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Vacanciers prudents, pèlerins absents : la triste mine des propriétaires de gîtes

Date : 26/05/2020 | Mise à jour : 28/05/2020 08:14
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En raison de la crise sanitaire les pèlerins sont peu nombreux cette année sur le chemins qui traversent la Haute-Loire. Véritables moteurs de l’économie locale et touristique, leur raréfaction inquiète les propriétaires de gîtes.

Chaque été on les voit partir tôt le matin avec leur bâton et leur sac à dos après un détour par les commerces locaux pour assurer le pique-nique du midi puis plus tard, arriver fatigués à l’étape du soir. Chaque année ce sont entre 20 000 et 25 000 pèlerins qui sillonnent les chemins et routes du département drainant pour certains d’entre eux leur famille qui loue un gîte, un accueil de groupes ou des chambres d’hôtes pour quelques jours avant de migrer vers Conques ou Saint Chély d'Aubrac.
Cette année, crise sanitaire oblige, leur absence est remarquée le long des routes et surtout dans les villages et les commerces qui comptent sur eux pour compenser le long hivernage. La saison débute en règle générale avec les vacances d’avril et les longs week-end de mai.

"On sait que la clientèle internationale ne viendra plus ou alors très tard cette saison"

Thierry Grumelart, président de l’association Gîtes de France de la Haute-Loire, est propriétaire de chambres d’hôtes sur le chemin un peu avant Saint-Privat d’Allier. Il déplore “Pour moi les annulations sur ce début de saison ont été totales. Je ne reçois pas vraiment de pèlerins mais plutôt des randonneurs qui achètent des produits complets auprès de “tours operators” comme La Pelerine ou de Via Compostella. C'est une clientèle à fort pouvoir d’achat et en partie étrangère. Nous avons pris très tôt des dispositions sanitaires en vue de rassurer les clients, tant pour les chambres que pour la table d’hôte, mais on sait que la clientèle internationale ne viendra plus ou alors très tard cette saison. C’est d’autant plus inquiétant que mon activité et celle de tous les autres loueurs génère aussi du chiffre d’affaires pour les commerçants locaux qui, s’ils ne comptent pas que sur nous, vont quand même souffrir d’un manque à gagner”.

Au Sauvage, le gîte et la table d’hôte sont encore fermés

C’est le même constat à Saugues où tous les gîtes et accueils pèlerins ont été fermés depuis la mi-mars sans visibilité quant à la reprise. Au Domaine du Sauvage, répondeur et téléphone portable diffusent toujours un message de fermeture pour cause de Covid-19, tant pour l’hébergement que pour la table. Là encore, ce sera donc une perte sèche pour les producteurs locaux qui tiennent cette table et y écoulent une partie de leurs produits (entendue sur le marché de Saugues par la productrice de fromage et yaourt de brebis du Gaec de La Révolte, près de Venteuges).

Un fond de solidarité Covid-19 de 1 500€ / mois

Les propriétaires de gîtes y sont éligibles au même titre que les indépendants et les auto entrepreneurs à condition de posséder un numéro SIRET ou un SIREN. "Elle est défiscalisée, automatique et versée très rapidement pour peu qu'on en fasse la demande", explique Thierry Grumelart.
Néanmoins, les conditions d'accès ont été un peu modifiées en mai. Il faut désormais se connecter à son espace particulier et non professionnel sur le site impots.gouv.fr, puis choisir l'onglet messagerie sécurisée et enfin le dernier motif du menu déroulant "ma demande d'aide aux entreprises fragilisées Covid-19" et suivre la procédure.

Plus de 90% des appels ont été pour annuler les séjours de printemps mais aussi ceux de l’été"

Ailleurs en Haute-Loire ou l’absence des pèlerins n’est pas en cause, le constat n’est pas meilleur.
Ainsi au service de réservation du label Gîtes de France, le président avoue que le travail des salariés depuis deux mois, s’il n’a pas faibli, s’est résumé à enregistrer reports et annulations. Surtout des annulations. “Plus de 90% des appels ont été pour annuler les séjours de printemps mais aussi ceux de l’été. Une ordonnance du 25 mars 2020 nous a conduit à transformer les arrhes de réservation en à-valoir valables sur une période de 18 mois pour le client, c’est-à-dire presque sur deux saisons. Il a fallu expliquer ça à chacun des clients. Il y en a eu de vraiment mécontents qui voulaient un remboursement. Cela assure en retour aux propriétaires de retrouver un revenu différé et des clients pour la fin de saison ou pour la prochaine".

Au Puy, on veut encore espérer mais la saison paraît bien compromise du fait de l’annulation des spectacles

Même constat d’annulation pour Olivier Croizier, propriétaire avec son épouse du très beau gîte du lavoir à Taulhac : “Toutes les réservations ont été annulées pour les trois mois passés mais aussi pour cet été. La saison, c’est surtout d’avril à fin septembre. Pour nous, c’est zéro chiffre pour le moment, on n'a rien fait pendant trois mois. Heureusement, nous, on travaille chacun de notre côté mais cet argent permet de payer les charges et d'amortir les travaux. Bien entendu, il y a des à-valoir pour les clients Gîtes de France, mais cela revient à refuser d’autres clients que nous ne pourrons pas accueillir la saison prochaine. Ce qui est perdu est perdu".
Il poursuit : “il y a quand même peu d’espoir pour cette année que cela reprenne même si on a quelques coups de fil car toutes les animations qui attirent les touristes ont été, elles-aussi annulées. Pas de festival, pas de spectacles, pas de fêtes de village..."

