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Veine verte : Éloge permacole

Date : 18/04/2018 | Mise à jour : 03/07/2018 05:49
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Comme chaque dernier vendredi du mois, dans notre rubrique Veine Verte, nous abordons, de manière engagée, un thème lié à l'environnement qui nous entoure et qui nous est cher, celui de la Haute-Loire.

"Si tu veux être heureux une heure, va boire un verre. Si tu veux être heureux une journée, marie-toi. Si tu veux être heureux toute ta vie, fais un jardin."

Il y a des chances pour que l'auteur de ce proverbe chinois ne songeait pas au jardin moderne, avec ses rangées de légumes au cordeau, ses pulvérisations de pesticides et ses concertos de tondeuses ad nauseam. Il y a fort à parier qu'il faisait plutôt allusion à un type de jardinage inspiré de la nature, et sans doute proche de la permaculture…

La permaculture ? "Un mode d'aménagement écologique du territoire visant à créer des systèmes stables et autosuffisants", nous dit le Robert.

Transposée au potager, elle consiste à s'inspirer des écosystèmes naturels, notamment de l'écosystème forestier, avec ses sols moelleux et aérés. Née dans les années 1970, cette véritable philosophie fait fureur en France depuis une dizaine d'années, et la Haute-Loire n'échappe pas à l'engouement : de Blassac à Beaux en passant par Vissac-Auteyrac, Cussac-sur-Loire ou Monistrol-sur-Loire, on voit fleurir un peu partout chez nous les projets permacoles…

Des nuées d'insectes zonzonnants

Peut-être avez-vous aperçu un de ces potagers au détour d'une flânerie… En été ils paraissent passablement fouillis, avec leurs bottes de paille (pour la culture "en lasagnes"), leurs haies buissonnantes, leurs mares à grenouilles, leurs plantations entremêlées, leurs bosquets d'arbres fruitiers, leurs murets de pierres sèches, leurs nuées d'insectes zonzonnants… Le mot-clé de la permaculture est "diversité". L'idée est de recréer un écosystème le plus foisonnant possible en aiguillant simplement la nature pour qu'elle nous donne le meilleur d'elle-même, comme elle le fait depuis des millions d'années. Le permaculteur n'est jamais en lutte, il accompagne. S'il y a un ravageur, il s'arrange pour faire venir son prédateur… ou lui donne tout simplement à manger, en semant par exemple un peu plus afin que la nature prélève sa juste part dont il ne saurait la priver.

Un des principes de la permaculture est aussi de mélanger et d'associer des plantes compagnes afin qu'elles s'entraident et se protègent les unes les autres : l'ail et la fraise, par exemple. L'arbre et la haie y tiennent également une place de premier choix. Exit la haie de thuyas qui ceinture hermétiquement la maison (le "blockhaus végétal" dénoncé par certains !), place à la haie comestible, mêlant noisetiers, fruitiers et autres essences locales et rustiques, havres de biodiversité.

La terre n'est jamais laissée à nu

Les scientifiques ont démontré par A+B depuis des années qu'une des causes majeures de la dégradation des sols était le labour. En permaculture, on ne retourne donc jamais le sol – tout au plus le décompacte-t-on au besoin – pas plus qu'on ne le piétine. Considéré comme un organisme vivant, il est simplement nourri en déposant à sa surface de la matière organique, des feuilles mortes par exemple. Comme dans la nature, la terre n'est jamais laissée à nu. Ainsi dorloté, le sol s'agrade d'année en année et tous les permaculteurs s'émerveillent de voir la vie grouiller à nouveau sous leurs pieds : il y a là les vers de terre de toutes sortes, bien sûr, mais aussi les moins connus, les nématodes, les carabes et autres collemboles, toute une faune qui transforme la matière organique en nutriments et oxygène le sol en creusant des galeries qui vont permettre à la pluie de pénétrer au plus profond, évitant ainsi tout lessivage et toute érosion.

Le sol étant couvert une bonne partie de l'année par un copieux paillis, la fastidieuse corvée du désherbage se trouve allégée. Sans compter que ce mulch permet également de maintenir l'humidité du sol et réduit ainsi considérablement les besoins en arrosage. Au bout de quelques années, un équilibre se recrée au jardin, dont on prend soin de laisser une partie sauvage afin d'accélérer le retour de la biodiversité (on ne tond presque plus, ou alors le strict nécessaire). Le sol redevenu riche n'a plus besoin d'engrais et les populations de ravageurs sont régulées naturellement par les prédateurs dont on a soigneusement recréé l'habitat : pour la limace, citons le hérisson, la grenouille, le carabe (un gros coléoptère) ou les oiseaux bien sûr.

Retour au jardinage intensif des maraîchers d'antan

Résumons : le permaculteur ne retourne plus le sol, ne désherbe presque plus, n'arrose presque plus, ne traite plus, remise la machine qui pollue… en somme il revient au jardinage intensif des maraîchers d'antan, à la main, perfectionné cependant par les principes de la permaculture (le zonage du jardin, par exemple), les progrès du petit outillage (semoirs de précision, etc.) et les découvertes récentes de la science, notamment sur le fonctionnement des sols et les associations de plantes. Quelques fermes permacoles expérimentales ont vu le jour ces dernières années, par exemple celle du Bec-Hellouin, en Normandie, dont la productivité au mètre carré laisse les chercheurs pantois… le tout sans une goutte de pétrole (mais avec des bras) !

À l'heure où la biodiversité se réduit comme peau de chagrin, où les sols se meurent, où les insectes et les oiseaux s'estompent du paysage, laissant peu à peu la place au silence, la permaculture apparaît comme un moyen de recréer, à l'échelle de chacun, des îlots de vie sauvage, de beauté et d'abondance…

Oumpah-Pah

 
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