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Derrière l’hôpital, un grand nom de l’Histoire

Date : 24/08/2020 | Mise à jour : 26/08/2020 09:42
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Tous les altiligériens connaissent le centre hospitalier public du Puy-en-Velay Émile-Roux. Mais quelle est l’histoire de ce nom que nous employons couramment sans savoir qui se cache derrière ? Un destin marqué par la mort, les microbes et des illustres noms qui ont fait l’Histoire de la cité ponote.

Du matin jusqu’au soir, des milliers de jambes empruntent ses couloirs. Des centaines d’employés fourmillent dans ses méandres. D’innombrables plaintes, rires ou pleurs résonnent dans son corps de béton. Beaucoup au Puy-en-Velay et au-delà sauront sans hésiter donner l’adresse de l’établissement, ou tout du moins indiquer son emplacement à proximité du rocher Saint-Michel. Mais bien peu pourront assurément décrire la vie de celui qui a donné son nom. Émile Roux.

Pourquoi l’hôpital public du Puy-en-Velay porte t’il son nom ? Rien ne destinait pourtant l’établissement à le revêtir. Car Pierre Paul Émile Roux a vu le jour en 1853 à Confolens en Charente s’est éteint à Paris, 80 ans plus tard. En fait, il n’a foulé les pavés du Puy que l’espace d’une dizaine d’année, précisément entre 1862 et 1871. Ces années-là, suite à la mort tragique de son père, il est recueilli à l’âge de 9 ans par sa sœur aînée et son mari, tous deux habitants dans la cité mariale. C’est là qu’il étudiera au lycée du Puy jusqu’à obtenir son baccalauréat de sciences. Entre temps, il se lie d’amitié avec un autre grand nom du coin, un nom que l’une des routes entourant l’hôpital adoptera : André Chantemesse (1851-1919).

27 hôpitaux en Haute-Loire

En 1800, d'après le tout premier préfet de la Haute-Loire, Antoine Rabusson Lamothe, 27 hôpitaux ont cohabité en même temps dans le département. Dans son rapport, il indique ainsi ceux du Puy-en-Velay (Hôtel-Dieu et Hôpital-Général), Pradelles (Saint-Christophe), Le Monastier-sur Gazeille, Craponne-sur-Arzon, Saugues, Brioude (Saint-Joseph), Blesle, Langeac, La Chaise-Dieu, Yssingeaux, Monistrol-sur-Loire, Montfaucon-en-Velay, Saint-Didier-en-Velay, Tence et Saint-Pal-en-Chalencon. Il précise que ceux de Blesle, Langeac et La Chaise-Dieu (Saint-Ignace) ne reçoivent pas de malades, n'étant pas équipés du mobilier nécessaire, mais qu'ils distribuent des secours aux pauvres.

Bras droit de Louis Pasteur

La fin de son adolescence et de ses études secondaires seront également la fin de sa présence en Haute-Loire. Le brillant élève poursuit sa route estudiantine dans la capitale arverne, Clermont-Ferrand, où il s’intéresse de plus en plus au monde de la chimie et de la bactériologie. Il apparaît si doué qu’il devient, en 1878, le préparateur de...Louis Pasteur (1822-1895). 1883 est une date importante dans sa carrière. Il soutient fermement une thèse sur l’origine microbienne des maladies, notamment sur la rage. Puis à force de conviction, d’essais, d’innombrables échecs et de rares avancées, Émile Roux parvient enfin à proposer un traitement contre la diphtérie en 1891, grave pandémie de l’époque. Avec cette découverte, il est convié cinq ans après à un congrès à Budapest présidé par son ami André Chantemesse où sera présent un certain Louis Martin (1864-1946), un autre grand nom de la médecine made in Haute-Loire.

