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Le barrage de Poutès a perdu ses vannes

Date : 09/09/2020 | Mise à jour : 10/09/2020 08:19
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105 tonnes de métal ont été ôtées au barrage octogénaire de Monistrol d’Allier. Les trois imposantes vannes ont fini par être retirées durant cette phase de déconstruction. Maintenant, l’heure est à la reconstruction dans une ambiance de collaboration entre les collectifs écologiques et les promoteurs du projet.

Historique :

1941 : Mise en service du Barrage de Poutès
1956 : EDF devient concessionnaire de l’aménagement pendant 50 ans.
1991 : Le barrage est accusé de faire obstacle à la migration des saumons.
1998 : Le barrage de St-Etienne du Vigan est détruit. Les opposants de Poutès redoublent d’actions.
2004 : Campagne de démantèlement de Poutès par les associations écologiques.
2006 : Une étude commanditée par l’État recommande la suppression de Poutès
2008 : Les élus forment une association de soutien au barrage 
2010 : Grenelle de l’environnement
2011 : Un consensus est enfin trouvé
2016 : Début des travaux pour le Nouveau Poutès
2022 : Mise en service prévue

Tout le monde l’appelle le Nouveau Poutès. Le terme « nouveau » n’est pas anodin de signification tant par son regard sur l’historique mouvementé du barrage que par sa technologie inédite actuelle. Car il est certain que les milliers de mètres cubes de béton posés sur l’Allier depuis 1941 ont subi au cours de leurs existences maintes crues humaines. SOS Loire Vivante et d’autres associations écologiques se sont ainsi mobilisées dès les années 1980 pour que soit rasé en totalité l’ouvrage afin de redonner aux saumons leur antique rivière. Manifestations, actions offensives, occupations de site, communications... le conflit s’embourbe dans la vase que les deux parties adverses remuent sans cesse des années durant.

L’union des frères ennemis

Mais parce qu’un blocage doit forcément aboutir sur une solution, un consensus est proposé en 2009 entre les élus qui soutiennent le maintien du barrage et les associations écologiques, ancrées solidement sur leurs positions. Un lien se tisse et les discussions aussi. Le Grenelle de l’environnement en 2010 fait encore bouger d’un pas les compromis en incluant une solution d’excellence pour le barrage de Poutès. La signature engage les structures concernées à développer l’énergie hydroélectrique tout en restaurant les milieux aquatiques. « Il y a 70 ans, on ne connaissait pas réellement les conséquences de l’ancien Poutès sur l’environnement, partage Martin Arnould, de SOS Loire Vivante. À présent, avec les élus, les professionnels, les promoteurs, les entreprises et les diverses associations, je soutiens totalement le Nouveau Poutès. Car il représente le parfait exemple d’un échange d’idées entre toutes les forces opposées afin de créer quelque chose qui les satisfait toutes ».

De 18 mètres de haut à 7 mètres

« Les travaux actuels consistent à mettre à sec une certaine zone en amont et en aval de la construction afin que l’on puisse ensuite disposer les deux nouvelles vannes de dix tonnes chacune, explique Sylvain Lecuna, délégué territorial Loire Ardèche EDF. Celles-ci seront sous la surface de l’eau d’où cette nécessité de rendre l’endroit sec pour travailler dessus. » De 18 mètres de haut, le barrage de Poutès va être réduit à 7 mètres. Pendant un an, les travaux se sont affairés à détruire l’axe central du barrage. « 4 500 m³ seront au total déconstruits et réutilisés pour le Nouveau Poutès, ajoute-t-il. 1 500 m³ seront nécessaires pour la reconstruction. La retenue d’eau, qui était longue de 3 500 m, va passer à 400 mètres ce qui est primordiale pour la migration des saumons. »

Fer de lance de l’énergie hydroélectrique du département

L’usine hydroélectrique de Monistrol d’Allier est alimentée par deux chutes d’eau : celle de l’Allier issue du Barrage de Poutès, et celle de l’Ance du sud. Chacune produit 50 % de la production totale. « Lorsque le Nouveau Poutès sera mis en route, il va conserver 85 % de sa production électrique, assure Sylvain Lecuna. Il faut savoir que cette usine peut subvenir aux besoins énergétiques d’une ville comme Le Puy-en-Velay. Elle est le plus important outil de production d’énergie de la Haute-Loire ».

La rivière sans chaînes pendant 3 mois tous les ans

Autre détail non seulement crucial et mais aussi inédit en France, la barrage restera ouvert, sans produire un watt d’énergie, pendant trois mois de l’année. « Les deux vannes centrales seront levées trois mois par an afin de rendre transparente la rivière Allier, insiste Sylvain Lecuna. L’eau coulera ainsi librement pour que tous les sédiments et tous les poissons puissent passer. Avec l’ancien barrage, les saumons mettaient 20 jours pour trouver la sortie du barrage. Sur la montaison, ils prenaient beaucoup de retard car il y avait une passe à ralentisseur, des bassins, puis l’ascenseur. Une vraie difficulté pour eux ! ».

« Le barrage était reconnu comme le principal obstacle à la migration du saumon »

Simon Burner, directeur de SOS-Loire Vivante, ajoute : « Avec l’ancien Poutès, les saumons n’avaient plus accès aux frayères originelles d’une centaine d’hectares en amont. Le barrage était reconnu comme le principal obstacle à la migration du saumon. EDF a, aujourd’hui, un objectif de résultat. Comme le barrage va être ouvert pendant trois mois de l’année, la rivière va pouvoir jouer son rôle de transport pour les poissons mais aussi pour le sable et les plages. Pour le reste du temps, il va y avoir des passes à poissons améliorées qui bénéficieront des dernières connaissances scientifiques du moment. » La fin des travaux est prévue pour la fin de l’année 2021 et la mise en service pour début 2022.



Nicolas Defay

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img_journalistepp le 11 septembre 2020 - 19h10
"Passes à poissons améliorées " Langue de bois , on aurait préféré une véritable échelle à poissons mais les maîtres d'ouvrage n'ont rien voulu savoir .

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