 2016. Puisque la motivation de son geste était similaire à celle de l'association dont il était membre depuis 2005, "pourquoi ne pas avoir traité les demandes en les soumettant à la commission compétente de l'association ?", a demandé le président du tribunal, Nizar Samlal. Et d'ajouter "Pensiez-vous pouvoir faire mieux ?" A l'Espaviot de répondre : "Je n'y ai pas pensé. Quand on se prend pour ce qu'on n'est pas, on fait des erreurs. En tant que cheville ouvrière de l'association, je pensais pouvoir faire quelque chose. J'aurais dû demander l'autorisation."

Rappelant que "le droit pénal est assez indifférent du mobile" des faits reprochés, Sarah Ploquin, substitut du procureur, a requis six mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve de deux ans. Le tribunal rendra son jugement le 9 avril prochain.
Stéphanie Marin

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