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Compostelle : la reprise est là et elle est palpable

Date : 21/06/2020 | Mise à jour : 22/06/2020 10:07
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Depuis quelques jours, on sent que les marcheurs du Saint-Jacques sont de retour au Puy. Afin de vérifier ce ressenti, il n’y a pas meilleur site que celui de la cathédrale à l’heure (matinale) de la bénédiction des Jacquaires.

Le retour des marcheurs semble être une réalité tangible depuis quelques jours, spécialement depuis le début de la semaine écoulée. Le flux n’est, bien entendu, pas ce qu’il pourrait être à pareille époque une année habituelle mais on voit que les hébergeurs commencent à lever le rideau entre Le Puy-en-Velay et Saugues.
L’information est confirmée par Nadia, du Café PMU de l’angle de la rue Saint-Jacques : « J’ai vu passer pas mal de marcheurs depuis le début de la semaine, ils sont souvent par groupe de trois ou quatre, quelques-uns se sont mêmes arrêtés boire un verre. Ca repart doucement ».
Les chiffres enregistrés à la cathédrale depuis le dimanche, sans être très importants, montrent eux aussi un redémarrage du pèlerinage « et encore tous ne passent pas par les bancs de la messe », avance un quidam.

> Lire aussi : Après deux mois sans messe, 'la vie reprend !' (24/05/2020)

Ce dimanche 21 juin 2020, jour du solstice d’été, au milieu des participants habituels de l’office, certains dénotent dans leur tenue de sport. Sur le côté de l’allée centrale, de lourds sacs à dos et des toiles de tente appuyés au mur confirment que l’assistance est composée de plusieurs marcheurs. Nous avons fait leur décompte au moment de la traditionnelle bénédiction des marcheurs alors que le père Bernard Planche invite chacun à décliner son prénom et son lieu d’origine "nous faisons nos statistiques nous aussi", confesse-t-il.

Il y a là un couple de Belges francophones, un autre néerlandophone, un couple suisse, un jeune Espagnol qui est intervenu durant la messe en jouant une partition sur le grand orgue. Voilà pour les étrangers.
Côté français, les personnes présentes sont nombreuses. Un groupe vient du pays basque, de nombreuses personnes viennent d’Aquitaine et la plupart des autres familles vient de région parisienne et de Paris.

En tout, ils sont au moins 35 à prendre le départ depuis la cathédrale ce dimanche matin

Pour beaucoup, le point de départ de leur périple n’est pas situé place du plot mais bien à la cathédrale, croyants ou non, pratiquants ou pas.
La plupart va à Conques, mais quelques-uns ont l’ambition d’aller jusqu’à la frontière (Saint-Jean Pied de Port), une minorité a pour objectif Santiago, voire le cap Finistère.
C’est le cas de Louis l’Auvergnat qui est seul ou encore de l’organiste Espagnol qui va cheminer avec deux compagnons. Ceux-là sont très croyants mais pour la grande majorité des membres présents, la messe est un point de départ symbolique.

Les motivations sont diverses

C’est en tous cas ce que confirme Nathalie : « Je suis  catholique de naissance mais pas spécialement pratiquante, mes parents l'étaient. Je suis un peu là pour eux aussi. C’est une amie musulmane qui a fait une partie du chemin qui m’a dit de commencer par l’office. J’ai suivi son conseil. Je ne le regrette pas parce que j’ai été envahie par une véritable émotion au moment de la bénédiction ».

Joseph et France sont, quant à eux, au pied des marches de la cathédrale à 8h30. « Lui, est Ponot d’origine, elle, vient du département voisin de La Loire ; ils ont dû décaler leur voyage du fait du Covid et ce jour, c’est pour eux le bon moment pour partir en sécurité ». Ils ont prévu de marcher jusqu’à Conques en onze jours. Ils seront sans doute les premiers à s’élancer ce matin-là sur le chemin en route pour Saint-Privat d’Allier.
Il y a encore une famille avec trois jeunes enfants 7 à 10 ans. Ils pensent aller jusqu’à Aumont-Aubrac pour commencer.

Une somme d’histoires personnelles

Au dernier moment arrive une retardataire. Elle porte un gros sac à dos et ne veut pas assister à la bénédiction mais elle a voulu symboliquement démarrer ici. « Je me suis décidée en dernière minute ; le projet de marcher n’est pas complétement défini, je n'ai pas d’objectif précis. Ça s’est décidé d’un coup », partage la Toulousaine qui lance : « je vais prendre les jours les uns après les autres ». La jeune femme d'une vingtaine d'années n’a fait aucune réservation mais au vu du nombre de personnes sur le départ, elle comprend que ce serait plus prudent : « De toute façon, j'ai une tente et je dormirai à la belle étoile s’il le faut ».

Comme elle, Nathalie, vice-présidente de l’Université de Nanterre, avait prévu de partir à l’aventure sans trop planifier les étapes mais elle s’est finalement résolue à réserver quand même les logements de la première semaine. Elle est professeure de mathématiques : on ne se refait pas. « Pour moi, marcher, c’était ça, ne pas programmer, avancer, réfléchir, se retrouver, faire un point, trouver un nouveau chemin. C’est comme ça que j’envisageais le voyage, une sorte d’aventure. Je me suis finalement résolue à être plus prudente. Je devais partir en avril et puis il y a eu la Covid, mon mandat s’en est trouvé prolongé, je n’ai été remplacée que ces jours-ci, alors je n’irai que jusqu’à la frontière. Le temps perdu ne se rattrape pas. Pour le moment, J’ai bien envie de marcher toute seule pendant quelques jours au moins ».
Il est presque 8h30, la quarantaine de personnes se met en marche en ordre dispersé après avoir fait tamponner les crédenciales par les deux sœurs catholiques « qui sont là pour ça » précise le recteur de la cathédrale qui vient en même temps de montrer le sens du chemin par le grand escalier central.
A l’exception de ceux qui vont aller jusqu’au bout et qui ont moins de 30 ans, la plupart des personnes sont d’un âge certain. Ils sont préparés, affutés et bronzés, c’est manifeste. Les sacs et les chaussures semblent neufs ; ils sont assez gros.

Au fil des rues, on rencontre encore d’autres marcheurs ; tout le monde ne va pas à la messe

Les magasins de la rue Saint-Jacques exposent des bâtons, des coquilles ou des imperméables ; c’est un autre signe tangible de ce redémarrage.
Combien seront-ils ce soir à Montbonnet ou à Saint-Privat ? Sans doute plus de 50, peut-être 60. C’est un début. Il manquera, c'est entendu, les marcheurs des autres continents.
Le GR 65 était sur pause comme tout le reste de la société. Le redémarrage se fait en douceur car les gens ont dû se réorganiser pour reporter leur départ, comme l'expliquent Joseph et France qui ont dû rappeler tous leurs hébergeurs pour s’assurer des nouvelles disponibilités.

T.C.







 
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