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Élèves handicapés : leurs accompagnants plongés dans la précarité

Date : 20/11/2019 | Mise à jour : 21/11/2019 09:58
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Les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) de Haute-Loire, qui représentent environ un quart des personnels des écoles, soit environ 250 personnes, se sont réunis devant l'Inspection d'Académie avant qu'une délégation ne soit reçue.

En pleine journée internationale pour les droits de l'enfant, ce mercredi 20 novembre, ce sont les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) qui se sont mobilisés au Puy comme un peu partout en France pour dénoncer une précarisation galopante et "une situation devenue insupportable".

"Ce qu'on demande, c'est un vrai statut et un vrai salaire pour ces personnels"

La demande est claire pour Guy Thonnat, secrétaire départemental de la FNEC FP FO, et elle est du même ton pour l'intersyndicale (FSU, FO, SUD, SE, CGT). "Nous ne pouvons accepter qu'un quart des personnels n'ait pas de statut, touche 700 € par mois et se voit imposer un temps partiel", tempête-t-il. Une situation d'autant plus révoltante quand on sait que 90 % des AESH sont des femmes.
Pour lui, "l'administration traite ses personnels comme des Kleenex" : ils sont déplacés en fonction et au gré des besoins, sans affection permanente. Et de rappeler la question des retards dans les frais de déplacement car "quand on gagne 700 € par mois, vous comprenez comme c'est difficile de se passer de quelques dizaines ou centaines d'euros par mois".

Des handicaps qu'elle doit affronter sans aucune formation à cet effet

Murielle Gerbier en sait quelque chose. Elle est AESH à l'école de Javaugues, à 10 km de Brioude, et elle a à sa charge un enfant non voyant et un autre atteint de la trisomie. Deux handicaps qu'elle doit affronter sans aucune formation à cet effet. Pour mener à bien sa mission, elle s'investit bien au-delà de ses prérogatives (alors qu'ironiquement on lui impose un temps partiel de 60 %). "J'ai repris des jouets qu'il me restait de mes enfants, comme des cubes qu'on empile ou des hochets, pour développer la motricité fine de l'enfant trisomique par exemple", nous confie-t-elle.
Pour celui qui est atteint de cécité, elle a fabriqué pour lui un jeu de memory en relief, avec du matériel récupéré comme des bouchons de lait par exemple, et encore une fois sur son temps libre. Autant d'implication qui engendre forcément un lien affectif avec l'enfant. "Si je ne suis pas là, l'enfant trisomique refusera de sortir de sous la chaise où il s'est réfugié, car il y a un lien qui s'est créé", témoigne-t-elle, "il a confiance en vous. Idem pour le non-voyant, je le fais par exemple sauter d'un point à un autre, il me fait confiance mais il ne le fait pas avec un autre".

"Il n'y a pas assez d'enfants non-voyants sur le département, ça coûterait trop cher, débrouillez-vous"

Elle doit donc faire face à différents types de handicap au fil des ans et ne dispose d'aucune formation à cet effet. Par conscience professionnelle, elle se forme sur son temps personnel et à ses frais, comme elle l'a fait pour le braille par exemple. Elle l'explique au micro de Zoomdici.


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Précarisation des personnels... et donc des élèves dans leur apprentissage ?

"C'est certain qu'il y a de très grandes difficultés liées à l'école inclusive systématique", tranche Guy Thonnat, "les écoles sont maintenant remplies d'enfants en très grandes difficultés et qui n'ont pas toujours l'accompagnement nécessaire pour suivre une scolarité normale". Le syndicat Force Ouvrière demande la réouverture de toutes les structures d'enseignement adapté qui ont été supprimées ces dernières années "pour que les enfants ne soient pas lâchés dans la nature", ajoute-t-il.
"L'école inclusive, ce n'est pas un principe qui se décrète, c'est une ambition qui se construit". C'est la FSU qui le proclame mais sans moyens, difficile d'être ambitieux. Et le syndicat d'insister : "c'est à l'État de mettre en place les moyens financiers et humains nécessaires".

Quand flexibilité rime avec précarité

D'une aide individualisée pour chacun des enfants, on est passé à une aide mutualisée, toujours dans la perspective de réaliser des économies, dans un secteur pourtant non marchand et où l'on voit de plus en plus d'enfants notifiés par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). Une situation qui mène par exemple une AESH à intervenir à la fois à Brioude et Ally (sans savoir quand et comment lui seront remboursés ses déplacements) ou pire, à une situation où un enfant notifié par la MDPH ne dispose d'aucun AESH à Auzon (situation irrégulière, la famille pourrait très bien attaquer au tribunal administratif).
"On se fout littéralement des enfants et bien entendu des personnels et des familles", s'emporte le secrétaire départemental de la FNEC FP FO alors que Murielle Gerbier explique : "on vous envoie vers ces enfants mais vous ne savez même pas si vous allez y rester l'année scolaire. J'ai appris le braille, ce qui me permet de traduire auprès de l'enseignante ce qu'il a produit en classe, mais on pourrait très bien m'envoyer dans une autre école, avec un nouvel enfant et un nouvel handicap".

Maxime Pitavy




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img_journalisteR le 22 novembre 2019 - 06h04
Attention, le spectre des handicaps est large. On peut être être handicapé et aussi fainéant. Tout ça pour dire que la présence d'un accompagnant en classe n'est pas toujours un avantage pour l'élève. Ce dernier se repose sur son AESH et ne fait rien en classe, au point de ne plus toucher son stylo, De l'assistance à l'assistanat.. Donc, disons le clairement : parfois l'AESH ne sert, sa présence est même nuisible aux progrès de l'élève, et en plus ça coûte des sous.

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