Dans un monde sans odeurs ni saveurs

Par Macéo Cartal mar 23/02/2021 - 10:00 , Mise à jour le 23/02/2021 à 10:00

Ces Altiligériens ont perdu le goût et l’odorat suite au Covid-19. Certains ne les ont toujours pas retrouvés depuis plusieurs mois. D'autres ont repris leur sens mais après de longues semaines. Les témoignages de Marianne, Leïla et David mettent en lumière les conséquences de ces symptômes de prime abord inoffensifs.

Voici un an que le coronavirus circule de manière active sur le territoire français. Aujourd’hui, nous connaissons presque tous les symptômes principaux de cette maladie comme la perte du goût et de l’odorat. Symptômes sans gravité sanitaire. Mais les conséquences d’une vie sans odeurs ni saveurs peuvent toutefois s’avérer gênantes dans le meilleur des cas, voire complètement handicapantes.

Une prise en compte dans les petits gestes du quotidien

Notre cerveau nous joue des tours

On ne remarque pas immédiatement la perte de goût en raison de la mémoire olfactive et gustative. En effet, notre cerveau, par habitude, va en quelque sorte imaginer le goût des aliments que nous voyons. « Quelquefois, ma mémoire m’a joué des tours en pensant que je retrouvais le goût. Mais une fois les yeux fermés ou bandés, je ne ressens absolument rien », indique David, 19 ans et résidant à Rosières.

Sur la totalité des cas Covid en France, plusieurs études ont estimé qu’entre 46 et 86 % des patients souffraient de troubles olfactifs et gustatifs. Ces derniers ont une durée très variable qui peut aller de seulement quelques jours à plusieurs mois. Cette perte est aussi difficile à déceler que la gêne occasionnée lors d’une perte de courte durée est anecdotique. Mais quand celle-ci dure dans le temps, les conséquences, notamment psychologiques, peuvent devenir lourdes à supporter. Les personnes souffrant d’anosmie et d’agueusie suite au virus ne remarque ce changement que lorsque elles sont amenées à utiliser ces sens. C’est le cas de Marianne, 48 ans, résidant à Saint-Julien-Chapteuil, qui s’en est rendu compte alors qu’elle préparait des pizzas à son domicile. « Mon fils m’a fait remarquer que ça sentait le brûlé, et en effet je me suis rendu compte que je ne sentais pas l’odeur des pizzas et encore moins celle du brûlé », confie-t-elle.

Une vigilance à accroître

Cette perte de ces sens, que l’on a tendance à minimiser jusqu’au jour où ils nous manquent, oblige d’aborder le quotidien d’une façon un peu différente. Premièrement, un domaine qui est irrémédiablement touché est celui de la cuisine. Forcément, quand nous n’avons plus le goût ni l’odorat, difficile de bien doser les assaisonnements. « Je suis obligé à chaque fois de demander à mon mari de goûter pour être sûre de tout ce que je fais », indique Leïla, 32 ans et habitant au Puy-en-Velay. Ensuite, comme pour Marianne, il lui est plus compliqué de savoir si un plat brûle. Une mésaventure dont se rappelle en riant Leïla, à qui la mésaventure est arrivée « plus d’une fois ».

Un sens qui joue sur le moral

Outre le besoin de rester plus vigilant sur les risques à ne pas sentir un danger (plat qui brûle, fuite de gaz ou incendie), les quelques études menées sur le sujet ont montré que près d’un tiers des personnes dysosmiques présentent des symptômes dépressifs et se voient plus isolées socialement. Ici, nos trois témoins disent ne pas en être arrivé là. Cependant, David admet que dans certaines situations, il est quelque peu attristé de ne pas avoir de goût. « Quand mon frère fait des tacos à la maison, c’est souvent un bon moment familial, on garnit notre tacos comme on le souhaite pour qu’il soit le meilleur possible et on prend plaisir à le faire et à le manger. C’est vrai que quand j’entends les autres dire que leur tacos est bon et qu’ils se régalent, je me sens un peu tout seul à ne pas vraiment profiter », déplore-t-il. « Quand je vois mon mari se régaler sur des aliments que j’aime à la base, bien sûr je me dis que j’aimerais bien profiter également », corrobore Leïla.

