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''Les producteurs se demandent comment ils vont faire''

Date : 24/03/2020 | Mise à jour : 25/03/2020 15:00
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Marchés ou grandes surfaces ? Pourquoi les premiers seraient interdits et pas les deuxièmes ? C'est la question brûlante qui échauffe les esprits et les conseils municipaux.

"Dans les grandes surfaces, les gens tripotent longtemps les fruits et les légumes, ils poussent les paquets de pâtes pour prendre ceux de derrière, ils utilisent des caddies déjà utilisés par des dizaines d'autres avant eux. Ces comportements n'existent pas dans les marchés." Ce témoignage a été partagé de façon quasi identique par deux personnes qui ne se connaissent pas et ayant deux activités totalement différentes. L'un est Gilles Delabre, maire de Brives-Charensac, et l'autre est Hervé Fayet, président de Haute-Loire Biologique et producteurs de poulets à Yssingeaux. Et les deux défendent passionnément le maintien des marchés.

Déplacer le marché ponot sur le Breuil ou le Jardin Henri Vinay

En Haute-Loire, les marchés disparaissent ou se modifient depuis le confinement. Par exemple, celui du Puy-en-Velay n'est plus concentré sur un jour de semaine dans un secteur précis mais sur toute la semaine avec la présence d'un producteur sur quatre places différentes. Une aberration pour Hervé Fayet. "Alors que l'on nous demande de se déplacer le moins souvent pour minimiser la propagation du coronavirus, les gens vont à présent au marché ponot quatre ou cinq fois dans la semaine au lieu d'une seule fois ! La solution aurait été de déplacer le marché dans une place importante comme au jardin Henri Vinay ou sur la place du Breuil pour qu'il y ait une entrée et une sortie, avec des distances d'au moins trois mètres entre les stands." Une organisation qui ressemble un peu à celle d'une grande surface qui, elles, n'ont aucune inquiétude à une éventuelle interdiction d'activité.

Dérogation possible

La préfecture est actuellement en pleine réflexion quant à la définition d'une doctrine pour le maintien ou non des marchés en Haute-Loire. "Nous sommes en train de décider ce qui pourrait faire qu'une dérogation soit validée ou pas, confie Suzanne Foucan, directrice du cabinet du préfet. Si, par exemple, un marché de village est la principale source d'approvisionnement ou si les distances avec les autres commerces d'alimentation sont suffisamment grandes, alors un marché pourrait être maintenu." Une liste précise sera communiquée cette semaine. 

Plus qu'un lieu d'approvisionnement, c'est un tiers-lieu

À Brives-Charensac, un marché active la place de l'Eglise tous les vendredis matins. "Les annonces du gouvernement tombées lundi 23 mars qui demande l'interdiction de tous les marchés ouverts compromettent son maintien prochain, se désole Gilles Delabre. Ce que je sais, c'est que la préfecture peut accorder des dérogations." Le marché brivois, contrairement aux 80 stands en place sur le marché du Puy, ne se compose que de quatre producteurs. "Ils sont disséminés dans un grand espace, décrit le maire de la commune. Il y a deux fromagers, un producteur de viande et un de légumes, de fruits et d'œufs. Les marquages au sol sont en place et les gens les respectent. Et surtout, les gens qui y viennent sont des personnes d'un certain âge, riverains pour la plupart. C'est leur principale source d'alimentation sans parler de la fonction sociale que le marché leur apporte".

Un marché avec cinq producteurs plus risqué qu'une grande surface ?

André Cornu, maire de Saint-Germain-Laprade, défend également son marché. "Le notre se tient le mercredi avec cinq producteurs entre le Centre culturel et la mairie, précise-t-il. Autant dire qu'il y a énormément de place entre eux. Il est surtout destiné aux personnes sans moyens de locomotion. Bien sûr qu'il y a l'épicerie juste à côté, commerce qui marche très bien d'ailleurs. Mais je pense véritablement qu'un marché de petite taille est bien plus sain que l'intérieur d'une grande surface !"

Les producteurs locaux de plus en plus impactés

Du côté des producteurs, l'inquiétude ne cesse de s'intensifier. "Ils se demandent comment ils vont faire ?, déplore Hervé Fayet. Pour ma part, je tue entre 70 et 80 poulets par semaine. Du fait du contexte, j'ai de plus en plus de mal à écouler ceux déjà tués. Et la semaine prochaine, je ne tuerai aucun poulet. Le problème est qu'ils vont continuer à se nourrir, alourdissant d'autant plus mes charges avec des recettes nulles."

Programme des producteurs locaux

Pour l'instant, 18 producteurs se sont inscrits dans ce TABLEAU. Ils sont implantés dans les secteurs de Retournac, Sanssac l'Eglise, Vorey-sur-Arzon, Tence, Jax, Rosières, la Chaise-Dieu, les Estables, Devesset et le Chambon-sur-Lignon. Vous trouverez les coordonnées de chacun pour passer commande. Les produits sont à retirer à domicile du producteur. 