> En revanche, Puy de lumières est maintenu et élargi à l'Hôtel-Dieu

"Les gens sont dans l’expectative, on attend le 2 juin"

A Saint-Julien Chapteuil, Bruno Izoulet, apiculteur, possède un gîte classé et utilise le service réservations des Gîtes de France. Pas de chiffre non plus alors que son activité démarre en général pour les vacances de Pâques. Toutes les réservations ont été annulées. “En plus, avec la limite des 100 km, cela restreint quand même beaucoup les possibilités de clientèle, étrangère bien sûr mais aussi française. Nous louons aussi en direct et ce week-end, des habitués de la région lyonnaise sont venus passés trois jours, profitant d'être dans la limite du périmètre autorisé”.
Il essaye malgré tout de tempérer ce constat : “On dirait que ça semble reprendre un peu. D’après les appels que nous avons eus ces derniers jours, on sent que les gens sont dans l’expectative, ils ne savent pas s’ils auront des congés et ce que sera leur été. On a le sentiment que tout le monde est en attente des déclarations du premier ministre ce jeudi à 17h et de ce qui sera annoncé pour le 2 juin”.

Un risque que des hébergeurs jettent l’éponge dans les années futures

La caractéristique des accueillants en gîte de Haute-Loire est que pour plus de 90%, la location de gîte ou de meublés est une activité annexe. Une mauvaise saison, ou même deux, c’est un manque à gagner mais ce n’est pas une catastrophe car ces gens ont d’autres sources de revenus.
Thierry Grumelart explicite cette sociologie des propriétaires de gîtes en Haute-Loire : “Actuellement il y a 470 adhérents dans notre réseau de Haute-Loire. Ces adhérents sont pour une bonne part des retraités ou des personnes qui ne travaillent qu’en complément d’une activité principale et qui entretiennent leur maison et financent des travaux grâce aux revenus et aux aides qu’ils ont obtenus en montant des dossiers de subventions. Ma crainte n’est pas pour cette année mais pour les suivantes. Il est possible qu’une partie d'entre eux arrêtent leur activité dans les années futures soit par mauvais résultats, soit du fait des contraintes sanitaires drastiques”.

Le plateau Cévenol  pourrait tirer son épingle du jeu de par son histoire et la fidélité des vacanciers

Odile Fachin n'ouvre son gîte, situé près du Chambon-sur-Lignon, que quelques semaines par an et le réserve de préférence aux locations de deux à trois semaines au minimum. “Avec l’âge, la contrainte du ménage de la maison entre chaque arrivée-départ est de moins en moins agréable. Alors avec le Covid, ça ne va pas s’arranger pour moi", plaisante-t-elle dans un éclat de rire.
Pour elle, qui n’est donc qu’une accueillante très occasionnelle, la saison ne sera sans doute pas formidable. Mais elle remarque que, sur le plateau, les clients sont souvent originaires de la région lyonnaise ou parisienne, souvent aussi des gens de religion protestante et clients de longue date, souvent aussi par une sorte de tradition familiale. Ceux-ci sont des fidèles qui reviendront d'autant plus facilement qu'ils ont, en quelque sorte, de quoi se rassurer. Ils connaissent déjà les lieux, les propriétaires et le faible impact de l'épidémie.

La Haute-Loire devra jouer sa carte verte et ses grands espaces grâce à un maillage de gîtes et meublés de caractère comme vers La Chaise-Dieu

A Allègre, par exemple, le gîte L’Alberga est tenu par un couple en retraite active venu s'installer définitivement là depuis la Belgique. Pour eux, absolument aucune location encore et aucune réservation pour l'été. C’est la première fois depuis leur inscription au service de réservation Gîtes de France et l'ouverture de leur hébergement il y a cinq ans. Mais André Louppe relativise l'impact financier : “Pour nous, la location c’est un peu pour financer la restauration de notre belle maison médiévale au centre d'un village en pleine renaissance. C’est aussi surtout l’occasion de faire des rencontres. Mon épouse et moi, nous aimons le contact et les rencontres que nous faisons en accueillant des touristes dans notre gîte.  Nos visiteurs (ce sont surtout des gens de Bretagne et de Normandie) sont sidérés en arrivant. Ils n'imaginaient pas, nous disent ils immanquablement en arrivant, la beauté des paysages de cette région. Comme je suis aussi passionné de patrimoine et d’histoire ainsi que guide bénévole, mon plaisir c'est de faire partager mes connaissances, découvertes et ma curiosité pour ce pays incroyablement méconnu.

Il n'y a sans doute pas de meilleure conclusion possible pour définir l'accueil en gîte en Haute-Loire qui est donc tout sauf "commercial". Les locations ont souffert d’un arrêt complet depuis trois mois et le redémarrage semble encore écrit en pointillé. Un espoir naît cependant avec la tendance ascendante pour des vacances vertes cet été puis peut-être les suivants.

T.C.

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img_journalistePD le 28 mai 2020 - 17h10
L'information relative au fond de solidarité Covid-19 est fausse. Pour prétendre aux 1500€, il faut répondre à plusieurs critères. Toutes les micro-entreprises ne peuvent obtenir cette aide. Elles sont très minoritaire. En conséquenc, STOP avec les annonces gouvermentales.

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img_journalisteM le 28 mai 2020 - 06h40
la preuve s'il en était besoin que tout miser sur le tourisme comme le font nos élus a atteint ses limites un virus et patatras tout s'écroule

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