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Vautour : Quand les intérêts s'entrechoquent

Date : 03/07/2020 | Mise à jour : 03/07/2020 16:48
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Jeudi 2 juillet, le syndicat des exploitants agricoles a rencontré le préfet de la Haute-Loire pour décider quoi faire sur la présence des vautours. Une chose est claire : les deux forces en présence ont des vues diamétralement différentes sur le sujet.

Entre les murs de la préfecture altiligérienne, un sujet aussi sensible que brûlant s'est déroulé jeudi 2 juillet à 14 heures. Depuis cette première image de centaines de vautours à Saugues, partagée en masse au tout début du mois de juin, quatre autres cas ont fait couler l'encre des médias et des réseaux sociaux. Parmi ceux-là, des témoignages d'éleveurs assurant que les charognards, pourtant nécrophages par nature, s'en seraient pris à des bêtes encore vivantes au moment de l'attaque.
Dans cette réunion, le préfet de la Haute-Loire, Nicolas De Maistre, étaient aux côtés de deux agents de l'OFB (Office Français de la Biodiversité), un agent de la DDCSPP (directions départementales de la protection des populations), et de François Gorieu de la DDT 43 (Direction Départemental des Territoire). En face, des représentants des Jeunes Agriculteurs (JA) et Thierry Cubizolles, président de la FDSEA 43 (Fédération départemntale des syndicats d'exploitants agricoles).
Autant dire que l'ambiance était apparemment loin d'être paisible notamment lorsque Nicolas De Maistre a évoqué le vautour comme un atout potentiel pour le tourisme en Haute-Loire.

Une absence de réponse qui ne passe pas

"Nous n'avons eu aucune réponse !, s'indigne Thierry Cubizolles. Les agents de l'OFB nous ont rappelés le mode de vie des vautours, chose que l'on connaissait parfaitement ayant lu les mêmes livres. On voulait connaitre la provenance des oiseaux et ils ont été dans l'incapacité de nous répondre. Pourtant, sur les photos de la première attaque, on vient bien que certains vautours étaient bagués. Ils ont admis qu'il pouvaient savoir leurs origines mais qu'ils n'avaient pas effectué les recherches. Ce qui nous a plutôt irrités." Pour se défendre, François Gorieu, a indiqué que cette connaissance n'aurait pas vraiment de finalité utile. "Nous allons rechercher d'où viennent les vautours même si ce travail va s'avérer sans réelle valeur étant donné qu'un vautour peut être bagué en Espagne et être installé depuis des années en Lozère ou ailleurs".

Une consommation ante mortem inquiétante

"On ne met pas en doute les plaintes des éleveurs sur le fait que des vautours s'en seraient pris à des animaux vivants même si les cas restent très rares, explique François Gorieu. Il a d'ailleurs déjà été rapporté que des brebis toujours vivantes mais coincées dans des crevasses ont été consommées par des vautours. Il y a également des cas de randonneurs, morts ou pas mais immobilisés par une chute par exemple, qui se sont fait manger par des vautours. Pour moi, ce qui est le plus préoccupant n'est pas le nombre de vautours ni d'où ils viennent, mais cette consommation ante mortem. Parfois, il arrive que cela dure deux ou trois semaines dans une année. Mais s'il s'avère que des animaux vivants se fassent prendre à partie plusieurs mois durant, le phénomène serait inquiétant".

Réintroduire des espèces protégées pour booster le tourisme

"Avoir cette carte postale du Mézenc, un espace nature contenant des espèces sauvages et emblématiques, serait très positif pour le tourisme, assure François Gorieu de la DDT 43. Mais il faut que les intérêts soient partagés. Le busard, par exemple, est un prédateur du rat-taupier, fléau pour l'agriculture. Le vautour élimine naturellement un certain nombre de cadavres de produit d'élevage. Et déambuler en montagne et pouvoir observer des chamois, c'est simplement formidable. C'est une très belle expérience".

