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Le confinement, générateur de violences conjugales en Haute-Loire

Date : 05/09/2020 | Mise à jour : 09/09/2020 07:43
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Près de 32%. C'est l'augmentation des violences conjugales enregistrées dans le département au mois de mars et avril 2020. Une hécatombe. Pourtant, il y a quelques jours, les associations concernées dont le CIDFF 43 fêtaient le 1er anniversaire du Grenelle des violences conjugales. Qu'a-t-il réellement apporté pour lutter contre cette pandémie mondiale que sont les féminicides et les agressions au sein du couple ?

Les mouvements #MeToo, #BalanceTonPorc, YesAllWomen, Collectif#NousToutes, déclinés en France, aux États-Unis, en Tunisie, au Japon, presque dans tous les pays du monde même dans certains pays du monde Arabe. Les violences conjugales, les féminicides, les pressions psychologiques, économiques, physiques, sexuelles, sont montrées bien haut du doigt afin que les gouvernements réagissent devant ce phénomène aussi planétaire qu’infâme. En France, la secrétaire d’État Marlène Schiappa met en place le 3 septembre 2019 le Grenelle des Violences Conjugales.

Après trois mois de concertations, les différents acteurs concernés, associations, collectifs et professionnels, présentent des mesures le 25 novembre. Elodie Arsac, directrice et coordinatrice de projets au CIDFF 43 (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles de Haute-Loire), détaillent les aboutissants du grenelle ainsi que le bilan des violences conjugales en Haute-Loire.

Quelles ont été les mesures adoptées durant ce grenelle ?

"Ce plan de lutte contre les violences a pour ambition d’éduquer à la non-violence et à l’égalité entre les filles et les garçons, de libérer la parole des victimes et favoriser la révélation des violences, de mieux protéger les victimes et de prendre en compte l’impact des violences conjugales sur les enfants, de prendre en charge des auteurs".

Et concrètement ?

"Parmi les mesures phares du grenelle on peut citer le déploiement des bracelets anti-rapprochement pour les conjoints ou ex-conjoints violents, la possibilité pour les professionnels de santé de lever le secret médical en cas de danger immédiat pour la victime et de risque avéré de renouvellement des violences, la création de 80 postes supplémentaires d’intervenants sociaux dans les commissariats et gendarmeries, le financement des structures dédiées à la prise en charge sanitaire, psychologique sociale des femmes victimes de violences".

Quelle est la définition de Violence conjugale ?

La violence conjugale est la violence exercée au sein du couple par un des conjoints sur l’autre, au sein d’un couple, s’inscrivant dans un rapport de domination et se distinguant des disputes conjugales entre individus égaux. Les violences conjugales peuvent prendre plusieurs formes, plus ou moins subtiles, souvent cumulées et intriquées. Elles peuvent être :
-Psychologiques (humiliation, dévalorisation, injures,...)
-Physiques, sexuelles 
-Economiques
-Administrative (rétention de papier,...).

Sont-elles, selon vous, satisfaisantes ?

"Il y a eu beaucoup de communication autour du grenelle, ce qui a eu un impact immédiat positif. Au niveau départemental, nous avons en partenariat avec l’Ordre des médecins et avec l’Association des Maires de France, communiqué auprès de l’ensemble des élus, des médecins et du grand public. L’objectif étant de continuer à faire connaître nos services afin que les victimes puissent être orienté vers l’association et y trouver un accompagnement adapté. Une grande concertation a également été lancé avec les acteurs de proximité. À son issue, une quarantaine de mesures ont été annoncé pour renforcer la protection des victimes et de leurs enfants, à assurer le suivi et la prise en charge des auteurs".

Qu’est-ce qui n’est pas abouti dans ce grenelle ?

"Il faut davantage insister sur la nécessité de prévenir en amont des violences : la prévention est outil incontournable de tout changement social d’ampleur. Les violences conjugales s’intègrent dans des violences de genre et reposent sur un ensemble de facteurs historiques, culturels, sociaux et psychologiques qui traduisent un rapport de domination des hommes sur les femmes. Elles sont le produit de l’éducation et de l’héritage d’une société patriciale. Il est indispensable d’agir sur l’éducation et la prévention, pour modifier ces comportements, combat que mène le CIDFF".

Qu’auriez-vous souhaité que le grenelle n’a pas abordé ?

"Nous réclamions la mise en place urgente de mesures pour faire face au nombre important de féminicides. À ce jour, seul 1/3 des mesures annoncées ont été réalisées, il n’y a pas eu de changement en profondeur. À titre d’exemple, le bracelet, qui doit permettre d’éloigner les hommes violents de leur victime, n’a pas encore été mis en place. Nous avions également espéré que le grenelle ait pour effet de nous donner davantage les moyens d’agir auprès des victimes, à leur écoute et leurs accompagnement, en augmentant nos dotations annuelles".

Quel est la situation des violences conjugales en Haute-Loire ?

"Sur la période de mars à mai 2019, 38 situations concernant des violences au sein du couple ou de l’ex-couple ont été prise en charge par le CIDFF 43. Sur la même période en 2020, c’est à dire pendant le confinement, ce sont près de 50 victimes de violences intrafamiliales qui ont été accompagné par le CIDFF, soit une augmentation de 31,6%".

Contacts et infos :

1 femmes sur 10 est victime de violences au sein du couple en France.
Dans le pays, 63 femmes sont mortes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année contre 101 à la même période l’année dernière.
Contact CIDFF 43 : 04.71.09.49.49.
Lieu : 2, rue André Laplace au Puy-en-Velay
Pour tout savoir sur le CIDFF 43, cliquez ICI

Comment expliquer cette augmentation ?

"Plusieurs facteurs sont en cause. L’impact du confinement, la médiatisation du sujet quant à la volonté de dénoncer son agresseur, l’amélioration de la lisibilité des missions du CIDFF en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Les partenariats étroits avec les services de police, gendarmerie et les collectivités et l’augmentation du nombre d’orientation par des relations privés ou via des recherches web expliquent aussi cette évolution".

Qui sont les victimes en Haute-Loire ?

"Il n’y pas de profil type de femme victimes de violences conjugales. On les rencontre dans toutes catégories sociales, tous les âges, toutes les nationalités".

Et les agresseurs ?

"Les auteurs de violences conjugales peuvent avoir différents profils mais tous vont mettre en place différentes stratégies pour asseoir leur emprise sur leur victime. Ils vont d’abord utiliser la séduction ensuite viendra la manipulation, la domination puis la violence. L’installation des violences est subtile et suivie d’une aggravation progressive en fréquence et en intensité".

Que doit faire une personne victime de violences conjugales ?

"Si dans votre entourage vous pensez qu’une personne pourrait être victime de violences conjugales, vous pouvez tenter d’aborder avec bienveillance le sujet. Ensuite, il faut essayer de maintenir le lien avec elle. Ce qu’il faut, c’est de ne jamais culpabiliser la victime et, au contraire, replacer la responsabilité sur la personne qui agresse. Il est également important de lui rappeler que la violence est inacceptable, que son conjoint est le seul responsable de ses actes. Enfin, il faut l’encourager à se tourner vers un CIDFF ou vers un professionnel de confiance. Nos équipes professionnelles, composées de juristes, de psychologues et bien d’autres, sont présentes pour accompagner les femmes, dans leurs démarches, à chaque étape de leur parcours".

Quels sont vos prochaines manifestations en Haute-Loire pour sensibiliser la société au phénomène ?

"Notre prochaine action militante sera organisée le 25 novembre pour la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes".

Nicolas Defay







 
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