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Plan d'urgence pour l'hôpital public : les mesures sont-elles à la hauteur des attentes ?

Date : 20/11/2019 | Mise à jour : 21/11/2019 06:50
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Après huit mois de mobilisation des agents hospitaliers, le gouvernement a annoncé ce mercredi 20 novembre 2019, les différentes mesures de son "plan d'urgence et de soutien à l'hôpital public". Sont-elles suffisantes pour mettre fin à la crise dans les hôpitaux publics ? Réponse d'Amandine Rabeyrin, de la CGT Emile Roux.

Selon le Premier ministre, Edouard Philippe et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ces mesures permettraient de répondre à trois objectifs : restaurer l'attractivité de l'hôpital en redonnant l'envie de s'engager à l'hôpital public, déverrouiller le fonctionnement des hôpitaux en faisant confiance aux responsables de terrain et en facilitant la prise de décisions et enfin dégager des moyens supplémentaires immédiatement par une augmentation des budgets et dans la durée avec un allégement significatif de la dette des hôpitaux. "Nous les (les personnels hospitaliers, NLDR) avons entendus, a affirmé le Premier ministre lors de la conférence de presse organisée au ministère de la Santé. [...] Nous voulons agir et être à la hauteur de leurs attentes. Nous avons entendu leur colère, leur épuisement, leur désarroi et c'est pour y répondre que nous avons préparé avec Madame la ministre, ce plan d'urgence. [...] Nous allons débloquer dans les prochains jours l'intégralité des sommes mises en réserve au début de cette année afin qu'elles soient versées aux hôpitaux, il s'agit de 400 millions d'euros."

"Restaurer l'attractivité de l'hôpital"

Pour répondre au besoin de "reconnaissance sociale et matérielle à la hauteur de l'engagement au quotidien des personnels", la ministre de la Santé a annoncé plusieurs mesures "immédiates" dont la revalorisation de la prime d'engagement dans la carrière hospitalière des médecins comme des paramédicaux, l'évolution des conditions permettant de bénéficier de la prime territoriale pour les médecins, ainsi que l'attribution d'une prime annuelle de 800€ par an aux 40 000 infirmiers et aides soignants de Paris et de la petite couronne qui gagnent moins de 1 900€ par mois. "Mieux reconnaître les efforts de chacun, nous le ferons en donnant aux hôpitaux des enveloppes financières à leur main pour reconnaître selon des critères qu'ils auront eux-mêmes définis l'engagement et l'investissement des personnels", a assuré Agnès Buzyn. Cela représentera une prime annuelle d'environ 300€, le montant pourra varier en fonction des établissements. Cette prime pourrait concerner jusqu'à 600 000 professionnels. Enfin les personnels en gériatrie pourront bénéficier dès 2020 d'une prime de 100€ net par mois.

"Déverrouiller le fonctionnement des hôpitaux"

En abordant ce deuxième volet, la ministre de la Santé a fait entendre sa volonté de "renforcer la place du médecin dans la décision au niveau de la commission médicale de l’établissement et au niveau des services en renforçant le rôle de chef de pôle ou de service." Le développement des protocoles de coopération -- c'est-à-dire le transfert d'activités ou actes de soins d'un profesionnel de santé à un autre, de titre ou de formation différents -- est également un des points défendus par le gouvernement : "c'est à la fois un enjeu de meilleure organisation, de libération de temps médical mais aussi un enjeu de reconnaissance pour les professionnels concernés" qui recevront une rémunération supplémentaire de 100€ brut par mois. "Par ailleurs, il faut soumettre les modalités de recrutement à un choc de simplification pour accélerer ces recrutements." Enfin, Agnès Buzyn a également annoncé un renforcement des contrôles sur l'intérim médical. "Dans certains cas, on se trouve face à de véritables mercenaires et ce n'est plus acceptable", a-t-elle commenté.

"Dégager des moyens supplémentaires"

Le Premier ministre a repris la parole pour annoncer des mesures concernant "l'investissement dans l'hôpital". "Nous allons augmenter le budget de l’assurance maladie d’1,5 milliard d’euros sur les trois prochaines années pour le secteur hospitalier. Sur ce 1,5 milliard des trois prochaines années, il y aura 300 millions en plus dès 2020. Ces sommes viennent en plus de la trajectoire budgétaire prévue par le gouvernement, cette augmentation sera donc proposée et je l’espère adoptée dès la semaine prochaine dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale." En parallèle, sur les trois prochaines années, 150 millions d'euros par an seront dédiés à l'investissement courant dans les hôpitaux. Enfin sera lancé "dès 2020 un programme massif de reprise de dette de 10 milliards d’euros sur trois ans. Ce qui permettra de restaurer l’équilibre des établissements. Une loi sera présentée au premier semestre 2020 en même temps que la loi de programmation des finances publiques."

