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Les Éditions du Roure tournent leur toute dernière page

Date : 22/05/2020 | Mise à jour : 24/05/2020 14:43
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"Chère lectrice, cher lecteur, vous recevez notre dernier catalogue, celui de 2020. Ce sera le dernier. Après 40 années d’existence, les Éditions du Roure cessent de publier, sans regret ni amertume." Ces mots de Georges Chanon, patron de la vieille maison d'édition altiligérienne, ont été glissés dans l'envoie des 4 000 catalogues distribués à travers le département. C'est une véritable institution littéraire qui tire ainsi sa révérence.

Du haut de ses 70 printemps, Georges Chanon, natif d'Aurec-sur-Loire, a souhaité écrire le dernier chapitre des Éditions du Roure, une aventure vieille de près d'un demi-siècle. Indestructible et indomptable, elle a franchi les années sans ciller, toujours debout sur cet énorme cimetière littéraire constitué d'innombrables petites maisons d'éditions vite enterrées. Et même devant le monstre Amazonien qui ne cessent d'alimenter tous les jours ce charnier, elle est resté droite et fière grâce à son identité. Georges Chanon, patron des Éditions du Roure, nous confie en exclusivité son histoire.

Pouvez-nous expliquer la genèse des Éditions du Roure ?

C'est une création collective et associative mise en place par 6 à 8 personnes au début en 1977. L’objectif était de se doter d’un outil d’information avec une imprimerie intégrée. Nous avions donc une presse offset et publions des textes, journaux, affiches, en occitan aussi, et bien d'autres. Puis nous est venu l’idée de publier sous forme de livres des écrits de gens qui avaient quelque chose de différent à dire.

Pourquoi ce nom "Editions du Roure" ?

Il en fallait un ! On a souhaité trouver un titre neutre et nous nous sommes alors inspirés de la commune de Saint-Férréol-d’Auroure. Dauroure signifie en occitan du chêne. Le Roure, c’est le nom du chêne en occitan.

Qui sont les créateurs de la maison d'édition ?

Ce sont tous des bénévoles, exerçant une profession en dehors. Moi-même, je travaillais en tant que secrétaire général de collectivités locales. Ainsi, pour avoir l’esprit libre et ne pas dépendre de qui que ce soit, nous n’avions pas besoin d’être salariés de l’édition pour vivre. Deux personnes ont œuvré corps et âme pour que notre bateau tienne la route. Lucien Peyret sur l'aspect informatique et Françoise Dancer sur les corrections, le style et les maquettes.

Quels ont été les choix éditoriaux des Éditions du Roure ?

Au début, face à une langue d’oc malmenée, nous voulions développer des textes en occitan. Le premier a été celui d’Yves Gourgaud : Anthologie de l’écrit occitan, Haute-Loire et Loire. L’auteur prouve que le texte en occitan a été utilisé dans de multiples situations pendant 900 ans décomposées en acte administratif, écrit en prose, roman, poésie, chanson, harangue, par exemple. Tous nos livres sont édités bilingues. Puis, et il faut bien le constater, il y a quelques difficultés à trouver de nouveaux écrivains en langue d’oc. Alors on a évolué.

"Je dois dire que ce fut une belle aventure"

"On peut médire sur les difficultés de l’édition et, notamment, la distribution du livre en France, sur l’inexistence auprès de la presse nationale, sur les défaillances de certains libraires, mais aussi sur les méfaits de l'amazoning.com. Et si l’on a quelques fois l’impression de publier dans le désert, je dois dire que ce fut une belle aventure".

Quels sont les genres d'œuvres littéraires qui ont fait l'identité des Éditions du Roure ?

Plusieurs ! Déjà, des biographies de Jules Romains et de Jules Vallès. Nous sommes évidemment en phase avec Jules Vallès et c’est pourquoi nous n’avons jamais voulu publier le royaliste Boudon-Lashermes. Puis, nous avons publié, notamment grâce à Françoise Dancer, les résultats d’un concours de nouvelles représentant les 10 meilleurs textes sur 200 en lice, pendant 10 ans. La littérature policière était aussi présente avec la collection Polar Roure (auteurs : Luc Bergougnoux, Pascale Blazy ou Gérard Oulion). Une collection Dire, écrire, témoigner, sur la maladie (Blandine Bouquet), Roger Archaud et son drame algérien, Nicole Chapuis et la rue du Bac. Nous avons aussi les monographies de Monlet, Lantriac, et cette année Allègre. Et le Terroir avec des livres sur les plantes, les animaux, les paysans d’Ardèche. Mais c'est surtout l'Histoire qui est à l'honneur. Douze titres du collectif du Centre d’histoire sociale de Haute-Loire ont été édités chez nous. Les Boutières en histoire, 17 numéros sortis. Et également onze titres sur la collection sur la Résistance et la seconde Guerre mondiale. Moi-même, j’ai publié un ouvrage intitulé "Haute-Loire, chemins d’écrivains" qui recense des textes d’auteurs ayant écrit sur le département.

Quels sont les livres qui ont marqué l'histoire des Éditions du Roure ?

Un ouvrage marquant parmi les autres : la biographie de Georges Couthon qui faisait hurler des gens lors des salons du livre ! On a été traité d’assassins ! Mais je ne peux départager les 180 livres qui ont été écrits depuis 1977.

Y a-t-il une œuvre qui vous a particulièrement marqué durant toutes ces années ?

La biographie d’Emmanuel Rougier. Pas pour son écriture mais cette histoire aurait mérité de continuer en films d’aventures. Elle a d’ailleurs été le sujet entier d’une émission de Thalassa sur FR3.

Auriez-vous une anecdote propre à l'histoire des Éditions du Roure ?

C’était au fin fond de l’océan indien dans une île assez sauvage. Ma compagne Françoise et moi-même avions fait une marche en suivant la côte. Le Guide du routard nous indique alors un endroit où s’arrêter à midi, une sorte de paillote et barbecue dans un bidon. En attendant le poisson grillé, on discute avec la table voisine. Les gens nous demandent ce que l'on fait dans la vie. Réponse : éditeurs ! Quel éditeur ? Les Éditions du Roure. On connaît, bien sûr! Et ils nous situent en Haute-Loire qu’ils connaissent de par un parent juif caché au Mazet-Saint-Voy pendant la dernière guerre. Le monde est sacrément petit !

Des myriades de maisons d'éditions en France s'ouvrent un jour pour se fermer quelques mois après. Comment expliquez-vous les 43 années d'existence et de résistance des Éditions du Roure ?

Tout simplement parce que nous n’avions pas de salariés et une indépendance totale. Mais il faut de la persévérance, de l’envie et faire travailler sa tête pour choisir les textes les plus utiles. Un collègue éditeur m'a dit un jour de façon très juste : "On n’est jamais en vacances, on pense toujours à un détail. En observant un site, un objet, on se dit que le photographier peut devenir par exemple la couverture d'un livre." Nous sommes aux aguets constamment. Et puis nous réalisions l’ensemble de la composition des livres. Le coût principal de la fabrication d'un ouvrage est le passage par l'imprimerie.

Enfin, pourquoi mettre un terme à cette aventure littéraire ?

Depuis un an, j’avais averti les deux collectifs, Histoire sociale et Boutières en histoire que ma décision était d’arrêter à 70 ans. On y est. Mais les Éditions du Roure ne ferment pas la porte. On continuera à servir les livres en stock, mais on n’éditera plus 6 à 10 livres et un catalogue par an. On se réserve le droit de sortir un texte si vraiment c’est de bon aloi.






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img_journalistejb le 25 mai 2020 - 15h27
Bravo et merci ! Tout simplement !

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