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Tension entre les murs du tribunal

Date : 20/01/2020 | Mise à jour : 20/01/2020 14:42
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Le procès de l’incendie de la préfecture est la proie à un véritable bras de fer entre le tribunal correctionnel et tous les avocats présents. Un à un, les avocats désignés d’office ont signifié, devant le président, leur refus de prendre en charge un dossier lourd de près de mille pièces de procédure.

Esclandre, tension et confusion. Tels sont les mots qui pourraient définir les premières heures du procès tant attendu de l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay, incendie survenu le 1er décembre 2018. En ce lundi 20 janvier, les quatre prévenus majeurs (à noter qu’un des prévenus manquait à l’appel) et leurs avocats auraient dû passer devant la barre pour commencer à décortiquer lentement le dossier lourd de symbole. Mais le contexte étant à la grève totale illimitée des avocats décidée par le Conseil du Barreau de la Haute-Loire ainsi que par le CNB (Conseil National du Barreau) le 16 janvier dernier, les trois avocats initialement en charge de défendre les prévenus ont refusé de participer.

« Oui, c’est une parodie de justice »

La question a donc été de savoir si le procès serait renvoyé ultérieurement ou si des avocats, ne connaissant pas le dossier, seraient désignés pour assurer son maintien. Le président, Samlal Nizar, a opté pour la deuxième solution. Ils ont été désignés par le Bâtonnier Jacques Soulier. Cette décision, loin d’améliorer l’ambiance déjà bien saturée d’électricité, les avocats en question sont passés chacun leur tour devant le président pour s’insurger contre cette responsabilité, à l’instar de Maître Élodie Villesèche Sauron. « Je ne me sens pas auxiliaire de justice dans ce cas-là. Il y a beaucoup de pièces au dossier et il me semble que le renvoi d’au moins une journée permettrait de prendre connaissance du dossier. J’ai vraiment à cœur de défendre mon client et je demande un renvoi d’audience ».

Renvoi du procès lundi 20 janvier à 15h30

Etant donné cette demande unanime des avocats commis d’office, le président Samlal Nizar a convenu que l’affaire serait alors reportée ce lundi 20 janvier à 15h30, provoquant l’ire des concernés. « Je pense qu’en 5 heures, ce n’est pas possible, lâche Maitre Pierrot Laurent. Ce n’est pas respecter notre métier. Il y a eu une instruction, il y a eu des investigations, vous avez près de 1000 pièces. Ce n’est pas possible en 5 heures de prendre connaissance de ce dossier d’autant que nous n’en avons pas la copie. Cela veut dire que nous sommes trois avocats sur le même exemplaire. C’est impossible de travailler dans ces conditions, impossible de défendre nos clients correctement en 5 heures. En tous cas, moi je n’en suis pas capable. C’est pour ça que je demande comme mes confrères à être relevé de cette désignation. Le Bâtonnier décidera de me relever ou pas. Oui, c’est une parodie de justice car le droit de la défense est gravement bafoué. Je ne comprends pas que les magistrats ne nous entendent pas. Ici, il ne s’agit plus du mouvement de grève, il s’agit de savoir si je peux ou pas assurer la défense efficace de mon client. Ce sont des miettes de pain que le président a bien voulu nous jeter ».


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Quitter sa robe d’avocat

Maître Cédric Augeyre, désigné d’office, a littéralement ôté sa robe. Un geste lourd de sens. « Je n’étais pas dans la capacité de pouvoir assurer la défense de mon client. Il faut en tirer les conséquences. Ici, le principe bafoué est le respect des droits de la défense et la garantie d’un procès équitable. Nous devons avoir un accès intégral à la procédure. Il y a des vidéos de surveillance qui doit être visionnées de manière sérieuse et efficace. On ne peut accepter qu’une défense soit organisée en quelques heures concernant un dossier qui doit prendre une semaine de préparation. C’est pour ça que, symboliquement, j’ai enlevé ma robe. Je ne l’ai pas jetée par terre parce que cela peut être considéré comme indigne. Je la garde là, sur mon avant bras, en espérant que les choses s’amélioreront. Il aurait été tellement plus simple d’ordonner un renvoi de quelques jours pour pouvoir prendre connaissance utilement du dossier ».

Nicolas Defay

 
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