>> A lire : Un mot d'ordre : ne pas laisser mourir l'hôpital public (vidéo)

Toutes ces mesures sont-elles à la hauteur des attentes ?

Ce "plan d'urgence pour l'hôpital" est, selon Amandine Rabeyrin, secrétaire CGT Santé de l'hôpital Emile Roux au Puy, "une tentative d'apaisement" avant le 5 décembre, jour de mobilisation interprofessionnelle nationale lancée par plusieurs syndicats contre la réforme des retraites. Une tentative qui, et toujours selon la représentante syndicale, a échoué. "On est franchement en colère, et je pense que les personnels vont l'être aussi. Ces annonces ne répondent pas du tout aux revendications qui avaient été posées." L'une d'entre elles et peut-être la principale, porte sur la revalorisation des salaires de 300€ pour tous les personnels hospitaliers. "Aujourd'hui on nous annonce des primes. On nous parle d'une prime de 300€ dont pourraient bénéficier -- on sent que ça va être conditionné à certaines choses --, 600 000 professionnels, mais il faut savoir que dans la fonction publique hospitalière, on est plus d'un million d'agents." Amandine Rabeyrin rappelle par ailleurs la problématique des primes dénonçant une provocation de la part du gouvernement : "Aujourd'hui, l'hôpital souffre d'un manque de financement de la Sécurité sociale dont le financement est basé en grande partie sur les cotisations sociales. Or, on ne cotise pas sur des primes. Donc quand on fait le choix de donner des primes plutôt que d'augmenter les salaires, on fait le choix d'affaiblir la Sécurité sociale."

Reprise de la dette des hôpitaux : "on annonce 10 milliards sur trois ans, alors qu'elle s'élève à 33 milliards."

Quant à la reprise de la dette des hôpitaux annoncée par le Premier ministre, la secrétaire CGT Santé de l'hôpital Emile Roux du Puy-en-Velay réagit : "on annonce 10 milliards sur trois ans, alors que la dette s'élève à 33 milliards. Ça va peut-être laisser un peu de marge à certains établissements pour refaire un peu d'investissement, mais ça ne va certainement pas permettre des créations de postes qui à la fois répondraient aux besoins d'amélioration des conditions de travail mais aussi à l'amélioration de la prise en charge des patients."
Le gouvernement avait également annoncé de revoir l'objectif national des dépenses d'assurance maladie. Sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui a été adopté en première lecture, "il l'avait fixé en augmentation de 2,3%. Là, il propose 2,45%, alors que nous l'avons estimé pour un fonctionnement normal à 5%. Ça correspond encore à un plan d'économie de plusieurs milliards d'euros pour les hôpitaux. [...] Et puis, le gouvernement ne revient pas sur la Loi Santé, ni sur la nécessité de rouvrir des lits d'hospitalisation qui est aussi à l'origine de l'engorgement des services des urgences et les difficultés qu'on peut rencontrer sur les prises en charge."

>> A lire aussi : les hospitaliers et les pompiers rejoignent les urgences et le Samu

Enfin sur les sommes annoncées, la représentante syndicale tient à remettre les choses dans leur contexte. "On nous parle de 300 millions par-ci, de 150 millions par-là, d'1,5 milliard. Mais le budget hospitalier, c'est 80 milliards. 1,5 milliard d'euros, ça peut paraître pour la population une somme conséquente, un geste fort, mais par rapport aux 80 milliards, on voit bien que c'est dérisoire." Le rendez-vous est donc confirmé pour le 5  décembre et Amandine Rabeyrin encourage les personnels à rester mobilisés : "il ne faut pas qu'ils se découragent, la mobilisation a obligé le gouvernement à annoncer des mesures pour essayer de calmer les choses. Maintenant, il va falloir amplifier le mouvement pour que ces mesures correspondent à nos revendications."

Stéphanie Marin





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img_journalisteR le 24 novembre 2019 - 16h10
Il n'y a pas que la CGT. Que voulez dire par un autre temps ? Les syndicats "réformistes" vont effectivement nous ramener vers un autre temps : le temps d'avant. Les patrons et actionnaires ne demandent pas mieux.

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img_journalisteM le 23 novembre 2019 - 16h45
les entreprises gréent globalement des emplois alors que la CGT licencie dans ses propres srtuctures heureusement que l'état est là sinon la SNCF aurait déjà déposé son bilan on est pas prêt d'aller vers le transport ferroviaire des camions comment des entreprises pourraient faire confiance à une structure gangrenée par des syndicats d'un autre temps

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img_journalisteR le 22 novembre 2019 - 06h11
La CGT et les fonctionnaires, c'est encore de leur faute. Et les aides aux entreprises, ce n'est pas de la subvention ? Rejoignez le public si vous êtes malheureux dans le privé.

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