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Les collèges ruraux préparent leur défense

Date : 04/06/2019 | Mise à jour : 05/06/2019 07:27
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En Haute-Loire, trois collèges ruraux comptant moins de 100 élèves, sont visés par une mesure nationale qui consistera à regrouper ponctuellement des niveaux, dès la rentrée prochaine.

Cette mesure nationale est vécue "comme une attaque frontale de l'Education nationale" par le collectif des collèges ruraux fondé en janvier 2018 et les équipes pédagogiques des collèges dits petits, comptant moins de 100 élèves. "Plusieurs petits collèges qui fonctionnaient avec quatre classes et une dotation de base de 29 heures de cours pour chaque classe ont reçu pour la rentrée une dotation pour seulement trois classes, ajustée par des heures complémentaires", affirme le collectif. En Haute-Loire, trois collèges sont visés par cette mesure : Saugues, Blesle et La Chaise-Dieu.

Jordi Cassan est professeur au collège Joachim Barrande à Saugues et membre de la CGT Educ'Action. Dans son établissement qui compte 64 élèves répartis dans quatre classes (soit une classe par niveau), si la mesure est conservée et appliquée dès septembre 2019, cela entrainerait la suppression de l'aide pédagogique. "On va également devoir mélanger des classes pour certains cours. C'est-à-dire qu'on va regrouper des 6e et des 5e, des 5e et des 4e etc, dans certaines matières."

Les effectifs au coeur des débats

Pourquoi une telle mesure ? "L’argument est étrange. Ce qu’ils ne veulent pas dire c’est qu'il s'agit d'un argument économique de suppression de postes. Dans un premier temps, on nous a parlé des effectifs. On nous a dit, vous perdez des effectifs donc on vous enlève des heures. Mais c’est faux. En prenant l’exemple de Saugues, nous allons nous retrouver avec des effectifs stables. On dit que nos élèves sont privilégiés parce qu'ils sont peu nombreux. Mais il faut aussi prendre en compte qu'ils sont éloignés de tout et notamment du cinéma, des musées, des théâtres etc", rapporte Jordi Cassan qui a participé à plusieurs rencontres au Rectorat de Clermont-Ferrand et à l'Inspection académique à Vals.

Les conséquences sur les élèves, les équipes pédagogiques et les collèges

Les élèves et leurs conditions d'apprentissage en subiraient les conséquences, de même que les équipes pédagogiques qui, pour compenser la perte d'heures -- 8h30 pour Saugues -- devront jongler avec plusieurs collèges. "Dans ces petits établissements, les professeurs font à peu près tout, tous les projets tournent autour de ces personnes. Moins vous avez de personnes à temps plein, moins vous avez de projets qui se montent." In fine, ce serait l'attractivité du collège qui en pâtirait. "On nous demande d'être attractifs. A Saugues, nous avons une offre maximale : une section jeunes sapeurs-pompiers, une section équitation, un club de lecture et un potager pédagogique. Nous avons un internat. En deux ans, nous avons organisé des voyages en Angleterre, en Italie, en Espagne et en Allemagne. On nous félicite de tout cela mais on nous enlève les moyens de le réaliser", commente Jordi Cassan. Et d'ajouter : "La grande question est : la stratégie visée est-elle une stratégie de fermeture de ces établissements ?"


(Le mardi 29 mai, à l'Assemblée nationale. Photo DR/)


Création d'un réseau national des petits collèges ruraux

Mardi dernier, à l'initiative du sénateur du Cantal, Bernard Delcros (centriste) et du député du Puy-de-Dôme, André Chassaigne (PCF), professeurs et parents d'élèves se sont réunis à l'Assemblée nationale pour discuter de cette mesure et préparer leur ligne de défense en présence de parlementaires auvergnats dont Jean-Pierre Vigier (retrouvez en fin d'article la réaction du député LR de la Haute-Loire). Pour la forme, il a été proposé de constituer un réseau national des petits collèges ruraux "qui pourrait se structurer en association de façon à avoir plus de lisibilité, de légitimité et à organiser plus facilement les prochaines rencontres", expliquait Bernard Delcros lors de sa prise de parole. Proposition validée. Pour le fond, les parlementaires se sont engagés à interpeller le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, avant la deuxième quinzaine de juin.