Un héros de la science qui a étudié au Puy

Pendant ces dernières années du XIX siècle, Emile Roux et Louis Martin testent le sérum contre la diphtérie à l’hôpital des Enfants-Malades à Paris. Avec des méthodes classiques, 316 enfants succombent à la maladie sur les 520 traités. Le traitement concocté par Émile-Roux permet, quant à lui, de sauver les trois-quart des jeunes souffrants, rétablissant 339 enfants sur les 448 infectés. Ce succès fulgurant lui vaudra alors d’être distingué comme un héro de la science dans tous les congrès médicaux européens. En 1904, il est nommé directeur général de l’Institut Pasteur à la place de Louis Pasteur et décroche, à partir de là, tant de distinctions et d’honneurs qu’il serait bien vain de les écrire sous peine d’user jusqu’à la corde les touches du clavier.

Au cours de sa 79ème année de sa vie hors du commun, il meurt seul et sans enfant, dans son petit appartement de l’hôpital Pasteur du 15ème arrondissement parisien. Ses funérailles en ce 9 novembre 1933 furent nationales. « Quand on parlait du Puy, tous les trois à Paris (Émile Roux, André Chantemesse et Louis Martin, Ndlr), c’était un moment de repos qu’on s’accordait pour couper les dures heures de travail, pour oublier les soucis et les responsabilités» (Louis Martin).

Quand l’hôpital Emile Roux m’était conté...

Avant que le centre hospitalier n’emprunte le nom d’Émile Roux et comptabilise près de 105 000 journées d’hospitalisations par an en courts séjours, 35 000 en longs séjours et 22 000 en moyens séjours aujourd’hui, 15 siècles se sont lentement passés. Car, d’après une légende rapportée par Etienne Médicis, alors chroniqueur du Puy-en-Velay au XVIème siècle, le premier hôpital de la ville et même de France aurait été fondé par un bourgeois ponot nommé Gransmanent en 596. L’Hôpital des Pauvres de Notre-Dame était ainsi implanté près de la cathédrale, elle-même bâtie à partir du XIème siècle. Mais certains historiens affirment que la construction de l’hôpital remonte justement à la même époque que celle de la cathédrale, entre le Xème et le XIIème siècle.

La différence entre hospice et hôpital ?

Sous l'Ancien Régime, les hôpitaux sont des établissements où sont enfermés les vagabonds, les mendiants et les prostituées. Ils prendront l'appellation d'hospice sous la Révolution. La loi du 7 août 1851 définit la distinction entre ces deux dénominations : les hôpitaux seront les établissements de soins aux malades, les hospices recevront les enfants abandonnés, les vieillards invalides et les infirmes.

Pour contenir les pauvres et la hargne du petit peuple

Le Puy-en-Velay, épicentre absolu du départ des pèlerins pour Saint-Jacques-de-Compostelle, accède rapidement à un statut de cité hospitalière. Et dès le XIème siècle, l’hôpital reçoit seulement les nécessiteux. Il a fallu attendre cinq siècles pour que les enfants abandonnés puissent y accéder. Il prend le nom d’Hôtel-Dieu à cette même époque. Au XVIIème siècle, l’Hôpital Général est érigé là où se trouve actuellement le Conseil Général. Sa vocation était de secourir les pauvres afin de les tenir sous contrôle en des temps de forts troubles populaires et d’accueillir également les individus perturbant l’ordre public et la morale civique et religieuse.

Les bâtiments de l’hôtel-Dieu et de l’Hôpital Général sont abandonnés au début du XXème siècle, au profit de l’actuel centre hospitalier dont les premières pierres seront scellées il y a exactement 99 ans. L’architecte responsable Achille Proy (1864-1944) avait, au préalable, demandé et suivi les conseils d’un grand chercheur à la renommée internationale...Émile Roux.



Nicolas Defay

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img_journalisteMp le 28 août 2020 - 11h24
Article intéressant et fort bien rédigé

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img_journalistefr le 28 août 2020 - 10h23
Quel article ! Une page de notre Histoire, dans un style soigné. Très intéressant. Il donne ENFIN la touche culturelle qu'il manque complètement ou presque à ZOOM. Ce genre d'informations historiques ne pourra que vous attirer de nouveaux lecteurs plus âgés que vos lecteurs actuels. Bravo !

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img_journalisteHC le 25 août 2020 - 20h23
j'ai une photo encore plus ancienne du terrain où il n'y avait rien !

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