RN 88 : Les opposants n’ont pas dit leur dernier mot

dim 20/12/2020 - 06:30 , Mise à jour le 20/12/2020 à 06:30

Le temps fort de la nouvelle action du collectif "La Lutte des Sucs" a été l'installation de barrages symboliques en bottes de foin de part et d'autre du village du Pertuis.

Samedi 19 décembre 2020, le collectif contre la destruction du pays des sucs a su mobiliser un peu plus d'une centaine de militants pour rappeler que les jeux ne sont pas encore faits et qu'il y a encore une opposition forte au projet dispendieux de doublement de la nationale 88.
Rendez-vous avait été donné dans le village du Pertuis pour un pique-nique suivi de prises de paroles par ceux qui ont mené par le passé des combats identiques. Il y avait aussi de la musique et des animations pour les enfants.

Vers 15 heures, un barrage de paille a coupé la circulation dans des conditions de sécurité impeccables du fait de la bonne préparation de l'action avec les autorités. Une déviation a alors été organisée,  à la va-vite, par la gendarmerie, de part et d'autres du petit village afin d'éviter une coupure nette de la circulation.

Parmi les automobilistes concernés, on a noté beaucoup de gestes de soutien et assez peu de gestes d'énervements.
A 15 h 50, la route retrouvait son usage normal.

Voilà pour les faits. Si on s'intéresse un peu plus au fond, il faut citer Mélanie qui ne comprend pas de quoi il est question quand on parle de démocratie en France.

On veut détruire le rêve de mes enfants

"Elle est où la démocratie quand on ne discute même pas avec les propriétaires agricoles concernés par la destruction de plus de 140 ha de terre arable" demande-t-elle ? "Elle est où la démocratie, quand dans les conseils municipaux, on demande aux conseillers de voter à main levée pour le projet afin de faire taire toute velléité de différence ?".poursuit-elle .

"On me dit que je parle trop haut mais c'est la survie de notre exploitation qui est en jeu, c'est la préservation de nos terres et en plus, on ne nous a proposé aucune alternative. Mes enfants sont encore jeunes mais, ils vivent à la ferme. Eux pour Noël, ils ne demandent pas de PS5 mais des tracteurs à pédales. C'est aussi leurs rêves et leur avenir qu'on raye comme ça d'un trait de plume! Et puis cette terre, elle est précieuse".

Un message fort : "On ne défend pas la nature, On est la nature qui se défend"

On est la nature qui se défend Photo par Thierry Chabanon

Parmi les opposants qui semblent plus nombreux que lors des mobilisations précédentes, il n'y a pas que des agriculteurs, ni même que des gens du terroir.
Le slogan qui est affiché sur la scène improvisée sur une vieille remorque résume assez bien le message des sympathisants "On ne défend pas la nature c'est la nature qui se défend". Il est question d'avenir et de politique environnementale et de réchauffeemnt climatique.
Une personne est visée même si peu citée directement, celle de Laurent Wauquiez qui vient justement d'être épinglé par plusieurs organismes comme le président de région ayant le souci écologique en moindre priorité. En tout cas après celui du développement économique.
Pour les opposants présents, c'est aller contre le cours du temps que de faire des projets comme celui qui est proposé.

C'est un projet d'un autre temps.

Un automobiliste s'est arrêté pour venir discuter avec les gens et comprendre par lui-même de quoi il est question.
"Je considère Laurent Wauquiez comme une personne intelligente et qui possède de très grandes qualités" Commence-t-il. "On peut dire que je suis un de ses soutiens mais, vous, vous me dites que dans ce projet ce sont des hectares de terrains qui vont disparaître. Alors là, si c'est vrai, je ne le suis plus. La terre revêt trop d'importance pour qu'on en tienne si peu compte".

Des travaux qui vont conduire à déplacer des millions de mètres cube et vont nuire au bien-être des villages pendant de longs mois, voire des années.

C'est une des remarques que souhaite mettre en avant, une des organisatrices. "Mon mari a fait un décompte" dit-elle," le volume de terre qu'il va falloir déplacer, et encore, en ne comptant que la terre est pharaonique. Cela représente plusieurs dizaines de camions par jour pendant des semaines et des semaines. Les gens du village qui sont pour la déviation n'ont pas l'air de se rendre compte de l'ampleur des travaux dont il est question".
"C'est vrai" reprend une jeune femme qui achète un tee-shirt de soutien. "Je travaille ici depuis un peu plus d'un an et, ce sujet, on dirait qu'il est tabou. Il ne faut pas en parler. C'est étrange, car ça ne peut pas laisser les gens indifférents quand même."

Le T-Shirt de soutien Photo par Th Chabanon

Le message du jour : le combat n'est pas terminé

C'est le message que sont venus faire passer les personnes qui se sont exprimées pendant le pique-nique. Elles ont tenu à rappeler qu'il y a des précédents et que la lutte n'est jamais perdue tant que les gens sont là pour occuper le terrain.
On pense aux nombreuses ZAD (Zones d'aménagement différées devenues dans le langage courant des Zones à défendre) qui ont émaillé la vie politique française depuis quelques années. On pense bien entendu au combat contre le barrage Serre de la Fare dont il est question dans plusieurs conversations cet après-midi.
D'ailleurs, à notre arrivée, la placette du Pertuis avait quelque chose de cette ambiance de ZAD avec un public de tous âges et son ambiance festive.

Le pertuis route coupée le 19 décembre Photo par Thierry Chabanon

 

Dans un coin, une artiste qu'on appellera Malou propose un atelier d'écriture et une grande fresque que des enfants s'appliquent à colorier sans déborder. L'œuvre a de la gueule.

Oeuvre de malou et des enfants Photo par Thierry Chabanon

Le combat n'est peut être pas terminé puisque les terres qui devront être utilisées par le nouveau tracé ne sont pas encore complètement achetées. Il semblerait aussi que de nouvelles acquisitions soient nécessaires pour parvenir à concrétiser la réalité du tracé.

Une opposante extérieure au village possède un de ces terrains. Elle ne souhaite pas vendre. Elle a reçu un courrier dans lequel on lui dit qu'elle n'a pas le choix et on la menace du tribunal.

C'est un peu dur, mais aussi c'est peut-être un signe de fébrilité

T.C.

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