La réponse de Benoît Verschaeve, secrétaire général de l'académie de Clermont-Ferrand

"Il n'y a pas de regroupement de niveaux. Il y aura bien les niveaux de 6e, de 5e, de 4e et de 3e. Seulement par moment, ces élèves seront regroupés mais les heures de niveau unique seront plus importantes. Il s'agit d'un regroupement d'une vingtaine d'élèves. Dans un collège moyen, on considère qu'à chaque fois qu'on a 18 élèves on met un prof, 36 élèves deux profs. Pour un collège en zone d'éducation prioritaire, avec des élèves en situation difficile, on est, en moyenne, à un prof pour 12 à 13 élèves. Là, dans ces établissements de moins de 100 élèves, on peut avoir un prof pour huit à neuf élèves ! On n'abandonne pas ces élèves, on les accompagne avec des dispositifs particuliers. Par exemple pour la Haute-Loire, on travaille avec le Festival de la Chaise-Dieu. L'offre d'enseignement est conforme au programme."

En ce qui concerne les professeurs cette fois, le secrétaire général de l'académie de Clermont-Ferrand affirme que "chaque situation humaine a été suivie de près. C'est possible qu'il y ait quelques heures qui soient déplacées dans d'autres collèges, comme à chaque rentrée finalement. Mais on est vraiment sur la volonté de maintenir une offre de qualité. Les collèges sont là, on met les moyens, on développe des propositions de sorties culturelles." Et d'assurer : "Avec tous les collèges et tous les lycées, nous continuons les échanges jusqu'à la rentrée car il peut y avoir des changements dans les effectifs, des ajustements."  

Stéphanie Marin


La réaction de Jean-Pierre Vigier

"Ils (professeurs et parents d'élèves, Ndlr) ont pu exposer leurs craintes quant à l’avenir de nos établissements scolaires en milieu rural. Ceux-ci sont pourtant indispensables dans nos territoires : ils irriguent des bassins de vie entiers et participent à l’attractivité de nos départements, en incitant des familles à venir s’installer durablement. Surtout, ces établissements assurent à nos jeunes une formation de proximité et de qualité.
Dans ce contexte marqué par une grande incertitude concernant les intentions du Gouvernement, les élus présents à cette réunion, de tous les bords politiques, vont mener ensemble une initiative visant à placer ce sujet au cœur du débat public et médiatique et formuler des propositions fortes afin de sécuriser l’avenir de nos établissements scolaires. Surtout, à travers cette organisation nationale, il s’agira de peser sur les décisions du Gouvernement afin que ce dernier prenne véritablement compte des besoins spécifiques de nos territoires."

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img_journalisteNG le 5 juin 2019 - 14h04
On ne crée pas des citoyens ouverts et responsables en laissant des ados à 15 par classe et en les assistant de 6h du matin à 23h00 pour justifier des postes de surveillants et pour remplir des emplois du temps de professeurs. Pour avoir été dans ce type de collège "familiaux" je peux vous dire qu'ils ne font que le bonheur des parents qui ne veulent pas couper le cordon. Une étude sur ce qu'il advient de ces collégiens au lycée ou dans le supérieur montrerait qu'ils en bavent ....

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img_journalistea le 4 juin 2019 - 21h55
Cette catégorie de fonctionnaires est toujours contre tout !! À partir du moment que l'on change ou l'on voudrait changer leurs petites habitudes, ils râlent ...les enfants ils s'en balancent !! quand au député présent sur la photo, faut bien qu'il fasse acte de présence histoire que l'on parle un peu de lui déjà que son parti est en train de tomber sans les oubliettes et son chef avec....QUELS COMIQUES...!!

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img_journalisteJG le 4 juin 2019 - 20h34
Monsieur VIGIER lorsqu''il gouvernait avec ses amis SARKO et FILLON a voté avec enthousiasme les réductions de militaires, de gendarmes, de policiers, de professeurs, y compris dans nos territoires. Il ferait mieux de se taire. Regrouper des élèves de collèges voisins quand les classes sont de 8 à 13 élèves ce n'est que du bon sens. D'autant que les professeurs enseignent déjà sur deux établissements et que ces établissements travaillent déjà en commun

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