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Acte III des Gilets jaunes : trois personnes déférées, trois profils très différents

Date : 03/12/2018 | Mise à jour : 04/12/2018 09:27
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Ce lundi 3 décembre 2018, trois personnes ont été déférées au tribunal de grande instance du Puy pour des faits de violences volontaires et avec arme et de dégradations de biens à utilité publique.

A 14 heures ce lundi 3 décembre 2018, les policiers avaient pris place devant le tribunal de grande instance du Puy-en-Velay. Face à eux, non pas des Gilets jaunes puisqu’ils n’en portaient pas mais des « soutiens » à trois des douze personnes interpellées samedi dernier tandis que l’acte III du mouvement citoyen tournait à l’affrontement sur la place du Breuil au Puy. La préfecture de la Haute-Loire en porte encore les stigmates, les flammes ont noirci la partie droite du bâtiment et les vitres de celui de la Direccte sont presque inexistantes, elles n’auront pas résisté longtemps aux jets de pierres et de pavés. Au lendemain de l’événement, le préfet faisait état de 22 blessés dont 18 policiers et gendarmes et quatre manifestants qualifiés de « blessés graves », ainsi que de douze personnes interpellées et placées en garde à vue. Ainsi, trois d’entre elles ont été déférées ce lundi au tribunal de grande instance du Puy dans le cadre d'une comparution immédiate. « On était là samedi, on était tous ensemble, on est toujours tous ensemble », commente l’un des soutiens aux trois personnes présentées ce lundi au tribunal du Puy. Certains sont présents mais déplorent toutefois les actes de violence qui ont eu lieu sur le Breuil samedi soir.


(Une partie des soutiens aux personnes interpellées samedi dernier, au Puy-en-Velay. Photo DR/S.Ma)

Un jugement reporté

Dans ce tribunal, la salle d’audience était donc bien remplie avec d’un côté les soutiens aux trois personnes interpellées, mais également les curieux ainsi que les témoins dont le préfet de la Haute-Loire, Yves Rousset. Le premier à se présenter à la barre est un homme âgé de 44 ans, domicilié au Puy, ancien animateur d’une association ponote. Il lui était, entre autres, reproché d’avoir jeté de l’huile sur le feu allumé devant le portail de la cour d’honneur de la préfecture et d’être l’auteur de violences volontaires (jets de projectiles et d’acétone) commises à l’encontre de deux fonctionnaires de police et entraînant pour l’un d’entre eux une incapacité totale de travail (ITT) de 9 jours. Conduit à l’hôpital Émile Roux au Puy, pour des blessures aux jambes, le quadragénaire aurait ainsi été reconnu par ses victimes hospitalisées un peu plus tôt. Le tribunal a ordonné une expertise psychiatrique pour cet homme qualifié de bipolaire par son avocate et renvoyé le jugement du prévenu au 7 janvier 2019. Le quadragénaire a été placé sous mandat de dépôt en attendant son jugement.

"Je me suis laissé entraîner par l'effet de foule"

Le deuxième est un jeune homme âgé de 19 ans, étudiant en BTS mécanique, domicilié à Saint-Germain-Laprade. Il a dû répondre de plusieurs qualifications : participation à une manifestation non-déclarée, présence sur la place du Breuil malgré les sommations des forces de l'ordre, violences à l’encontre d’un policier. Le jeune homme a reconnu avoir jeté « deux petits bouts de PVC mais pas de projectiles dangereux et sans viser les forces de l’ordre. Je voulais juste manifester mon mécontentement, j’avais été gazé. Je ne suis pas quelqu’un de violent. » Il lui a également été reproché d’avoir escaladé la grille du portail de la préfecture afin de s’introduire dans la cour d’honneur. Par ailleurs lors de ces faits, un des policiers qui se trouvaient devant le grand portail, a été blessé par un autre manifestant qui lui a asséné un coup de madrier en plein visage. L’étudiant a été interpellé, sans résistance, une fois ses pieds posés au sol. « Je me suis laissé entraîner par l’effet de foule, j’ai été débile. Toute cette violence ne me représente pas », a-t-il expliqué au tribunal. Il a été condamné à 12 mois de prison dont neuf mois assortis du sursis.  Sa peine étant aménageable, le jeune homme au casier judiciaire vierge jusqu’alors, est reparti libre du tribunal avec son paquetage dans les mains et donc son gilet jaune. Il sera prochainement convoqué devant le juge d’application des peines.

En marge de la mobilisation

Le dernier dossier jugé par le tribunal était à la fois en dedans et en dehors du cadre de la mobilisation des Gilets jaunes. L’homme, âgé de 25 ans, arrivé au Puy-en-Velay il y a deux mois, a été interpellé en état d'ivresse samedi dernier à 23 heures, non loin du bâtiment de l’association Tremplin. Oui, dans l’après-midi, le jeune homme a bien participé à la mobilisation des Gilets jaunes sur la place du Breuil, mais sans revendication politique particulière, il ne portait pas de gilet jaune. Il y était oui, mais ce n’est pas pour des actes commis lors de cette manifestation, ni même lors des débordements qu'il a été déféré au tribunal ce lundi. Non, les faits reprochés au prévenu concernent des violences commises contre le veilleur de nuit de l’association Tremplin. Alerté par les cris du jeune homme qui faisait référence aux Gilets jaunes, dans la rue, le veilleur de nuit est allé à sa rencontre. « Il s’est violemment jeté sur moi, on est tombés au sol », a raconté la victime à la barre. Le jeune homme aurait ensuite insulté le veilleur de nuit et crié qu’il allait « cramer Tremplin », un centre d'hébergement et de réadaptation sociale qu'il connait bien pour l'avoir fréquenté récemment. "J'ai des problèmes d'alcool, je ne sais même pas pourquoi j'ai parlé des Gilets jaunes, j'avais bu 10 bières", a commenté le prévenu. Après les insultes et les menaces, le jeune homme a lancé des cailloux contre les fenêtres du bâtiment sans jamais arriver à en briser les vitres. Puis il a été interpellé et placé en garde à vue. Le tribunal l'a condamné à six mois de prison dont trois avec sursis pour violences volontaires, tentative de dégradation d'un bien, le tout en état d'ivresse.

Douze personnes interpellées, neuf remis en liberté

 
Sur les douze personnes interpellées, neuf ont été remises en liberté à l’issue de leur garde à vue, en attendant la poursuite des investigations pour des faits commis le samedi 1er décembre 2018. « On n'a pas frappé au hasard. Il a été fait un choix en fonction des éléments à charge », a précisé Alexandre Constant, substitut du procureur.

Stéphanie Marin

 
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