« Plus rien n’est bon », Leïla

Cependant, alors que certains ont une perte « classique » du goût et de l’odorat, d’autres relèvent la présence de « goûts fantômes » qui semblent être la plupart du temps désagréables. « J’ai eu cette sorte de goût fantôme pendant environ trois jours, aux alentours du jour de l’an. C’est un goût indescriptible mais désagréable, presque à en vomir et permanent. Il s’accentuait notamment lorsque je mangeais », renchérit David. C’est également le cas de Leïla qui dit avoir ce problème depuis le début des symptômes. « Non seulement tout a le même goût mais en plus il est vraiment désagréable. Même certaines odeurs un peu forte semblent faire ressortir cet arrière-goût […], c’est vrai que c’est assez dur pour moi. Plus rien n’est bon », se désole-t-elle.

Une manière de consommer différente

Reprise... ou changement de goûts

Chez certains, c’est la reprise du goût qui amène a un changement de consommation alimentaire. C’est le cas de Jeanne, 82 ans, qui après avoir perdu le goût et l’odorat pendant une semaine, a vu ses goûts changer : « Je ressens beaucoup plus les assaisonnements. Autre chose curieuse, moi qui en boit le matin depuis une éternité, je n’aime plus vraiment le café », s’étonne-t-elle.

Inévitablement, cette modification entraîne une façon de manger différente. « Je n’ai pas vraiment changé ma façon de manger. Je sais en général ce que je mange et je sais ce que j’aime donc mes habitudes n’ont pas vraiment changé. Cependant je sale beaucoup moins qu’avant par peur de trop en mettre », indique Marianne. Par contre, pour Leïla, cette perte de goût, en plus du goût résiduel dont elle se plaint, l’amène à moins manger qu’avant. Cependant, elle indique avoir un peu plus tendance à manger des choses qu’elle n’aimait pas auparavant « puisque de toute façon tout a le même goût ».

« Ça commence à faire long »

Marianne a perdu le goût et l’odorat à la fin du mois d’octobre, soit à peu près une petite semaine après avoir été testée positive au coronavirus. Leïla, elle, a contracté ces symptômes au mois de novembre. Quant à David, il a perdu ces deux sens à la mi-octobre mais déclare avoir retrouvé l’odorat et partiellement le goût au début du mois de février. « Je m’en suis rendu compte quand je faisais le plein de gasoil, l’odeur m’a sauté à la figure, indique t-il, à côté j’ai certes retrouvé le goût mais il est encore relativement restreint ».

Cependant, Leïla et Marianne n’ont pas encore eu cette chance. Privées de saveurs et d’odeurs depuis respectivement trois et quatre mois, elles se sont habituées mais commencent à trouver le temps long. « Pour l’instant ça ne me gène pas beaucoup, mais si ça se mettait à durer encore, ça commencerait à faire long », indique Marianne. Pour l’heure, aucun traitement à proprement parler n’est disponible. Les gens qui souffrent de ces maux n’ont d’autres choix que de prendre leur mal en patience. Cependant, de plus en plus d’experts et de médecins préconisent une rééducation olfactive. Certains estiment même que trois à six mois d’entraînement permettrait d’accélérer le processus de reprise des sens.

 

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2 commentaires

pi

mar 23/02/2021 - 18:28

Marianne 48 ans, Leila 32 ans je croyais que cette maladie n'était réservée qu'aux personnes âgées , accrochez vous les ptits jeunes vous êtes pas exemptés

lo

mar 23/02/2021 - 12:07

Si seulement ça pouvait (?) faire réfléchir deux secondes celles et ceux irresponsables qui continuent à croire que tout ce qui touche de près ou de loin les mesures sanitaires, certes contraignantes, que c'est de l'intox et qui ne pensent qu'à leur petit confort, etc.... mais je crains qu 'il faille atteindre qu'ils soient contaminés pour qu'enfin ils changent d'attitude et de comportement envers eux mais surtout envers autrui . Et là c'est pas gagné ! Pfffff...