Système D au profit des producteurs et des consommateurs

Raphaël Feuillet est boulanger et un visage très connu sur le marché de la cité ponote. Ce dernier lui permet d'écouler habituellement 120 kilos de pain soit 50% de sa production hebdomadaire. "Heureusement, je travaille aussi avec une Biocoop, une Amap et un marché de producteurs, partage le retournacois. Mais si la restriction des marchés dure trop longtemps, je vais être en difficulté comme tous les petits producteurs." Pour s'adapter, lui et ses confrères ont formulé un programme sous forme de tableau qui répertorie tous les producteurs des secteurs. "Cela va permettre aux gens de savoir qui fait quoi localement. Par contre, ils devront venir à domicile pour chercher leurs produits. Ce n'est pas la solution idéale mais la seule qu'on ait trouvé rapidement".

"Il faut que les dirigeants se mettent à organiser les choses correctement"

Raphaël Feuillet pense que le maintien des grandes surfaces ouvertes en pleine fermetures des marchés est un paradoxe. "Ce n'est pas convenable ! En quoi un supermarché est moins à risque ? J'ai l'impression que toucher à cette économie de marché est tabou en France." Hervé Fayet s'exprime également dans ce sens : "Il faut que les dirigeants se mettent à organiser les choses correctement. On peut s'en sortir. Tous. Mais seulement si il y a une volonté politique derrière. Nos maires et la préfecture doivent faire en sorte que les gens puissent faire leur course une fois par semaine en donnant la possibilité aux producteurs de vivre".


Témoignages de certains maires et de producteurs

À Saugues, après avoir pris la décision première de supprimer le marché extérieur, le maire Michel Brun va faire une demande de dérogation. La pression des producteurs l'a poussé à interpeller la préfecture pour accorder le maintien du marché.

Du côté de Langeac où le marché est le mardi et le jeudi, le directeur des services de la mairie M. Pestre se confie en ce sens : "Avec Marie-Thérèse Roubaud, maire de la commune, nous allons faire un état des lieux avec les vendeurs et les clients afin de décider la demande de dérogation comme il en a été discuté avec la sous-préfète de Brioude le matin même". Rappelé un peu plus tard, la mairie confirme sa volonté de demander une dérogation.

À Costaros, le téléphone chauffe entre la mairie et la préfecture mais surtout avec les producteurs qui poussent à l’ouverture des marchés se sentant désavantagés vis-à-vis des grandes surfaces et de leur système de Drive. La décision de maintien ou non des marchés du samedi et du lundi sera connue dans la semaine.

Pour Christian Charbonnier du GAEC du Trouquet, le marché de Langeac qui s’est tenu le jeudi 19 Mars a été parfaitement mené. "J’ai un camion magasin de 7 mètres de long et il n’y avait jamais plus de 3 clients devant l’étal. De notre côté nous avons pris toutes les précautions et respecté les gestes barrières. Il y a eu un peu moins de fréquentation qu’à l’habitude mais comme les gens ont acheté un peu plus, le chiffre a été comme celui d’un marché d’hiver classique." Pour lui, les marchés d’extérieurs, c’est 100% de son chiffre d’affaire.

Myriam Dursap du Gaec des Rocs à Charraix fait la plupart de ses ventes sur les marchés. « Les marchés c’est une activité vitale. Et c’est quand même mieux que de recevoir les clients un par un à la ferme ». Elle vend aussi ses produits en ligne sur le site madeingevaudan.com. Problème : le point relais pour récupérer les marchandises est fermé depuis le début de la crise. "On est vraiment dans l’incertitude ! Il faut que l’on puisse vendre sur les marchés ouverts qui présentent bien moins de risque que l’atmosphère confinée des supermarchés. Actuellement, je mets les fromages dans la boite à lettre des gens et j'y récupère les sous".


Les producteurs et maraichers qui s’installent habituellement à l’Est de la bibliothèque du Puy-en-Velay (Véronique, Isabelle, Jean François…) ont mis en place un site internet pour commander des paniers intitulé Drive des champs 43.

Le gîte Le vélo rouge (3bis rue de l'Ancienne Comédie au Puy) accueillera les fromages d’Isabelle du Gaeg des Ampoas, les légumes de Jean François et Marie Claire Brunel et peut-être d’autres.

NB. Un groupe s'est créé sur Facebook ce lundi 23 mars à l'initiative d'une jeune éleveuse de chèvres du département. Intitulé "Producteurs de Haute-Loire. Soutien pendant le COVID-19", il entend développer les solidarités pour permettre aux producteurs d'écouler leur marchandise.




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img_journalisterj le 25 mars 2020 - 11h23
Les mesures de confinement devrait être adaptées selon la situation. Mais il est vrai que les abrutis sont légion, il y a toujours ceux qui viennent vous coller aux baskets pendant que vous êtes devant un étal. Il faut disséminer les vendeurs sur toute la ville avec des espaces minimum de 20 mètres pour éviter les files d'attente et canaliser le public avec des barrières. Aux commerçants de s'organiser pour faire respecter le dispositif, même par la force...

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img_journalisteM le 25 mars 2020 - 10h53
j imagine que les grandes surfaces vont retrouver grâce aux yeus des agriculteurs qui il a peu deversaient des tonnes de fumier devant leurs portes.

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img_journalisteGR le 25 mars 2020 - 00h52
Le jardin H Vinay semblerait approprié, il y a de la place pour mettre une distance de 5 à 10 m entre les stands, des barrières Vauban pour canaliser les clients, l'ensemble des policiers municipaux pour faire respecter les distances et le sens de circulation (pendant ce temps, ils n'aligneront pas) tous les étales protégés par des films plastiques que les clients ne touchent pas les fruits, légumes, et autres...et protège également des postillons...

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