A 18 ans, il a participé au débarquement en Provence en août 1944

jeu 20/10/2016 - 18:19 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:43

Ceux qui n’étaient pas au courant auront été surpris par la perturbation causée à la circulation ce mercredi 19 octobre 2016, au Puy-en-Velay. Il faut dire qu’un détachement du 28ème régiment de transmission d’Issoire (Puy-de-Dôme) avait fait le déplacement pour saluer, officiellement, un grand homme. A 14h30, les obsèques du colonel Raymond Mouyren ont été célébrées en l’église Saint-Pierre des Carmes. Sur le drap tricolore qui recouvre le cercueil, son béret rouge et son écharpe de Grand’Croix de la Légion d’honneur reçue en 2011.

----Ce n'est qu'en 2011 que le colonel Raymond Mouyren a été élevé à la dignité de Grand’Croix de la Légion d’honneur à titre militaire, en récompense de l'ensemble de sa carrière. Bernard Breuiller, délégué départemental de l'ASAF (association soutien armée française) lui rend ainsi hommage : "Puisse-t-il trouver, là-haut dans le ciel, les étoiles que l'Etat n'a pas su lui donner".-----Un mépris le plus total du danger
Dans son éloge funèbre, le préfet de la Haute-Loire, Eric Maire, a rappelé le parcours d’un homme d’exception. Originaire de Constantine, en Algérie, Raymond Mouyren a participé, à 18 ans à peine, à la libération de la France dans les rangs de la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny. Il a débarqué en Provence le 15 août 1944 et franchi le Rhin, en mars 1945, avec le 3ème régiment de tirailleurs algériens. Depuis 1942, Raymond Mouyren a participé à tous les grands conflits armés dans lesquels la France a été engagée : seconde Guerre mondiale, guerre d’Indochine, de Corée, d’Algérie. Indifférent aux risques courus, il allait « jusqu’à faire preuve du mépris le plus total du danger en se lançant à l’assaut des positions adverses », raconte Eric Maire. Et le député de la Haute-Loire Jean-Pierre Vigier de saluer un soldat qui « a toujours su faire preuve d’un courage exemplaire et d’une détermination sans faille au service de la France et de la Haute-Loire. »

Le persuader de recueillir ses mémoires
Pourtant, en homme « discret » mais « de conviction, déterminé et lucide », il refusait le terme de héros, a affirmé le préfet qui rappelle qu’il avait « fallu le persuader de parler de ses 43 années au service de la France, dont la moitié en campagne de guerre », afin de retracer son témoignage dans un fascicule élaboré par l’office national des anciens combattants.

Ancien harki
Mais aux fascicules, Raymond Mouyren préférait le contact humain à en juger par ses nombreuses apparitions publiques à chaque commémoration au service de la République. D’ailleurs, le préfet Eric Maire se souvient qu’il a rencontré le colonel Mouyren dès son arrivée en Haute-Loire, à l’automne 2015. Et encore tout récemment, le 25 septembre dernier, à l’âge de 90 ans, Raymond Mouyren était présent à la cérémonie en hommage aux harkis, au jardin Henri Vinay en qualité de président de l’union départementale et de président honoraire des anciens harkis de la Haute-Loire. « Fidèle à ses origines constantinoises et à ses frères d’arme, cette cérémonie lui tenait particulièrement à cœur », note le représentant de l’Etat.

----"Je n’ai jamais pensé à la mort, à n’importe quel moment de ma vie", confiait Raymond Mouyren. A l’heure où celle-ci s’est rappelée à lui, l’association des cadres de réserves de Haute-Loire le salue par cette citation de Paul Valéry : "La mort est une surprise que fait l’inconcevable au concevable."-----Dans les écoles pour défendre la liberté
Les cérémonies, oui, mais aussi les visites dans les établissements scolaires. Le colonel avait « compris la nécessité de transmettre son témoignage aux jeunes générations », poursuit le préfet qui remarque l’importance de raconter le récit d’un soldat « qui avait consacré la majeure partie de sa vie à défendre sa patrie, à défendre ses valeurs fondamentales, à combattre pour notre liberté ». Des enseignements d’autant plus indispensables pour le préfet, aujourd’hui, « à un moment où notre nation est à nouveau attaquée de la pire manière ».

Annabel Walker

Le colonel Mouyren ne manquait aucune commémoration comme ici, il y a trois ans, pour le 8 mai 1945.

La commémoration du 8 mai 1945 au Puy from Zoomdici Haute-Loire on Vimeo.

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire