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Consigne des bouteilles plastique : bilan de l'expérimentation à Brives

Date : 03/07/2019 | Mise à jour : 10/07/2019 12:17
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Acheter ses produits en vrac, prendre son fromage à la découpe et le stocker dans un contenant réutilisable, renouveler sa garde-robe dans des friperies… l’heure est à l’écologie et au recyclage. Pourquoi alors ne pas revenir au système déjà connu des consignes ?

Le projet de loi contre le gaspillage et pour l'économie circulaire est présenté en conseil des ministres ce mercredi 10 juillet 2019. Il prévoit notamment un système de bonus-malus et de consigne pour les bouteilles plastique.

Certains se demandent peut-être pourquoi l’emballage à usage unique a remplacé un système pourtant malin : la consigne. Rappelons que celle-ci permet au consommateur de retourner sa bouteille vide en échange de quelques centimes d’euros et de favoriser, ainsi, le recyclage des déchets. Rien de nouveau pour ceux qui l’ont connue ou pour les plus écolos. Ce système existait déjà avant les années 1990 en France et certains pays le pratiquent toujours. C’est le cas de nos voisins, en Allemagne, qui se situent d’ailleurs en tête de liste pour ces questions. Depuis peu, l'Etat français relance la discussion. Nous nous sommes donc rendus à Auchan, à Brives-Charensac, afin de connaître le bilan d’un automate qui propose depuis mars 2018 de reprendre vos bouteilles contre un centime en bon d’achat.

Faut-il attendre le gouvernement ?

Il y a des acteurs qui n’attendent pas que le gouvernement prenne le sujet à bras le corps avant d’agir. C’est le cas de certaines entreprises comme Cristaline (qui appartient à la société Roxane), troisième embouteilleur d’eau français, qui cherchait en 2015 un partenaire afin de redonner une deuxième vie à ses bouteilles en plastique. Pour répondre à cette demande, l’enseigne Auchan s’y est associée, au niveau national, en laissant des automates s’installer sur ses parkings. Les « écobox » y ont ainsi vu le jour. En échange d’un centime par bouteille, cette box broie le plastique et en fait des paillettes qui sont directement réinjectées dans les usines de recyclage Roxpet, dans le Nord de la France. Pour que l’ancienne bouteille en devienne une nouvelle.

Quel bilan après plus d'un an ?

Le directeur du magasin de Brives-Charensac, Patrick Seghir, annonce un « bilan très positif » de l’installation de cette machine car ce sont en moyenne 20 000 bouteilles qui y passent tous les mois. Et selon ses dires, « c’est monté crescendo, puisque ça ne fait que deux ou trois mois qu’on est sur ce rythme là ». Cette année, au niveau national, ce sont environ 73 millions de bouteilles qui sont recyclées grâce aux écobox du réseau Auchan avec une progression d’environ 10 % par an. Patrick Seghir « sent qu’il y a une forte attente autour de l’écologie » et la grande distribution doit, selon lui, « aider les consommateurs à être un peu plus écolo ».

> CARTE: Où faire ses achats en vrac en Haute-Loire ?

De nouvelles habitudes à prendre

Les écobox nécessitent du suivi et certains clients peinent à s’en servir, malgré des indications affichées. D’autres bourrent la machine en y mettant des bouteilles dont le type de plastique n’est pas approprié. Est-ce une erreur technologique ou un défaut d’attention ? Pour celui qui en assure la maintenance, il est certain que l’entretien doit être régulier. Et pour les citoyens, ce sont de nouvelles habitudes à prendre. De la même façon, Patrick Seghir nous explique voir de plus en plus de clients acheter leurs fruits et légumes en se passant du sac qui sert à les emballer. Au-delà des chiffres, de nouvelles tendances apparaissent chez les citoyens. Par ailleurs, les règles d’hygiène actuelles permettent aux consommateurs de récupérer des produits à la découpe dans leur propre contenant.

L’écologie, pas seulement une question de chiffres

La progression dans l’utilisation de l’écobox est donc réelle à Brives-Charensac et même au niveau national. Mais pendant que les chiffres indiquent un bilan positif, le taux global de recyclage des bouteilles mises sur le marché en est à seulement 25 %. Parfois, la matière recyclée doit venir d’autres pays, ce qui prouve qu’ « il y a encore beaucoup de travail à faire », selon Patrick Seghir. Par ailleurs, si un supermarché peut vendre jusqu’à 200 000 bouteilles en plastique par mois, que représentent alors les 20 000 bouteilles recyclées ? Seulement 10%. Certes, le tri s’effectue aussi au niveau des collectivités locales mais faut-il plus de dispositifs prévus à cet effet ? Et qu’en est-il de revaloriser les bouteilles en verre et les consignes qui vont avec ? Ou pourquoi ne pas, au vu de l'urgence écologique, interdire le plastique comme l'a fait l'Etat du Maharashtra en Inde ?

> Lire aussi :  Déchets : les bons résultats de l'agglo du Puy vont-ils permettre de baisser la taxe ? (04/07/2019)


Un pour tous, tous pour un

Le directeur d’Auchan à Brives-Charensac exprime la nécessité qu’il y a de fournir davantage d’efforts et reconnaît le besoin de s’associer : « on va continuer au fur et à mesure de ce que pourrons nous proposer les partenariats parce qu’on le voit bien, on peut pas le faire tout seul ». Même s’il affirme que l’enseigne va toujours plus dans le sens d’une économie circulaire et du recyclage, il est aussi d’avis que tout le monde, y compris, « le monde des industriels et du commerce doit travailler sur le sujet ». Alors s’il y a la volonté de recycler plus, il faudra aussi davantage de partenariats. Elus, industriels, commerçants, citoyens, associations et politiques, tout le monde doit collaborer.

La France, mauvaise élève en recyclage ?

Le 19 juin 2019, la secrétaire d’État à la transition écologique, Brune Poirson, s’est emparée du sujet et a lancé un comité de pilotage pour réfléchir à des mesures concrètes qui permettent la (re)mise en place des consignes sur le territoire. Car la France tient une très mauvaise place sur la liste des pays qui recyclent leurs déchets et c’est pourtant l’objectif du président de la République que de recycler 100 % des déchets en plastique d’ici 2025. Dans le Jura et en Alsace, les consignes font leur retour et partout en France, des entreprises choisissent de valoriser le vrac et la consigne, voire même de ne plus vendre de bouteilles en plastique. Alors, en attendant le gouvernement, les paris peuvent être lancés sur cette opération. Car la planète, elle, avec ses nouveaux continents de plastique, peut continuer à se dégrader à une vitesse toujours plus alarmante.

N.N.


> En replay : Cash investigation "Plastique, la grande intox"





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img_journalisteCR le 10 juillet 2019 - 14h27
Bel exemple de greenwashing cette machine ! La solution ne viendra pas des politiques, qui n'ont absolument rien compris (recycler 100 % du plastique ? la bonne blague), ni des industriels bien trop tributaires du plastique, ni des supermarchés qui continueront à vendre des produits bas de gamme forcément emballés puisqu'ils viennent de l'autre bout du monde. La seule solution serait que les consommateurs achètent "bio, local et zéro déchet". Quand on aura des étés à 60°C, peut-être ?

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