"Le préfet nous a recommandés de leur faire peur avec des bâtons"

La FDSEA avait également demandé l'autorisation de faire fuir les vautours en procédant à des tirs de fusils en l'air. "Etant donné que c'est une espèce protégée, il faut faire une demande préalable à la CNPN (Commission France de la Protection de la Nature, Ndlr), éclaire Thierry Cubizolles. Cette demande est très longue et très fastidieuse. Et on sait très bien quelle sera la finalité. Avant d'avoir peut-être une réponse, beaucoup d'attaques pourront avoir lieu. En attendant, le préfet nous a recommandés de leur faire peur avec des bâtons." Pour la requête au sujet des indemnisations, les éleveurs ne toucheront rien. "Aucune indemnisation même s'il est prouvé que la bête était vivante avant que les vautours ne l'attaquent. Nous sommes dépités et on ne comprend pas", déplore le président de la FDSEA.

Des placettes de nourrissage pour les vautours

Mais le chapitre qui a fait grincer les dents toutes les mâchoires présentes est lorsque que le préfet du département a partagé l'idée que le vautour puisse être un atout pour le territoire. "C'est vrai que nous aimerions qu'il y ait des interactions entre nous, les éleveurs et les vautours, admet François Gorieu. Comme le fait de mettre des placettes de nourrissage non seulement pour que les éleveurs puissent y déposer les cadavres de leurs animaux mais également pour nourrir les vautours et éviter qu'ils s'en prennent à des animaux isolés. Dans les Causses en Aveyron, la préfecture a installé dix placettes. Ceci en accord avec les éleveurs. Si, en Haute-Loire, les éleveurs n'en veulent pas, nous ne le feront pas. Actuellement, ils ont cette crainte de voir pérenniser le vautour."
Ce à quoi, Thierry Cubizolles réplique : "Il en est hors de question ! Son projet est totalement à l'opposé de ceux que l'on souhaite pour les vautours. On dirait qu'il ne nous entend pas et encore moins qu'il nous comprend. On nous a dit qu'il ne sera que de passage car il faut de grandes falaises que nous n'avons pas en Haute-Loire. Mais si on les attire avec des placettes, ils seront bien trop nombreux. Tout notre département est occupé par des animaux d'élevage. Les vallées difficiles, comme celles de la Loire et de l'Allier, sont occupées par les moutons. Il est certain qu'il y aura d'autres incidents comme ceux du mois de juin".

Le vautour : un loup altiligérien ?

La zone du Mézenc a été décrite par Nicolas De Maistre comme le secteur le plus approprié pour l'accueil du vautour, du busard et du chamois. "Tout le monde est d'accord pour dire que le Mézenc est un joyau touristique altiligérien en terme de grand espace, argumente François Gorieu. Vu les tendances climatiques qui se profilent chaque année, l'attrait à la station de ski devient de moins en moins forte. Alors, je pense que nous pouvons créer de bonnes conditions pour que le vautour puisse venir régulièrement sans qu'il nidifie. Nous pensons aussi à l'installation du chamois et du busard, deux espèces emblématiques, tout comme le vautour".
Thierry Cubizolles apparaît dépité par cette vision à mille lieux de ce qu'il avait espéré. "On en est au même schéma que lorsqu'il y a eu la réintroduction du loup, il y a 30 ans. Il y avait des objectifs de réintroduction suivant un Plan National d'Action (PNA). On a ensuite vu tous les problèmes que cela a apporté au fil des années aux éleveurs impactés par sa présence. Le cas des vautours est en train de prendre le même chemin." Le président du syndicat des exploitants agricoles prévient : "S'il y a d'autres attaques qui surviennent dans les jours et les semaines suivantes, il est sur que nous ferons des actions pour nous faire entendre de façon plus claire".

Nicolas Defay

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Commentez

img_journalistepp le 4 juillet 2020 - 16h17
Précision :il n'y a jamais eu "réintroduction du loup" . Il est revenu d'Italie sans intervention de l'homme .

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img_journalistec le 4 juillet 2020 - 10h39
La FNSEA crie "au loup"pour 3 brebis (probablement déjà mortes), mais ne se soucie guère des cancers d'enfants ...et d'agriculteurs, provoqués par les produits Monsanto dont elle fait , tous les jours, une promotion aussi efficace que coupable !

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