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A Saint-Beauzire, les migrants se reconstruisent peu à peu

Date : 22/12/2015 | Mise à jour : 22/12/2015 23:32
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Depuis un peu plus d’un mois, le centre Léo Lagrange de Saint-Beauzire accueille des migrants en provenance de Calais. Qu’ils souhaitent regagner leur pays ou demander l’asile, ils trouvent en ces lieux un cadre propice à la réflexion.

Le 10 novembre dernier, en début de soirée, 41 migrants arrivaient de leur plein gré au centre Léo Lagrange de Saint-Beauzire, en provenance de « la Jungle » de Calais. Depuis, certains sont repartis, d’autres sont arrivés. Aujourd’hui, Léo Lagrange accueille 51 jeunes hommes seuls, majoritairement originaires d’Afghanistan et du Soudan mais aussi d’Irak, d’Iran, du Tchad et du Pakistan. « Ici, ils trouvent le répit nécessaire pour réfléchir à leur projet migratoire dans des conditions sereines, loin des réseaux de passeurs et des conditions humanitaires difficiles », indique Catherine Fourcherot, sous-préfète de l’arrondissement de Brioude. « Pour eux, c’est une parenthèse dans leur vie pour se poser. C’est vraiment le temps de la réflexion ».

Structure

 
Le centre Léo Lagrange de Saint-Beauzire n’est ni un centre de détention administrative ni un lieu d’assignation à résidence. Il fait partie des 65 Centres d’accueil et d’orientation créés en France pour accueillir 1400 personnes en provenance de Calais. Les hommes qui y sont hébergés sont libres de circuler à leur guise. Ils ont signé un contrat de séjour et un règlement intérieur et concourent à l’entretien des locaux. « Ce ne sont pas des assistés, ce sont des participants », insiste Didier Luce, le directeur du centre. Le Léo Lagrange de Saint-Beauzire retrouvera sa fonction de centre d’accueil de vacanciers au printemps. Les migrants qui auront choisi de demander l’asile seront orientés vers les structures dédiées.

Obtenir l’asile pour mettre sa famille en sureté

Un temps de réflexion pour décider entre demander l’asile, en France ou dans un autre pays de l’Union Européenne, et regagner son pays, avec une aide au retour. Pour la plupart des migrants accueillis à Saint-Beauzire, la réflexion est encore en cours, mais, déjà, l’un d’eux a choisi de rentrer chez lui, tandis que 21 ont demandé l’asile.
C’est ce que compte faire Mouslim, 25 ans. Ce jeune Afghan était sergent dans les forces spéciales, au côté des Américains et des Français, et il espère intégrer l’armée française une fois sa demande d’asile acceptée. S’il a quitté son pays, c’est pour mettre son épouse et ses deux enfants à l’abri. Le plan en 4 étapes était simple, sur le papier : quitter l’Afghanistan en éclaireur, obtenir l’asile en Europe, y faire venir sa famille, s’engager dans l’armée. Mais le jeune homme était loin d'imaginer que les démarches et les procédures s'apparenteraient au parcours du combattant et prendraient autant de temps.

Une attente longue et douloureuse

« Ça se gagne, un statut de réfugié », concède Marlène Bony, en charge de l’hébergement d’urgence à la DDCSPP (*). « Le parcours des demandeurs d’asile n’est pas apaisé. Ils doivent raconter leur histoire de victime de guerre, et ça ne se raconte pas comme on raconte un échec professionnel, surtout quand on n’est pas dans son pays. Parfois les traumatismes psychologiques sont tellement importants que la parole ne se libère pas comme ça ».
Et puis il y a les démarches administratives, pour lesquelles les migrants sont accompagnés par trois salariés de l’association Entraide Pierre Valdo, épaulés par des interprètes. « Ces hommes viennent de pays en guerre ravagés par des violences de diverses natures et chaque histoire est singulière », souligne Walter Monnet, directeur général de l’Entraide. « On les suit dans leurs démarches avec un accueil maîtrisé et cadré. Ils savent qu’ils doivent attendre que les dossiers soient bien étudiés ».
Ils le savent et l’acceptent, même si c’est douloureux. « Ca fait 7 mois que je suis arrivé et c'est long, trop long », déplore Mouslim. « Ici, je suis en sécurité, c’est vrai. Et alors ? Ma famille ne l’est pas, donc mon cœur ne l’est pas. Il est resté en Afghanistan. Je pense chaque seconde à ma femme et à mes enfants et je me demande s’ils vont bien. Tout ce que je veux c’est qu’on me donne des papiers pour qu’ils puissent me rejoindre ».

Combien ça coûte ?


L’Etat verse 25 € par jour et par personne pour le fonctionnement du centre. Cette somme est répartie entre Léo Lagrange, qui prodigue gîte et couvert, et l’association Entraide Pierre Valdo, dont les 6 salariés assurent l’accompagnement administratif et social 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Quant aux migrants, « on ne leur verse pas un pécule », insiste Catherine Fourcherot. « Ils ont eu une trentaine d’euros à leur arrivée, sur les fonds propres de Pierre Valdo. Ils sont hébergés et nourris mais ne bénéficient pas encore de l’allocation pour demandeur d’asile ». Et tant qu’ils n’ont pas obtenu le statut de réfugié, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler.

« Donner un coup de main »


Et si Mouslim n’obtient pas l’asile, que fera-t-il ? Cette option, il refuse de l'envisager. Alors il prend son mal en patience. Pour tromper son ennui, il joue à la pétanque, participe à des après-midi jeux, à des ateliers cuisine, vidéo ou mime… Des activités dont l’objectif est loin d’être purement occupationnel, d’ailleurs. « Tout est pensé pour permettre aux gens de s’approprier les fondamentaux du vivre ensemble en France », souligne Marlène Bony. A la prise en charge administrative et sanitaire s’ajoute ainsi l’aide à l’insertion. Et pour s’intégrer, il faut d’abord être capable de communiquer. « La première chose que ces hommes ont demandée, c’est d’apprendre le français », indique Didier Luce, directeur de Léo Lagrange. « Ils voulaient aller en Angleterre parce qu’ils parlent anglais, mais s’ils apprennent le français, autant rester ici ».
Du coup, chaque matin et chaque après-midi, 5 jours par semaine, ces messieurs sont invités à rejoindre Yolande pour un atelier de français. Institutrice à la retraite, elle leur apprend à se présenter, à compter, à égrener les jours de la semaine et les 12 mois de l’année, comme elle l’a déjà fait auprès d’enfants kurdes et au centre d’accueil de demandeurs d’asile de Langeac. Des expériences qui l’ont incitée à proposer spontanément ses services à Léo Lagrange, comme tant d’autres l’ont fait.
Qu’ils n’adhèrent à aucune association ou fassent partie du Secours catholique, de Soleil Devant ou du collectif Solidarité en Brivadois, une cinquantaine de personnes ont souhaité « donner un coup de main dans la mesure de leurs moyens ». « On ne sait pas de quoi on aura besoin, dans la vie », témoignent Annick, Béatrice et Marie-Hélène, tout en triant les vêtements provenant de dons. « Ces hommes sont dans des situations terribles, alors si on peut faire un petit quelque chose… ».
Toutes les bonnes volontés seront d’ailleurs accueillies à bras ouverts à Léo Lagrange, pour faire elles aussi « un petit quelque chose ». Pour aider ses hommes, comme l’indique Didier Luce, « à se restaurer, dans tous les sens du terme ».

(*) Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations.

I.A.

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img_journalistelo le 23 décembre 2015 - 15h37
il reste un peut de place pour les SDF qui dorme dehors

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